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LE JOUEUR DE VIOLON

Il était, il n'était pas, il était deux marchands associés et qui avaient l'un pour Pautre un tel attachement, qu'ils se dirent : S'il arrivait que l'un de nous deux eût un garçon, et l'autre une fille, nous les marierons ensemble.

Au bout d'un certain temps, il naquit à l'un des marchands un fils, et à l'autre une fille. Quand ils turent en âge, on les envoya dans une certaine ville, où on les mit à l'école. Mais bientôt le garçon cessa de la fréquenter, et se mit à apprendre le violon dans le but de se faire musicien '. Ce que

i. Un de ces musiciens ambulants, le plus souvent des

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voyant la fille, elle manda à son père qu'elle ne le voulait plus pour mari, à cause qu'il avait mal tourné et n'était plus qu'un vagabond.

Le garçon, cependant, étant devenu un bon joueur de violon, s'en alla chez son père pour lui demander de l'argent, dont il avait besoin, disait-il ; le père lui en donna, et il retourna à la ville. Là, il commanda une paire de pendants d'oreille et une paire de bracelets en or, prit un café qui était près de l'école des filles, et suspendit à sa porte les bijoux qu'il avait fait faire.

Un jour, la servante de la jeune fille qui était sa promise, en passant devant le café, aperçut les bijoux, et, courant chez sa maîtresse, elle lui dit : Il y a un homme qui a des pendants d'oreille en or, qui conviendraient à merveille à ta seigneurie; si tu veux les acheter, j'irai savoir ce qu'il en demande. Et, en effet, elle alla trouver le garçon, et s'informa du prix qu'il en voulait. — Tout ce que je veux, répondit-il, c'est d'aller une fois jouer du violon chez vous, et de

Tziganes, et dès lors fort méprisés, qui vont jouer dans les maisons les jours de fête et aux noces.

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pouvoir prendre un moment la main 'de ta maîtresse; à cette seule condition, je lui donne les boucles d'oreille. La servante s'en vint rapporter ces paroles à sa maîtresse, qui la renvoya aussitôt, avec ordre de le rame- ' ner. Il vint et joua du violon si parfaitement, que la jeune fille s'endormit, et que la servante tomba assoupie. Les voyant ainsi plongées dans le sommeil, il s'approche de la jeune fille, la déshabille, lui ôte sa chemise et se sauve avec.

Ses classes achevées, la demoiselle retourna chez son père pour se marier, car on l'avait promise à un autre. Mais le garçon n'eut pas plus tôt entendu dire qu'on allait la marier, qu'il revint à la maison, où les parents de tous les deux habitaient ensemble comme associés. Or, dans ce pays-là, c'était la coutume, aux noces, que chacun des invités racontât une histoire.

Après que toutes les personnes présentes eurent dit la leur, le garçon se disposait à commencer à son tour, mais son père s'y opposa d'abord ; d'un vaurien tel qu'il était devenu, il craignait d'entendre des discours inconvenants. Pourtant les invités le pressèrent tellement de laisser parler son fils, qu'il

finit par se rendre. Et le jeune homme dit cette histoire.

— « Il était, il n'était pas, il était un homme qui sortit un jour à la chasse, et, en chassant, il tua un chevreuil. Après l'avoir tué, il Técorcha, prit la peau, et, quant au corps, il le déposa dans un trou et le recouvrit de feuilles, dans l'intention de revenir le chercher plus tard. Or, à peine s'était-il éloigné, qu'un autre homme vint à passer par là ; en passant donc, il aperçut le chevreuil sous les feuilles qui le recouvraient et l'emporta. »

— Maintenant, ajouta-t-il, je vous le demande : à qui appartient le chevreuil , à celui qui l'a tué, ou à celui qui l'a trouvé ? — A celui qui l'a tué, répondit-on d'une commune voix. — Eh bien ! moi, reprit-il, qui ai enlevé sa chemise à cette fille,* qui l'ai écorchée, pour ainsi dire, est-ce moi qui ai droit de l'épouser, ou bien cet autre qui doit le faire dans un moment ?

Alors on rompit la première promesse de mariage, et on donna la fille à notre garçon '.

Tant mieux et tant mieux pour nous, tant pis et tant pis pour eux.

i . Littéralement : « alors on la défiança de celui-là, et celui-ci la prit. » Voyez la note 3 du n* 6 .

MOSKO ET TOSKO

Il y avait deux frères, qui étaient voleurs de leur métier. Ils avaient une sœur, et depuis longtemps ils cherchaient , pour la marier, un gaillard de leur espèce. Il se passa ainsi des années. Un beau jour ils avisent sur leur chemin un individu , auquel ils disent : Où vas-tu? veux-tu t'associer avec nous et avoir notre sœur pour femme?

Nous te la donnerons, car il y a longtemps que nous lui cherchons un mari. — Tope, dit l'autre , mais que cela ne nous empêche pas de nous mettre de compagnie. Et ils lui donnèrent leur sœur.

Un jour, comme ils ne l'avaient pas vue

depuis longtemps, Mosko et Tosko (c'était le nom des deux frères) allèrent lui faire visite. En ce moment-là; le mari était absent, il était allé au moulin, mais il faut savoir qu'il avait pendu dans le grenier l de la viande fumée. Là, dans la maison, Mosko dit à sa sœur : Ma sœur chérie, donne-moi un peu d'eau, et elle alla chercher le barillet à l'eau *, qu'elle lui présenta. Après avoir bu, Mosko demanda à Tosko, s'il avait soif et s'il ne voulait pas boire aussi. — Oui, fit-il, et son frère lui passa le barillet. Ensuite Mosko dit à Tosko : As- tu vu la viande fumée? — Oui. — L'as-tu vue? — Oui. — L'as-tu vue ? — Oui. Cela dit, ils partirent. En rentrant, le mari demanda à sa femme s'il était venu quelqu'un. — Mesfrères, répondit-elle, sont venus; il y avait longtemps qu'ils ne m'avaient vue. — T'ont-ils demandé quelque chose ? — Ils m'ont demandé

i. Le grenier, t avait, dans les chaumières albanaises, n'est que l'espace compris entre le haut des murs et le toit, et qui est à jour.

2. Barillet. J'ai ainsi rendu le nom fboutséliaj d'un vase en bois, en forme de section de cylindre, qui sert surtout pour porter de l'eau en voyage ; on l'accroche au bât du cheval.

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de Peau à boire. — Tu leur en as donné ? — Oui. — Ils ont bu tous les deux ? — Oui, et, tout en buvant, ils se sont dit : « L'as-tu vue? — Oui. » — Rien de plus? — Ils n'ont pas dit autre chose. Le soir était venu, et ils se couchèrent.

Or, pendant la nuit, les deux frères revinrent; Mosko, à la porte, contrefit le chat et se mit à miauler, tandis que Tosko entrait dans la maison. Le mari, entendant la voix d'un chat, demanda à sa femme où était la viande. — Au grenier, répondit-elle. Tosko, qui les avait entendus, se hâta de monter au grenier et de dérober la viande, et tous deux décampèrent.

Cependant, le mari se lève pour voir si la viande était encore en place ; il ne la trouve plus, et il se met à la poursuite des deux compagnons. Il rattrape Tosko , à qui Mosko, fatigué de porter la viande, l'avait remise. — Tu dois être las, lui dit-il, donnemoi cette viande, que je la porte ; et c'est ce que fit l'autre, croyant affaire à son frère.

Peu après, Tosko, ayant rejoint Mosko, lui demanda où était la viande. — Mais tu l'as, répondit Mosko ; as-tu oublié que tu me l'as demandée, et que je te l'ai remise ? — Tu ne

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m'as rien remis du tout, reprit Tosko. Bientôt il devina qu'il y avait là un tour du mari. — Attends-moi ici, dit-il à son frère, que j'aille la reprendre. Il tire de long, gagne la maison le premier, et ensuite, quand le mari arrive, il fait si bien que celui-ci le prend pour sa femme et lui remet la viande.

Ayant rejoint Mosjta, ils s'asseyent ensemble et se disposent à faire cuire leur butin. Mais le mari, qui s'était aperçu qu'il avait été joué, se met à leur recherche, et, les ayant trouvés en train de rôtir la viande, que faitil ? Il y avait près de là un arbre à demi consumé, il s'en sert pour se noircir le visage, tellement qu'il avait l'air d'un vrai nègre ; après quoi il va se placer en face d'eux et commence à montrer les dents.

Tosko, qui tournait la broche, ne l'eut pas plus tôt aperçu, qu'il s'imagina voir un loupgarou ; il eut peur, réveilla son frère qui dormait, et tous deux, pris d'épouvante, tournèrent les talons.

Le mari reprit ce qui lui appartenait, et

s'en retourna au logis. — Tu iras, dit-il à sa

femme, inviter tes frères à dîner. Arrivée

chez eux, elle leur dit : Nous vous prions en

grâce de venir dîner^ et ils suivirent leur

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