PRINCESSE DE LA CHINE
Il était un roi et une reine , lesquels avaient un fils unique. Ce jeune homme, qui était passionné pour la chasse, y alla un jour avec le fils du grand vizir. En chassant, ils tuèrent une pie, et de la blessure il tomba une goutte de sang sur la neige, car on était alors en hiver et il avait neigé en abondance. Un derviche vint à passer, et, en voyant cette goutte de sang rouge, il dit :
Ce sang est rouge comme le sang des joues de la fille du roi de Chine.
Le prince n'eut paè plus tôt ouï ces paroles, qu'il fut pris soudain d'un violent désir de voir cette princesjse, que le derviche disait être si belle, et il tomba malade d'à-
iSo CONTES ALBANAIS
mour. La mère, qui le voyait dépérir dans une noire mélancolie, lui demanda la cause de cette langueur où il était plongé. — Il y a quelque chose, lui répondit-il, qui m'attriste et qui m'a rendu malade; si tu yeux me promettre de m'accorder ce que je vais te demander, je guérirai ; sinon, ma mort est certaine. — Que puis-je, reprit la mère, faire pour toi ?
Alors, il manda le fils du grand vizir et lui dit : Que dois-je demander pour faire le voyage de la Chine? — Trois grands sacs remplis de sequins, et trois cavaliers d'es-. corte ; avec cela nous pourrons partir.
— Je te prie, dit ensuite le prince à sa mère de me donner trois sacs de sequins et trois cavaliers, car je veux faire un voyage, mais, pour sûr, je reviendrai.
Sur ce, la mère alla trouver le roi et lui dit : Voilà notre fils unique, qui, étant malade, veut faire un voyage pour se guérir de sa mélancolie ; il reviendra dans deux ou trois ans, mais d'abord il lui faut trois sacs de sequins et trois cavaliers pour raccompagner. Et le père ordonna de mettre à sa disposition ce qu'il désirait.
Les deux jeunes gens partirent. Arrivés