‹ Contes albanaisChapitre 80 sur 80 · PSYCHÉ · texte numérisé non relu

PSYCHÉ

ANALYSE MYTHOGRAPHIQUE

Dans ce conte, Anilis fabula, on trouve :

i* La formule initiale de presque tous les contes modernes : Erant in quadam civitate rex et regina. Hi très numéro fil i as... habuere;

2° La beauté hors ligne de l'héroïne;

3* Les deux sœurs envieuses, qui cherchent à perdre leur cadette, et par lesquelles elle ne manque pas de se laisser tromper;

4° La belle-mère jalouse, représentée ici par Vénus ;

5° L'exposition de l'héroïne (comme celle d'Andromède, d'Angélique,- etc.) à un monstre, vipereum malum;

6<> Le mari mystérieux, analogue aux princes enchantés qui, ailleurs, quittent la nuit la forme de serpent (ou de quelque autre animal), pour dormir avec leur femme. C'est bien, d'ailleurs, cette figure de serpent ou de dragon (immanent

i. Voir la préface.

lÔO CONTES ALBANAIS

colubrum, multinodis voluminibus serpentent), que les sœurs de Psyché attribuent à son époux inconnu;

7° La punition de la curiosité, à laquelle a cédé l'héroïne en dépit de la défense qui lui était faite;

8° Le palais enchanté, où on est servi par des esprits invisibles;

9° Les épreuves, ou travaux, ordinairement au nombre de trois (ici il y en a quatre), imposées au principal personnage, dans le but secret de le faire périr. Si, à l'origine, Vénus cherche à les justifier par ces mots : c Jam ergo et ipsa frugem tuam periclitabor », il est bien évident que son intention est de causer la mort de Psyché, qu'après l'accomplissement des trois premiers travaux, elle accuse de magie pour y avoir réussi.

Ces épreuves, qui remontent peut-être aux travaux d'Hercule ou de Bellérophon, consistent dans l'obligation : de séparer des grains de diverses espèces réunis en un tas ; d'enlever, au milieu de circonstances périlleuses, une partie de leur laine à des brebis à toison d'or; d'aller puiser de l'eau à une fontaine située sur des rocs inaccessibles défendue par des dragons (dracones), et dont les eaux parlent et menacent quiconque s'approche.

Ce qu'il y a à remarquer, c'est que ces besognes ne sont pas accomplies, comme d'ordinaire, par des animaux reconnaissants d'un service reçu, mais spontanément par des fourmis, par l'aigle

.1»SYCHÉ. — ANALYSE MYIHOGRAPIIIQUE 26 I

de Jupiter et, dans le second cas, par Psyché elle-même sur les conseils d'un roseau parlant. C'est encore une tour parlante, qui lui donne des instructions pour venir à bout de la quatrième épreuve, c'est-à-dire, aller aux Enfers, demander à Proserpine un peu de sa beauté (de formositate) dans une boîte.

Plusieurs incidents de cette aventure appartiennent bien aux contes : l'ânier, boiteux comme son âne, et le mort nageant dans le Styx, qui implorent de Psyché une faveur qu'il serait fatal de leur accorder; le banquet de Proserpine auquel il serait aussi funeste de prendre part; enfin, la boîte que Psyché, vaincue par la curiosité, ouvre et qui exhale une vapeur, par l'effet de laquelle elle tombe en léthargie. L'intervention, pour la tirer de cette léthargie, de Cupidon, de l'époux lui-même qui l'a abandonnée, paraît spéciale à la fable latine.

Il en est de même des essais de suicide de Psyché et de la vengeance qu'elle tire elle-même de ses sœurs.

Le récit se termine, comme tout bon roman, par un mariage et par un festin de noces, mais d'une couleur toute particulière puisque la chose se passe dans l'Olympe et entre dieux.

Page 1