‹ Contes albanaisChapitre 49 sur 80 · LES DEUX VOLEURS I7I · texte numérisé non relu

LES DEUX VOLEURS I7I

caravane ». L'un des voleurs dit à l'autre :

Tu vas voir un peu, — , et s'avançant le coutelas à la main, il fit peur aux gens de la caravane, qui tournèrent les talons. — As-tu vu ma bravoure ? demanda-t-il à son compagnon. — Oui, mais tu verras aussi la mienne.

Au tomber de la nuit, il proposa d'aller voler le pacha, et les voilà partis. Arrivés au bas de l'appartement où couchait le pacha, ils enfoncèrent des clous dans le mur et se guindèrent jusqu'à la chambre. Le pacha dormait, et il y avait à côté de lui un nègre qui, tout en lui frottant les jambes, s'était - assoupi. En entrant , ils virent , accrochées près de la porte, les clés des autres chambres,' qu'ils allèrent visiter l'une après l'autre. Ensuite, ayant attrapé une oie dans la cour, ils l'apportent dans la chambre, lui coupent le cou, la plument, et, après avoir allumé du feu, la mettent à la broche et commencent à la rôtir.

Celui qui voulait faire sa preuve de bravoure, prit une manne qui était là, fourra

1 . Caravane, file de bêtes de somme en voyage, chevaux, mulets ou chameaux.

tout doucement le nègre dedans, et la jucha sur le dressoir ; puis il se mit à frictionner le pacha, tandis que l'autre tournait la broche.

Le pacha, s'e'tant réveillé, se mit à dire :

Nègre, raconte-moi une histoire pour m'endormir. Et le voleur commença ainsi : Il y avait une fois deux voleurs, — et il continua en racontant tout ce qu'ils avaient fait, lui et son compagnon. Un moment il s'interrompit pour dire à l'autre : Retire l'oie, son bec brûle. Et le pacha de demander : Qu'estce que cela veut dire, « Retire l'oie, son bec brûle ?» — C'est comme cela dans le conte.

A la fin, il adresse cette question au pacha : Lequel des deux a le droit de garder la femme, celui qui a fait reculer là caravane, ou celui qui a volé ta seigneurie? — Celui qui m'a volé, répondit le pacha. — Tu l'entends ? dit-il à son compagnon. — En voilà assez, fit le pacha, j'ai sommeil. Le pacha rendormi, l'oie rôtie, ils la dépecèrent, la mangèrent, et puis, laissant les os au chevet du pacha, ils décampent, mais sans dérober quoi que ce soit.

Au point du jour, le pacha s'éveille et appelle le nègre. Celui-ci répond et se lève

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pour aller vers son maître, mais, patratras ! le voilà qui roule au bas du dressoir. — Qu'estce que cela ? demanda le pacha. — Je n'en sais rien moi-même. Il alluma une chandelle, et alors on vit des plumes, des os, du feu, une broche... — On nous a volés, cria le pacha ; mais, tout bien examiné et regardé, ils reconnurent que rien ne manquait. — Estce toi, demanda le pacha au nègre, qui m'as conté une histoire c«tte nuit? — Non.

Le pacha, s'étant levé, se rendit auconseij, et là il raconta l'aventure de la nuit. Le cadi prit la parole et dit : C'est à présent la saison où poussent les feuilles et où les hommes ont des visions ; ta seigneurie aussi aura eu quelque songe.

Le pacha fit annoncer par le crieur public, qu'il promettait tant de mille piastres à celui qui s'était introduit dans sa chambre, pourvu qu'il se fît connaître. Cela vint aux oreilles du voleur qui se dit : Je vais aller me déclarer, puisque après tout je ne lui ai rien pris, et ne voulais que faire ma preuve de bravoure. Quand il eut dit qui il était, le pacha n'en voulait d'abord rien croire, et il fallut qu'il racontât tout au long l'aventure. Le pacha alors n'eut plus de doute, il lui remit

la récompense promise, et ensuite il lui dit : Je veux que tu m'apportes le cadi enfermé dans un coffre. — Tu seras obéi.

Notre voleur prend quelques clochettes, entre furtivement dans la maison du cadi, monte au grenier et fait un trou dans le plafond de la chambre où il dormait. De làhaut il se met à agiter les clochettes de toutes ses forces. — Allah! Allah > ! s'écria le cadi, et il se mit en prières. L'autre alors de dire : Je suis l'ange Gabriel, et je suis venu pour prendre ta vie, à moins toutefois que tu n'entres dans ce coffre, car alors je n'ai plus de pouvoir sur toi. Le cadi ne se le fit pas dire deux fois, il se jeta lestement dans un coffre ; le voleur aussitôt, descendant du grenier, ferma le coffre et, le mettant sur ses épaules, il le porte au bazar pour le vendre.

— Combien veux-tu de ce coffre? lui demandait-on. — J'en veux tant de mille piastres, répondait-il; mais personne ne pouvait l'acheter aussi cher. A la fin, le pacha eut

i. Allah. C'est le seul endroit de ces contes où se trouve 1 e nom arabe de Dieu ; partout il est appelé du nom albanais, Perœndi.

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connaissance de la chose, il donna le prix demandé, et, ouvrant le coffre, il y trouva le cadi. — Eh bien, cadi, que fais-tu là dedans? — En vérité, je n'en sais rien moi-même. — N'est-ce pas toi qui m'as dit qu'à présent était la saison où poussent les feuilles et où les hommes ont des visions ?

Le cadi resta bouche close. Alors le pacha le fit mettre à mort et donna sa place au voleur.

croyant crevé, le jetèrent sur le fumier. Lui de détaler, et étant revenu chez son maître, il lui dit : — Suspends-moi par les pattes, la tête en bas; puis secoue-moi et appliquemoi des coups de bâton. Le vieillard le suspendit, se mit à le battre, et le coq" rendit par le bec quantité de sequins. Son maître ainsi se trouva riche.

La vieille, quand elle apprit que le coq pondait des sequins, accourut chez le vieillard lui en demander quelqu'un. — Non, lui répondit-il ; lorsque je te demandais un œuf de ta poule, tu refusais de m'en donner ; eh bien ! moi aussi, maintenant je te refuse.

La vieille revint au logis et dit à sa poule : Pourquoi ne me ponds-tu pas aussi des œufs d'or, toi? Alors la poule s'en alla demander au coq, comment il s'y prenait pour pondre des sequins? — Si tu veux en faire autant, répondit-il, tu n'as qu'à manger des serpents.

La poule courut chercher des serpents et les avala; après quoi elle revint et dit à la vieille de la suspendre par les pattes et de la frapper à coups de bâton. L'autre ne se fut pas plus tôt mise à battre la poule, que les serpents lui sortirent par le bec, et, s'étant jetés sur la vieille, ils la dévorèrent.

LA

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