‹ Contes, anecdotes, chansons et poésies diversesChapitre 202 sur 221 · III · texte numérisé non relu

III

sans- culottes , et aucun ne lui reproche d'avoir renoncé à l'honneur où ce qu'elle est née.

Plusieurs inemhres. Nous la connaissons tous , et nous sommes fâchés de ne plus la voir.

Le réclamant. Vous l'entendez ?

Le président. J'ignore quels sont les motifs qui ont pu mettre la femme du citoyen à l'étroit. Je fais donc rémotion qu'on lui envoie un membre de ia société avec un titre pour s'introduire , et procéder à l'élargissement s'il y a lieu.

Plusieurs briguent l'honneur d'une pareille mission : d'autres prétendent qu'un membre ne suffît pas. Il s'élève une grande discussion à ce sujets On.

demande le scrutin ; mais au dépouillement chaque membre s'étant porté , le président lève la difficulté , en annonçant qu'il se chargera lui-même de cette affaire importante ; après quoi il dit avec la dignité qui lui est

propre : Qu'est-ce qui veut la parole ? ( Personne ne répond ) .

Le président. Une fois , deux fois ,

personne n'veut la parole Je vous

avertis d'abord que j'vais lever la siance.

^ Oh que non ! dit un membre , tu n'ieveras pas la siance ; j'veux parler. ( Murmures )

Plusieurs voix. Non î non !

Le membre. Tous ne voulez pas m'écouter , eh bien, je m'ëvacue....

Silence , crie le président ; respectons les opinions.

Le membre. C'est ça président; c*est ça , mon homme ; préte-moi la parole , j te la rendrai.

Le président. C'est dit j*te la prête 5 mais si tu bivaque comme l'autre ad- i vans hier , jte la raute. '

Le membre. C'est bon , c'est bon.

J'ai demandé la parole pour un fait qui n'a pas de rapport avec ce que je vais vous dire.

Le président. Parle , parle , puisque c'est comme ça.

Le membre. J'annonce à l'assemblée ( On se mouche). A bas les

mouchards , l'scellé sur les nez

J'annonce à l'assemblée que deux sociétés populaires demandent votre

ajjigniation Ah! ah! ah! ah!

s'écrie-t-on , c'est y possibe ? Deux sociétés affignées !.....,.

La joie transporte tous les sociétaires. Pendant plus d'un quarl-d'heure ils ne savent où ils en sont ; enfin ^ quand le premier élan est un peu appaisé , on demande le nom de ces deux sociétés

L'orateur. Vot' joie va bien redoubler ; c'est la société à'Anières et celle de Montmartre.

Nouveaux transports , nouveaux cris de joie de la part de toute l'assemblée.

Un membre qui n'avait encore rien

dit. Je me résume et je demancle par amendement que les députations qui nous apportent cette nouvelle soient admises aux honneurs de la séance-.

Tout le monde. Oui , oui , oui !...

Le président. Je suis aussi de cet avis. La présence de ces dignes missionnaires ne peut que nous honorer.

Qu'on les introduise avec toute la cérémonie dont nous sommes capables , et qu'on leux accorde les honneurs de la siance. La siance estlevée.

On avait placé dans la commune

de des dépôts de cavalerie et de

charrois. Les chevaux que Ton voyait continuellement courir dans les rues pour se rendre à l'abreuvoir public , en écartaient ceux des habitans , qui s'en plaignirent à la municipalité , laquelle , après avoir ordonné que les militaires mèneraient leurs chevaux boire à la rivière , fit placer cet écri-

(ii5)

leau à Tabreuvoir ; Abreuvoir de la niunicipalké.

Dans le tems où quelques hommes cliangeaient de nom , pour prendre celui de Romulus, de Brulus, de Scœ- Tola , de Fabricius , Publicola , etc. , un membre de la section des Tlmileries disait à la tribune : Et moi aussi je veux prendre un nom romain , afin que l'on ne doute plus de mon patriotisse ; je veux m'appeler comme celui qui mit le feu dans la commune de Rome pour faire brûler les aristocrates , et qui manquit d'être la victime èiEpicharis et de Pijeon.».,<^

celui parbleu, aidez-moi donc...

cehii.-.. qui pardienne, vous n'ea

connaissez pas d'autre , celui qui n'avait pas comme qui dirait un nez •pointu..... — Que t'es bête , lui dit un collègue , c'est nez-ron, — Oui > e'cst ça , je me baptise nez-ron»

(ii6)

A cette époque, Philippe cl'Orlëans fléclara à sa municipalité que le nom qu'il avait porté jusqu'à ce jour n'était pas le sien : qu'il était fils cVun cocher de sa mère, et qu'il se nommait Egalité.

Ou fit à ce sujet le couplet suivant :

Air : De Figaro.

Chacun sait la tendre mère Dont Phih'ppe tient le jour :

Tout le reste est un mystère , C'est le secret de l'amour ; Ce secret met en lumière Comment le fils d'un Bourbon Déshonore un si beau nom.

M. de *** venait de Versailles à Paris , seul dans une voiture à quatre places ; il était en habit du matin , c'est-à-dire , qu'il portait une méchante redingote , et avait des pantoufles au lieu de souliers* On arrête

sa Toitnre à Serres ; on se saisit de sa personne , on le traîne devant nu comité , et il s'établit l'interrogatoire suivant :

j « D'où venez-vous ? — De Ver- Isailles. — Où allez-vous? — A Paris. I' — Qu'allez-vous y faire ? — Acheter |!tine anglaise. — Vous avez des pantoufles. — Je ne le saurais nier. — Pourquoi voyagez-vous en pantoufles?

. — Pour les user 5 et d'ailleurs elles |ine tiennent les pieds plus chauds que ides souliers. — Vous venez de dire que vous alliez à Paris. — Je le répète.— Nous vous faisons ODserver qn'on ne va point sur le pavé de Paris avec des pantoufles. — Dans un pays libre , je puis marcher sur le pavé avec la chaussure qui me convient le mieux. — Vous venez de dire iqae vous alliez à Paris pour acheter lune anglaise. — Je le répète. — Nous TOUS faisons observer que si cela était

(ii8)

VOUS ne voyageriez pas seul dans une voiture à quatre places , parce que cette manière de voyager renchérirait trop l'anglaise. — Ce sera mon affaire d'avoir l'anglaise au meilleur compte possible r>.

D'après cet interrogatoire , M.

de *** fut atteint et convaincu d'être suspect ; on l'envoya sous bonne et sure garde aux Récollets de Versailles.

On articula en toutes lettres dans son écrou , pour uniques motifs de son arrestation : Suspect parce qu'il voyageait en pantoufles , seul dans une voiture à quatre places. Si l'histoire nous eut conservé les registres des bastilles de Rome , du tems de Catilina , nous n'y trouverions pas un écrou plus bizarre. Heureusement 3VI. de *** recouvra sa liberté après le supplice de Tantropophage Robespierre.

\A bas les istocrates /.....

On afficha en 1793 la tragédie de Jean Sans-Terre. Quelques patriotes lu faubourg St. - Antoine , croyant ju'on voulait jouer le général Sanerre , arrachèrent toutes les affiches 3t se portèrent en masse au théâtre le la République. On parvint à les ippaiser en leur donnant les premières places ; mais l'on ne put en âtre maître , lorsque Sans-Terre dit au tyran :

Tu crois m'intiraider en découvrant ma bière.

Je l'avais bien dit, s'écria un d entre eux ! à bas !.... à bas !.... à bas les muscadins 1 (On baissa la toile ).

Sur la porte d'un comité révolu-

.Itionnaire on lisait ces mots : Ici Von

s'honore du titre de citoyen , et l'on se

tutoie : Fermez la porte sU vous plait.

La veille d'une grande fêle , on s^occup.iit des prix de la course. Que donnerons-nous, dit un fonctionnaire, au vainqueur à cheval ? — Parbleu , répondit-on , il faut donner l'un des plus beaux chevaux que nous avons mis en réquisition. — Et pour celui qui remportera le prix à pied ? — Que t'es bête ! Peut - on faire une demande pareille ! tu vois bien , imbécille , que si l'on donne un cheval au premier , il faut donner une paire de souliers au second.

A cette même époque , et en pareille circonstance , on refusa de donner le prix à celui qui le remporta à cheval , attendu que son coursier était supposé de race anglaise. L'affaire fut ainsi jugée sur le champ..,»

Considérant que le cheval vainqueur nous paraît suspect , et qu'il pourrait

se faire qu'il fut à la solde de Pitt et de Cobourg , ordonnons que son monteur en fera de suite constater Tétat civil et produira un certificat de résidence depuis le i4 juillet (style do tjran^, qui prouve la non-émigration.

* Signé , E. B. T.

« La horde qui se rassemblait autrefois au théâtre des Délasseinens ayant trouvé ce spectacle fermé , fut s'installer en masse au théâtre Sans-Prétention. On y donnait Cinna ; mais ces messieurs , croyant qu'on voulait jouer un de leurs complices dans chaque rôle de conjuré , se mirent à crier : A bas ! à bas l'auteur ! à la guillotine ! Alors un acteur s'avança et dit : Citoyens , l'auteur n'est point coupable ; c'est un nommé Corneille , mort il y a cent ans.,..,.

— Eh bien « s'il est mort, nous n'ayons que faire de ses pièces , s'écria nn citoyen en bonnet rouge ; pourquoi ne pas nous donner Charles IX?

Tauteiir de cette pièce se porte bien , loi , parlez-moi de ca. Aussitôt tous les amis demandèrent à grands cris :

Charles IX! Charles IX! Les acteurs se virent forcés de jouer la pièce patriotique , et se promirent bien de ne plus se mettre du Corneille dans la tête.

Un membre de comité révolutionnaire , allant poser les scellés (i) chez un curé de village , pour allonger son procès-verbal , disait : nous étant mis en chemin avec notre confrère , pour

(i) L'histoire rapporte qu'en 1793 ces dignes soutiens de la République mettaient les scellés avec leurs pouces , et les levaient fevec leur* ongles.

( 123) faire la présente exécution , j'avons passé devant la porte cVune église ^ cil ce que nous sommes entrés , et où ce que nous avons entendu chanter un De Profundis y dont la teneur suit : (Il inséra dans son procès-verbal le psaume tout au long ) ^ après quoi , au nom de la liberté , nous nous sommes emparés du prêtre , que nous avons conduit en surveillance dans notre maison d'arrêt.

Il a été enregistré , en 1793 , un.

procès - verbal- d'inventaire fait par deux membres de comité •, et dont voici un extrait :

PIux j'avont trouvés vin père de

soulié neufs ; et a tendu que mon

[confraire et moy n'en avions pus dan»

nos pied , et qu'il nous en fallait pour

[continuer naux o péraciont , jean

Eavont pris deux père et j'avont mis

les notre en plasse , lesqnels nofis estimons à vingt sols , etc. etc.

Nota. J'atteste que ce fait est vrai : j'ai vu le procès-verbal.

Extrait d^un procès-verhal dressé par trois membres d'un comité réuolutionnaire de Lille.

Le quinlidi bétrave , (i) genoux somme trans porter chaise le dy Ro-

(i) A cette époque où les noms des mois étaient changés en vendémiaire , etc. , les semaines étaient métamorphosées en dfe— A cades , dont les jours étaient : primidi , duodi y tridi , quartidi , qiiinUdi , sextidi , sepcidi , octodi , nonodi et décadi; et l'on avait fait disparaître tous les saints du ca- • lendrier , eue l'on avait remplacés par des i noms de plantes , de légumes , de volaille , et instrumens aratoires ; ainsi l'on disait : primidi betLerave , duodi dindon , tridi charrue , etc. etc.

( «25) -berl a léfet de vërifiére les sellés que nous avont trouver telle quille étaite.

An suite de quoi nous avont fait monté la servante par l'un de nos colléques où étant. Et après avoire vérifiés ses pièces , nous l'avons trouré en règle.

En foi de quoi nous avont dressé le présant procès - verballe , et avons fait seigner la ditte servante , qui a déclarée ne savoirc.

Deux fonctionnaires publics de Sainle-Ménéhould recurent Tordre de s'assurer de la personne de M. *** , qu'ils rencontrèrent , après bien des recherches , à table chez un restau* rateur : ils l'arrêtèrent au nom de la liberté , et dressèrent un procès-verbal dont voici à-peu-près la substance :

« Aussitaux Ihorde arrivai , genoux

>? some mys en marches dans la com-

« mune , et je some par venu adé cou-

ff vrir que le citoyen *** devais aie

n diné dieux un restaurateux eus

r> quon lui préparait des pieds de

31 cochon. Je navont pas perdus la

y> taite , je some allés encore faire

n un tour dan Sabite-Ménéhould , puis

r\ après je some revenu dieux le res-

r) taurateux ous que javonl trouvé net

ji home manjeant les pieds à la dite

« Sainte f etc. , etc. n

Un memhre de comité révolutionnaire , procédant à un inventaire , disait : item , un vieux banc sur lequel je suis assis avec le citoyen greffier, mon collègue , le tout ne valant pas la peine d'être inventorié.

Un de ces messieurs étant allé poser les scellés dans une maison de

( ï^7 ) campagne i» un ami lui demanda comment il avait été reçu : « A merveille, répondit-il , on m'a voulu faire mangera. (On avait lâché deux gros chiens sur lui).

Un éloquent orateur de comité ré- Tolutionnaire , en parlant dun nègre affranchi , le désignait sous le nom de ci-dei^ant noif, ,

Un brasseur du faubourg Saint- Denis avait pris pour enseigne , Mars parlant à des ouvriers. Au-dessous était écrit : Le dieu Mars vous rexiormnande de faire de bonne bière pour rafraîchir ses troupes. Lorsque l'on changea les noms des mois , au lieu du dieu Mars , il mit le dieu Germinal.

L'immortel Jfam^ avait une maîtresse très - grande , qu'il nommait

ï'ictoire: elle lui fut enlevée; maïs il trouva le moyen de la r'av>oir. Un jour il entendit un colporteur crier : Voilà

la grande victoire remportée C oni-

raent! encore... Il fit courir après ce malheureux , qui aurait été sa victime, si yictoire ne se fut retrouvée.

Le député Maure avait fait écrire sur son magasin d'épicerie à Auxerre :

Maure , représentant du peuple-épi^ cier- confiseur.

Ce digne soutient de l'état fut dénoncé, sur ce que chaque représentant jouissant du contre-seing à la poste , il en abusait afin d'envoyer tous les jours sa distribution chez lui , pour faire des cornets.

Sur le mur du corps-de-garde de ïa barrière d'Enfer, on lit encore ces

mots : Barrière d'Enfer , et plus Las : entrée de Paris.

Une loi ayant ordonné d'effacer tons les noms de saints exposés aux regards du public, un marchand , qui était connu sous l'enseigne de Saint- Jean- Baptiste , fît peindre , en place clu bienheureux, un singe enveloppé de batiste , avec ces mots : Jlu singe en batiste.

Dans ce même tems, les personnes qui avaient affaire dans la rue Sainte- Barbe étaient obligées de demander la rue Barhe; on les envoyait souvent chez l'apotliicaire.

Changement de domicile,

1/ APOTHICAIRE Nez-Flérant, qui demeurait dans la rue Barbe , et qui , par suite , est allé s'étabh'r rue Anne y

butte Roch^ au lieu de prendre un logement à Cloud , comme on l'avait annoncé , demeure , au contraire , à Ouerij et tient toujours un dépôt de SGs remèdes à Maur,

Rien de plus ridicule que les changemens qu'éprouvèrent plusieurs mots de notre langue : le mot de citoyen , par exemple , était tellement rechev" cké, qu'une marchande de fruit aurait cru encourir le blâme , si elle avait crié : Prunes de m.onsieur ; elle disait prunes de citoyen^ comme elle disait prunes de Glaude y au lieu de prunes de Reine'Claude.

Un homme chargé de fournir des culottes de peau à un corps d'officiers de cavalerie , poussa un jour l'ignorance et la lâcheté jusques à dire dans un de ses mémoires : Plus, cinquante

(iulottes de peau de Reine ( de Rennes ), vieux style.

C'est aussi dans ce tems que , le gouvernement ayant prohibé les marchandises anglaises , une pauvre marchande de fruit fut traînée inhumainement au comité révolutionnaire de sa section , parce qu'elle avait eu Timprudence de crier et de vendre des poires d' Angleterre .

Le théâtre , sur-tout , se ressentit de cette innovation ; et, enlr'autres changemens , on remarqua ceux-ci :

Dans l'opéra du Déserteur , au lieu de dire : le roi passait , etc. , on disait ie tyran passait , etc. ; de manière que l'ariette finissait par : vive le tyran! vive le tyran ! ! ! . . .

Un acteur du Théâtre-Français , très - obstiné , et qui, pendant que ses camarades gémissaient dans les :r)risons de Robespierre , ne cessait

d'attirer la foule ^ en jouant Marat\ dans le souterrain , etc. , disait dans le Bourra bienfaisant ; échec au tyran , au lieu de dire échec au roi.

C'est aussi à cette époque et après la fermeture des églises, qu'un prêtre inconstitutionnel , voyant que l'eaubénite était fort rare, et s'avisant d'en vendre , fut dénoncé par des envieux, à sa municipalité, laquelle , ne voyant dans ce singulier commerce qu'une nouvelle branche d'industrie qui pouvait tourner au profit des contributions , le força à prendre une patente de limonadier.

Dans ces beaux jours du sans-culotisme , un arsouille (i) de la première

(i) Arsouille, en style commun, veut ^\XQ fanfaron f querelleur , etc.

( iSS ) classe se présente à la porte du ministre de la guerre. Il était suivi d'un énorme chien , qui avait un peu meilleure mine que le maître. Il s'adresse au concierge : Dis donc , portier , ous'qu'est Xminisse ? •— Citoyen , il donne audience. — Mène-moi-z-y , faut que jTy pale. — Citoyen, attendez votre tour. — Mène-moi-z-y, j'te dis; allons, lève la guigne, trotte et remue la queue , et plus vite que ça. — Citoyen, vous ne pouvez pas entrer avec votre chien. — Mon Azor, faut qu'il entre; respecte-le; viens, mon chien , viens. ( Le portier est obligé de l'introduire ). Citoyen, voilà le ministre. — Qui ? c'pékin là-bas , en habit bleu ? Laisse faire , j'vas l'y parler. Il traverse la foule , arrive au iministre, lui frappe sur l'épaule : Bonjour , Tninisse , bonjour, mon homme.

Le ministre étonné : Citoyen, qu'y a- |4-il pour YOtre service ? — J'vas te

dire î j'étîons hier avec les amis au café Virginie... tu sais ben... la... rue Maubuée : j'étions à chiquer les légumes , à pomper les huiles , v'ik qu'il a circulé un brnit... — Quel est ce brait ? — On a dit q"t' allais d'mander ta diminution. — Ma démission. -— Ah ! oui, oui , c'est ça. Ecoute : avant d't'esbigner du ministère, faut commettre une belle action ; fous-moi une place , hein î ça va-t-il ? — Mais encore, quelle place ? — Bah ! tu sais ben mieux c'que c'est qu'une place ç[\xe moi. — Que savez-vous faire ? — Moi, vois-tu, j'n'y vas pas par trente-six.

chemins ; je n'sais q'ça , et qu'ça et queuq'autres choses pareilles. — Cela n'est pas très-clair. — Tiens , fait une chose, fous-moi dans les chapeaux, bordés. — Tous voulez être général ?

— Pourquoi pas , comme un autre. — Impossible , le tableau est complet.

^ Bah! q't'es bête pour un minisse j

( '35) tu n'as guère é ITil ; une légume tle plus ou de moins sur la quantité , ça ne paraît pas. — Impossible, vous dis-je. — Ehben, écoute , si tun'peux pas m'faire général, fous -moi... à l'hôpital.. . là., queuq'chose d honnête.

— Mais encore?.. — (Le chien aboie).

Tais-toi, Azor. — ( Azor continue ).

Tais-toi ; j'te dis , Azor : assez causé , laisse parler le minisse.,. Parle , mfnisse , parle , mon homme , j'i'écoute.

— Encore , citoyen , pour être placé dans un hôpital , savez-vons la médecine, la chirurgie ? — Pardine , faut-il pas être ben malin pour tuer des gens qui sont malades ? — Ecoutez , si vous ne savez rien, Je ne puis vous donner une place. — Ah ça! dis donc, V là q'tu commences à m'scier, avec ton savoir : j'vois ben qu'la révolution n'a pas été faite pour les amis. Avant c'tems-ci , je l'aimais ; à présent , j'ii

I pisse au cul.... Hut!...

( >36) Un orateur de section resta court à la tribune , au moment où il traitait, avec son éloquence ordinaire, laquestion intéressante de la loi agraire.

Après s'être frotté le menton , levé les yeux vers la voûte , regardé autour de lui , fouillé dans... ses poches, et ÎFivoqué son génie , il se rappela où il pouvait avoir oublié ce discours précieux. Il vola... au bureau du secrétaire , et y écrivit à son épouse le billet suivant :

Ma chaire sitoyênne et amit.

Je te pri de chairchet dan maïs papiê inutille , tui trouverat mon discourt sure la l'oie a grève dont lu sept que je té fais léqueture ière dans zun de naux mauman pairduz, je crois la voir oubliet dans la pauches goche de mone aby delà dai quade. Je suit cour.... et ne puy tan dires da van tages , je vais en a tendans de tes

( i37 ) pronte nonvele me batte les flant , îavaiiquer plurére , re courrire maime os lien coniuns sille faute pour rempllre le vide , et vienz si tu pus partagé ma paine avecque la quelle je suis tout à toi , etc.

L'ennemi a pénétré dans notre camp , disait un membre de comité à ses collègues : après l'avoir pillé , volé, miis tout sans dessus dessous , il a violé jusqu'à la tente du général.

Que diable aussi , dit quelqu'un , pourquoi les vieilles femmes vontelles à l'armée ?

Dialogue.

— Te voilà donc revenu de la guerre ? C'est un vilain métier que de se battre ainsi. .^-

— Ah ! je vous en réponds , ma mère.

— Que faisais-tu tout le jour ? — Le voici':: On me tuait ^ et je tuais aussi..

( >38) IDeVANT un comité révolutionnaire se présenta un jour un pauvre diable ^ qui dit : Citoyens, j'ai perdu ma carte, j'en viens quérir un autre. — Il faut auparavant , dit le président avec importance , savoir si tu es modéré , royaliste, aristocrate, fédéraliste. — Moi , non , citoyen , je suis rémouleur.

Un fonctionnaire public de 1795 étant malade , sa femme fut obligée de répondre pour lui à ceux qui venaient le consulter : un jour qu'elle était attendue dans l'antichambre , par plusieurs personnes , le garçon de bureau vint l'en avertir. Eh ! mon Dieu, dit-elle , que la place d'une femme publique est difficile à remplir !..•

TJlVE troupe d'acteurs ambulans ayant fait afficher dans un bourg une

( -Sg) comédie en i^^r^/z^r^s^ lamnnîcipalilé, par bienséance, leur fît défense de la jouer.

Pendant cet heureux tems , tous les monumeus publics étaient couverts de légendes. On lisait liberté sur la porte des prisons -^fraternité sur celle des bureaux ; indivisibilité sur celle des assemblées ; unité sur celle des spectacles ; et la mort partout.

Un propriétaire fit écrire au-dessus de la loge de son portier ces mots , dont le Français se souviendra longtems : Unité , indivisibilité , etc. ; mais le peintre , qui n'avait pas bien pris ses dimensions, fut obligé d achever à côté de l'indication du portier; de sorte qu'on lisait : Parlez au portier , ou la mort.

( '40 ) Robespierre fît placer, sur tous les monumens publics , cette inscription :

Le peuple français reconnaît l'Etre su" prènie et V immortalité de l'am^.

Un critique la corrigea ainsi :

Le peuple français méconnaît l'Etre suprême et la moralité de rame.

Après le 9 thermidor, plusieurs personnes voulurent faire passer leur»

crimes pour des erreurs , et pour faire croire qu'elles n'étaient qn aveuglées, elles furent ouvrir un club auxQuinze- Yingts.

En parlant de la mémorable journée qui purgea la France du monstre Robespierre , etc. , un orateur de la Convention disait à la tribune : Citoyen»

représentans , la belle journée que Ict nuit du 9 thermidor !

Avant la séance où Ton décréta Carrier d'accusation. Bourdon (de 1 Oise), pour mieux voter en sa cons" cience , se Tétait chargée de quelques bouteilles de Champagne. La liqueur fit son effet. Bourdon tapagea tant, qu'on fut ohligé de l'inviter à n'être pas rouge le matin , et gris le soir.

J'ai remarqué que pendant que

< Carrier lisait sa défense à la tribune

de la Convention , il était éclairé par

une bougie , placée sur la tête de

IkTarat,

> Mais pourquoi donc, disait un par-^ ivenu, qu'on en veut toujours à nous ; autres, pauvres riches ?

Le citoyen *** soumissionna le Lien de M.***; après y avoir fait faire quelques réparations , il écrivit à son épouse :

Mamour, je venons de terminer les travos que j'aviont fait commanser dans le bâtiment. Viens mi joindre ; cet une an droit des plus agréables :

j'espère que nousi finiront nos jours , sie Dieu nous prête vie.

La femme d'un parvenu fut trouver un de nos plus fameux peintres pour se faire faire son portrait. — Madame, lui dit l'artiste , je ne peins que l'histoire. — Comment vous ne peignez que l'histoire, lui dit-elle, eh ! qui donc me peindra le reste ?

Ois dit se vêtivj et cependant on dit se dépouiller ; et l'on disait anciennement se faire tirer, pour dire se faire

peindre. La femme cVuu parvenu , qui , en cette qualité , se croyait dispensée de savoir sa langue, sortant de se faire peindre, et étant encore affublée de sa plus belle robe, disait: je ne me suis jamais fait tirer aussi bien pouillée.

Un de nos parvenus se vantait d'avoir beaucoup voyagé. — En ce cas, lui dit quelqu'un, vous devez connaître la géogi-aphie ? — La géographie , répondit notre homme

Je ne saurais.... trop vous dire si

je n'ai pas été dans ce pays-là.... Mais je ne crois pas en avoir passé bien loin

Il s'établit , en l'an 6, une religion tconnue sous le nom de société des philantJiropes. Cette société , n'étant ;composée que de révolutionnaires , fut appelée par les poissardes de Paris

Jiloux en troupes j et fnt détruite par les €nfans , qui troublaient constamment \e\xv prêche j en faisant un bruit continuel à la porte de leurs temples ( des «glises dont ces messieurs s'étaient emparés) , et en leur jetant des pierres.... "Vint enfin le consulat qui nous <ilélivra de ces hypocrites et de bien d'autres.

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