‹ Contes albanaisChapitre 58 sur 80 · L'OURS ET LE DERVICHE · texte numérisé non relu

L'OURS ET LE DERVICHE

Voyez la préface.

Cet ours, d'habitudes à demi humaines, outre la Samodiva bulgare, rappelle encore le Soleil de notre n° 7 et le diable du n* 54, H.; tous, ils tiennent, je crois, la place d'un dragon primitif.

Au n° 18, H., l'imberbe, après avoir tué le drakos % et, en s'en allant avec l'agneau reçu pour récompense, rencontre une renarde, qui le lui vole, mais dont il se venge ensuite par une ruse qui a pour résultat de la faire périr.

Au n° 2 3, Lazare le savetier, qui a écrasé quarante mouches d'un coup de poing, se fait faire un sabre portant cette inscription : « J'en ai tué quarante d'un coup. » Un drakos, qui la lit, demande à Lazare de faire amitié avec lui, étant persuadé qu'il a affaire à l'homme le plus fort du monde; leur amitié, ou plutôt \tui fraternité à la façon grecque et albanaise, est bénie par un pope. Lazare ensuite est conduit par son nou-

vel ami chez les autres drakos, qu'il dupe comme dans notre conte.

Ils cherchent à se débarrasser de lui, en lui donnant de l'or. Son ami rencontre une renarde, qui le détrompe sur la force prétendue de Lazare, et, pour mieux le convaincre, l'engage à revenir avec elle en s'attachant à sa queue. Lazare, en le voyant venir, crie à la renarde ; Comment! Je t'avais commandé de m'amener tous les drakos, et tu ne m'en amènes qu'un '{ eic.

Ce dénouement paraît, en effet, imité du Çukasaptati indien (Benfey, Pantchatantra, t. I, p. 5o6) : Une femme parvient à épouvanter un tigre par une gasconnade du même genre, qui réussit une seconde fois, même après que le chacal a endoctriné la bête féroce.

Hahn a tiré des deux contes grecs comparés à Grimm, n s 20 et i83, sa trente-neuvième formule.

RAPPROCHEMENTS IOJ

Je n'ai pas retrouvé cette histoire dans les contes grecs ; en revanche, elle est reproduite, avec peu de différences, une fois dans V Abeille albanaise et deux fois au Pentamerone.

Ab. a\b % n° 10. La fille d'un roi ne voulait pas se marier, et elle nourrissait un pou sur son front. Enfin, contrainte par les instances de son père, elle se résigne; la tête du pou, qui était devenu fort gros, est coupée, et conformément à sa propre promesse, la princesse est en effet donnée en mariage au diable, qui seul avait reconnu la tête. De quoi a le roi se réjouit fort, attendu qu'il se voyait débarrassé d'un lourd fardeau et du souci qu'il avait auparavant ».

Cependant, ce tendre père est ému jusqu'aux larmes, lorsque, plus tard, il reçoit un message de sa fille, laquelle avait été enlevée par le diable et confinée sous terre. Ce message a été confié à une colombe, qu'elle avait prise avec elle.

C'est en prenant cette colombe pour guide que

les sept frères, à l'aide de leurs dons naturels, découvrent l'endroit où la princesse était cachée et l'arrachent à son ravisseur. Un détail assez naïf, c'est que, pour la délivrer, un des frères lance en l'air toute la portion de la terre où elle se trouvait. Elle épouse aussi un de ses libérateurs.

Au n° 5 du Pentamerone le parasite est transformé en puce. Le roi prend sur lui-même une de ces bêtes, qu'il engraisse de son sang pendant sept mois. Devenue grosse comme un mouton, il la fait écorcher et en fait tanner la peau. Un ogre (uerco), qui a seul reconnu la nature de cette peau, obtient réellement en mariage la fille du roi.

Porziella — c'est son nom — dans la forêt où elle habite avec son mari, voit passer une vieille, à laquelle elle conte ses malheurs et dont les sept fils la délivrent à peu près par les mêmes procédés. Elle est mariée ensuite à « un homme d'importance ».

Porcione, au n" 47, envoie ses « cinq fils », et non plus sept, courir le monde pour y acquérir quelque talent. Ils délivrent Cianna, ravie par un ogre (le motif de Vinsecte manque ici), et que son père avait promise en mariage à qui la lui ramènerait. C'est au père que le roi la donne, les fils ne pouvant se mettre d'accord à qui épousera Cianna.

Ce diable (ailleurs un dragon ou quelque au-

tre monstre), à la poursuite de la princesse par lui enlevée et des libérateurs de celle-ci, a son analogue dans cinq contes grecs (voir Y Index de H., au mot Hindetnisse), sans parler du Pentamerone. Les objets qui servent à arrêter ou retarder le monstre, en produisant une rivière, un lac, une forêt, une montagne, etc., sont un peigne, un miroir, un couteau, du sel et du savon.

ÏIO CONTtS ALBANAIS

LA BELLE DE LA TERRE

Ce conte est fort écourté; le grec, que Hahn a intitulé, je ne sais pourquoi, a La descente aux enfers » (n° 70), est beaucoup plus développé et plus riche en aventures.

Jardin avec pommier (aussi au n° 32) portant trois pommes d'or, dont les deux premières sont enlevées par un nuage; le fils cadet tire une flèche dans ce nuage, et la pomme est sauvée. Disant alors « qu'il a blessé le voleur », le jeune homme se met, avec les deux aînés, à sa poursuite.

En suivant la piste d'après des gouttes de sang, il arrive à une pierre, qu'il soulève et qui donne ouverture dans un gouffre, où ses frères le descendent à l'aide d'une corde. Au fond, il trouve d'abord trois jeunes filles (remplaçant la Belle de la terre de l'albanais), qui jouent avec des pommes du jardin paternel, puis le dragon blessé, qu'il achève. Il fait remonter les jeunes filles, dont il destine les deux aînées à ses frères, en se

réservant la cadette. Gela fait, ses frères s'éloignent, en l'abandonnant dans le gouffre; mais, en prévision de ce fait, la jeune fille lui avait enseigné ce qu'il aurait à faire dans le monde inférieur.

Commençant son voyage souterrain, et faute d'avoir suivi ces instructions, il est précipité a encore une fois aussi profondément dans le monde inférieur, » où il trouve, du reste, une ville absolument semblable à celles du monde sublunaire; il y délivre une princesse livrée à un serpent à douze têtes, et dont il refuse la main.

Pour seule récompense, il demande au roi de le faire remonter sur la terre. Le roi, pour cette entreprise difficile, l'adresse à des aigles, dont la nichée est sauvée par lui d'un autre serpent à dix-huit têtes, et qui accomplissent son désir, non sans qu'il se soit aussi coupé la jambe pour les nourrir, etc. Le cri des aigles est kra pour demander de la viande, glu pour demander de l'eau.

Rentré chez lui, il trouve son père possédé du désir d'épouser la jeune fille qu'il s'était destinée; quelques 'détails rappellent, ici encore, Peau d'dne. 11 se fait reconnaître en racontant sa propre histoire, comme celle d'un étranger, et après avoir pris, pour convaincre ses frères, une précaution d'un comique populaire, il fait fermer les portes, afin que personne ne puisse, durant son récit, partir pour satisfaire certain besoin

naturel. « Mich pissert », dit en effet un des frères, quand il comprend de quoi il s'agit.

L'aigle reconnaissant reparaît au n° 28, mais cette fois en compagnie d'un poisson et d'un renard, qui assistent un chasseur, qui les a épargnés.

Sur cette apparition d'un dragon sous la forme d'un nuage, voyez la préface.

Quant au jardin avec pommier à fruits d'or, il n'est pas besoin de rappeler qu'il a son prototype dans celui des Hespérides.

Les traits principaux se trouvent épars dans les n 08 19, 20 avec sa variante, et 27, H. Le dernier, court et sec, offre un mélange encore plus prononcé des histoires confondues de Peau d'âne et de Cendrillon. Les souliers manquent, au début; en revanche, il y a une visite du roi à Vévêque, auquel il demande, ayant en vue sa fille, a s'il convient de manger soi-même un agneau qu'on a élevé, ou de le laisser manger à un autre. » Après qu'elle s'est échappée, on la retrouve sous une peau de bête; elle va à la danse et perd un soulier, etc.

Dans une variante de Smyrne, les souliers sont remplacés par une bague faite aussi sur Tordre de la reine mourante Ici, comme au n° 3y, la demoiselle, sortant de sa cachette, sale à l'excès les mets du prince et se trahit ainsi.

La variante la plus intéressante est celle qu'offre le n° 40. La jeune fille est née avec un laurier et habite dedans, a souvenir et souvenir uni-

que, dit Hahn, des Hamadryades ». Surprise par le prince, elle cède à ses désirs, et le laurier refuse de la recevoir, parce qu'elle n'est plus pure . Après diverses péripéties, le prince l'épouse.

L'histoire de belle-mère jalouse a son pendant, assez absurde, au n° 19. Un prince achète une fille (échappée à une sorte de monstre appelé Tête de chienj, qu'on vendait dans une cage. 11 porte cette cage dans sa chambre, et la recommande à sa mère, en partant pour un voyage qui doit durer trois ans. Pendant son absence, la mère d'une fille qui lui était promise, vient chez lui et aperçoit là la cage, qu'elle persuade à la mère du prince de suspendre à la fumée de la cheminée. Cependant, à son retour, il trouve la jeune fille rendue encore plus belle par la fumée. 11 rompt avec sa première fiancée, etc. Le conte a une autre fin.

Nombreuses variantes dans les contes européens.

RAPPROCHEMENTS L I b

VIÏ

LA FILLE PROMISE AU SOLEIL

Ce conte est formé de deux histoires distinctes.

Le n°4i, H., répond, avec plus de développement, à la première partie, jusqu'au retour de chez le Soleil, qui là apparaît comme un grand personnage. La fille s'appelle Letiko (dans une va* riante du n° 12, 'H^iovTâpa, Héliodora, ou donnée par le soleil, nom dont le second élément est slave). Elle est d'abord ravie par un rayon qu'envoie le soleil, qui pénètre par le trou de la serrure et rapporte Letiko à son maître. Ce sont deux lièvres qui la ramènent chez elle. Cependant, à la fin, il n'y en a plus qu'un, et, pour récompense, la mère lui argenté la queue.

La deuxième partie se trouve au n° 12, qui commence comme la boucle d'or (notre n° 8), et finit ensuite d'une manière toute différente.

Après que le prince pétrifié, et ranimé exactement de la même manière, a épousé la Tzigane (au lieu de l'esclave), et qu'il a fait de la jeune fille une gardeuse d'oies, il part en guerre et rap-

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porte à celle-ci trois objets qu'elle avait demandés; ces objets donnent lieu à une scène pendant laquelle elle raconte ses malheurs; le prince, qui l'entend, la sauve du couteau, un de ces objets, qui allait l'égorger, l'épouse et met la Tzigane à garder les oies.

Cette même seconde partie a son pendant dans le Pentamerone, mais bien plus développé et tout autrement important, puisqu'il sert de cadre à tout l'ouvrage. Là, le prince enchanté est couché dans un cercueil de marbre, et ce n'est plus par une privation de sommeil prolongée que la personne qui voudra le ranimer y réussira, mais en remplissant de ses larmes une cruche tout entière. Loza, qui est aussi supplantée, durant l'épreuve, par une esclave noire, y était poussée par l'irrésistible malédiction d'une vieille.

Nombreuses répétitions de ce souhait, tendant à la naissance d'un enfant, avec promesse de restitution postérieure, souhait adressé tantôt au Soleil, comme ici et H., 141 ; au diable, n° 54, où Jésus sert à le sauver; à un dragon, H., n 03 5 et 4, variante i, etc. — Hahn, formule 8.

Plus d'une fois l'enfant naît, conformément d'ailleurs au vœu des parents, sous la forme d'un animal. H., n 03 14, 43, 57, et 100, albanais. — Formule 7.

C'est dans notre conte seulement que l'être surnaturel, le Soleil, qui a procuré la naissance de

l'enfant, est de si bonne composition et le rend volontairement à sa mère.

Partout ailleurs c'est à force de ruses, et à la suite de nombreuses péripéties, que sa proie lui est définitivement arrachée.

La substitution frauduleuse, et qui d'ailleurs ne réussit que pour un temps, d'un serviteur à son maître, est un ressort favori des contes. H., formule 21.

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