TÏeux invalide , couvert de cicatrice
II jiet commandant de la garde nationala d' !lda canton , qui réunirent le plus dm
ruffraget.
Voilà ( dît un membre dç Tassem*blée qui aurait voulu être nommé ) , Toilà ce que c'est que les gens en place , is accaparont toujours emploi sur emploi. — A bas Tambitieux , dit nn autre ; on ne voit partout que d'ces gens là. Et moi j'disons qu'avant da briguer c't honneur là, faut Tmériter.
— Oui, oui, c'est juste!.... s'écria tine grande partie de l'assemblée , oa ne saurait trop mettre <l'honnêtes gens en place , et à cet égard rassemblée peut se glorifier du choix qu'elle vient <le faire. <
Mes amis , mes chers concitoyens , dit le père la Bombe , confus de la préférence qu'on lui donnait , je voudrais que le titre de suspect fut un grade militaire , afin de mieux justifier , par mon zèle dans le service , la bonne opinion que vous avez de mes principes. — Et moi , dit Claude, si l'emploi de suspect me force à quitter
la commnne , je vous prie (l*avoîr soin de mes enfans : la reconnaissauce qu'Us perleront sans doDte aux brave»
gens qui m'ont mis à même de leur procurer plus facilement ce qui leur est nécessaire , en me nommant à cet emploi ,, me répond de leur docilité.
— Remettons les discours de remcrcîment à la fin de la séance, dit le maire , et continuons nos opérations.
Il nous faut actuellement nommer les fédéralisses ; voyons, y a-t-il queuqu zun qui soit fédéralisse ? — Moi , moi , je le sis , dit Nigaudiuet, j'ons été à »a fédération de 90. — ( Tous* ) Il a raison. — En ce cas, dit le maire, puisqu'il sait ce que c'est, autant vaut lui qu'un autre. ( Tous, ) — C'est juste , c'est dit ; c'est fait , dit le maire Grand bruit dans rassemblée Qu'est-ce que c'est? Qu'estce que c'est ? — C'est le citoyen administrateur. — Combien y a-t-il chea
( 76 ) votts de snspects et de fédéralistes , demanda ce dernier au maire ? —
Quatre , citoyen. — Quatre Rien
que ça ? — Citoyen , je ne savions pas au juste combien il en fallait nommer ; et comme notre population Tk^est pas bien considérable , nous nous sommes bornés à ce nombre ; mais s'il en faut davantage , nous
sommes tous prêts — Qu'est-ce
que cela signifie , dit l'administrateur en colère. Oii sont les suspects ? — Citoyen , J'ons l'honneur d'avoir réuni le plus de suffrages , ces deux braves gens ensuite , et pis v'ià notre fédé~ ralisse. — Comment , le maire en est? — Citoyen, je dois cet honneur à mes compatriotes , et certainement
je — En voilà assez, qu'on se
taise ! Pourquoi n'êtes-vous pas en prison ? — ( Tous. ) Comment en prison !.... — Le citoyen administrateur plaisante sans doute « dit Kigaudinet f
<77) *— Nullement ! des traîtres comm© vous ne doivent pas avoir d'antre séjour. — {Le maire, ) Il faut du sangfroid ici ; que tout le monde se taise et m'écoute : voyons , citoyen admi-i nistrateux , entendons-nous , qu'estce que des suspects? — {L'administrateur). Ce sont des gens qui
que qu'on soupçonne de.... par- Lieu d'être suspects Enfin ,
ces gens là déplaisent , et le gouvernement n'en veut pas. — C'est ça , dit un membre , je xïien étais douté.
— En ce cas, dit le maire , je ne sommes pas suspects. — Diable , dit le père la Bombe, ni moi non plus. — Mais pour éviter de semblables erreurs , ajoute le maire, pourquoi ne pas nous apprendre la vraie signification de ce mot là. — Je viens de vous dire toutà-l'heure ce que ce mot là signifiait, — Comment , dit le maire , ce que TOUS venez de nous dire tout-à-rUeure
«ftl la signification du mot suspect ?
— Oui, citoyen. — Eh ben ! à présent que vous me l'avez expliqué , je n' le comprends pas pus qu'auparavant. — Cela se peut , dit l'administrateur , Diais vous êtes bien heureux d'en être quittes à si bon marché ; je vois bien qu'il faut m'en retourner sans emmener ni suspects , ni fédéralistes , et qu'il faut que je prenne ma revanche sur quelqu'autre commune , qui fournira double contingent.
Tout le monde se retira , les bons habitans flattés de n'être point suspects , sans cependant savoir ce que ce mot signifiait , et l'administrateur occupé de son honorable mission.
Un membre de la commune de Paris , soupçonné d'incivisme par ses collègues , dans une séance de cette assemblée , s'élance à la tribune , et fait entendre ces paroles :
( 79 ) u On m'accnse d'incivisme, moi, « qui suis le meilleur républicain du r* royaume , moi qui ai voté pour la »» république une et invisible * moi" n qui , ces jours passés, fis une énion lioii contre les trente-deux mem- % bres de la commission des douze ! n-
Un jeune homme veut s'embarquer à Marseille pour l'Italie. On lui demande son passe-port ; il n'en a point»
— // faut cependant que je parte.
Adressez-vous , lui dit-on , à la municipalité. — ]\Iessieurs j je \;oudrais m' embarquer pour l'Italie. — Comment vous nojnmez-vous ? — Auguste Frédéric. — Comment s'appelle votre père ? — Georges, — Etes - vous da département des Boucbes-du-Rhône ?
— Kon , messieurs , je suis de la Tamise. — Quelle est la profession de "votre père ? — Souverain ►
Ou lui délivre ua passe-port : à M.
Frédéric Auguste , fds de M. Georges , du département de la Tamise , et lui Souhaite un bon voyage.
CoNrERSjiTioN entre un Voyag&ur et un Com^ité révolutionnaire de Paris.
Le Voyageur.
Citoyens , je viens vous faire viser mon passe-port, pour continuer ma route.
Le Président.
Où veux-tu aller ?
Le Voyageur.
A Montauban.
Le Présideivt.
Montauban N'est-ce pas en
Hollande ?
Un membre {au Président), Non, président ^ tues dans l'erreur;
Montanban touche aux frontières de la Suisse , sur les bords du Finistère « département des Pyrennées.
Le Présideist.
Département des Pyrennées ! mais c'est tout près de la Vendée ça......
Tu vas donc grossir les chouans ?
Le Voyageur.
Non , citoyen , ce n'est pas mon intention.
Le PRESIDENT.
Oii es- tu né ?
Le Voyageur.
A Hambourg.
Le Président.
Quel district ?
Le Voyageur.
Il n'y en a pas.
Le Président.
Quel département ?
(8a ) Le Voyageur.
Il n'y en a pas non plus.
Le Président.
Comment , il n*y a ni district , ni département dans ton canton ?
Le Voyageur.
Non , citoyen ; Hambourg n'est pas
€n France , et je suis étonné
Le Président.
Comment , tu es étonné Ta
fois l'insolent, je crois
Le Voyageur.
Non citoyen; mais je ne puis concevoir comment des fonctionnairei publics peuvent avoir si peu....
Le Président {en colère).
Encore !.... Tu ne sais donc pas....
Un membre.
Citoyen président , je t'invite à porter toute l'attention dont tu es capable aux réponses du demandeur.
XiE Voyageur.
Ikîals , citoyens
Le Président, Silence !
•Le membre.
Citoyen président , je me résume en te priant d'observer, i°* que le citoyen nous dit être né à Hambourg, et que je vois sur son ancien passeport né à Quilin ; 2"^, qu'il t'en impose ; 5°. qu'il ment
' ( liffurmure. )
Le Président { s' assurant du fait) % Citoyen voyageur, l'observation du préopinant est juste. Qu'as-tu à répondre ?
I Le Voyageur.
Eh ! mon Dieu , rien
Le Président.
Où as-tu demeuré pendant ton séjour il Parii f
(84) Le Voyageur.
Rue St. -Denis.
Le Président.
Je t'observe que depuis la suppression de la religion , il n'y a plug de saints.
Le Yoy^GEUR.
Je demeurais dans la rue Denis....
Un membre.
Citoyen président , tu n'as pas oublié que depuis l'abolition du droit féodal , on a supprimé le mot de.
Le Président {d'un ton grave).
C'est vrai.
Le Voyageur.
En ce cas , citoyens , je demeurais dans la rue Nis ; mais je vous observe que si vous me supprimez encore ce nis là , je n'aurai demeuré nulle part»
Un membre.
Ce voyageur est un insolent : il abuse des questions que tu lui fais ; je demande qu'on le mette en surveillance , jusqu'à ce qu'il nous soit possible de savoir dans quel pays est situé Hambourg , et que nous soyons assurés que Montauban n'est pas un foyer de contre-révolution.
Tous LES MEMBRES.
Adopté.
Madame Dufour et sa femme-decbambre furent arrêtées à Dijon , comme suspectes ; elles furent conduites au comité révolutionnaire, par Ideux. ou trois membres de cette, exécrable autorité , qui , en posant les scellés, avaient eu la précaution , seloa l'usage <^ de s'emparer de ce qui leur parut bon , comme argent , bijoux , rins , etc. Le président, après avoir
fait plusieurs questions à madamo Dufour , sur son émigration , sa nonémigration , sa correspondance , ses allées et venues, ses moyens d'existence, ses certificats de civisme , etc. etc. etc. , s'avisa de lui montrer Tétiquette d'une bouteille : « Cornmenf r» y a-t'il là -dessus ? — Il y a virh rt d'Espagne, — Ah ! soutiens encora » que tu n'es pas en correspondanca^ »» avec tes Espagnols n
Tandis que vous êtes en train ^'écrire , disait Scœvola , membre de comité révolutionnaire , à ses collègues , mettez-moi votre signature sur ces trois mandats : c'est l'arrestation de trois individus à tête poudrée, que j'ai rencontrés dans un café , et que j'ai coffrés provisoirement , déça^li dernier , parce que leai- tîgur^ m'ai paxa suspecte.
ExTRjéiT d'une séance de la société" m>ère , le 179^«
Un membre monte à la tribune , et dit :
Citoyens,
Depuis quelque tems la marche révolutionnaire semble être entravée par la justice et ses formes minutieuses et t^ranniques. La grande nation nous reproche notre tolérance et notre douceur. Comment se fait-il en effet , que nous qui découvrions autrefois une conspiration tous les jours , nous n'en découvrions maintenant qu'une toutes les décades , dans la crainte d'être traduits devant les tribunaux comme faux dénonciateurs ! Qu'est devenu cet amour du Lien public, ce feu sacré qui remplis- : sait nos cœurs, enflammait nos âmes,
(88) «l qui noos a m<?rité clepnîs plusieurs années le titre de sauveurs de la patrie !
Mes frères , de tous les signes de «ontre-révolution et de ralliment anciens et modernes que notre surveillance infatigable nous a fait découvrir jusqu'ici , il n'en est point de plus frappant, de plus dangereux que^ la kirielle détestable des Pater et des jive Maria , que par toute la république les aristocrates et les modérés récitent jusques sous le dôme même des guerriers mutilés dans les combats entrepris pour la liberté. Il n'en est point qui mérite plus votre animadversion , que le chapelet et son
rosaire ! Citoyens, prêtez - moi
toute votre attention : je commence par la première phrase : Notre père , qui êtes dans les deux , que votre nom soit sanctifié. Ne sentez-vous pas dans jces paroles cette vanité ridicule des
(9- ) De quelle tentation venl-on ici par- 1er ? celle d'adopter la liberté , Tégalité , la république indivisible ! vraiment les aristocrates n'ont pas de tentation plus grande à combattre.
Mais délivrez-nous du mal. Ah ! sans doute., c'est pour eux un grand mal <jne l'abolition des privilèges , de* marquisats , des baronnies , des reliefs et des chaperons ! cela parle tout
seul uéinsi soit'il ! Le voilà donc
enfin , nous le touchons , nous le serrons ; il ne nous échappera pas ce mot d'ordre des conspirateurs , leur cri de guerre , ce signe évident de t5onjuratîon, ce fameux ainsi soit-il!..
Que veut-il dire autre chose , sinon , idisparaissez déi'ilaration des droits de l'homme , liberté , égalité , politique ; c'est-à-dire, toute la constitution républicaine !.... uirrii^e le règne d'un homme , que sa volonté soit faite , qu'il soit notre guide !.... IN'e vaut-il
pas antaut crier i^iuô le roi , qne de dire cet ainsi soit- il ? Et d'ailleurs encore , qu'est-ce que c'est que dê^' liprez-nous du mal? Cela ne veut-il pas dire , dans le sens des aristocrates , délivrez-nous de la convention nationale , des armées républicaines , de la surveillance des jacobins , du comité de salut public , etc. etc. Mes frères , je vous le dis , toute la contre-révolution est là , toutes les factions de Pitt et Cobourg , des Brissotins , des Girondins , des Fédéralistes , des Rolandistes , des allarmistes et des modérés , puisque' tout cela vient se confondre dans les iudulgens ; et que ceux-là sont bien indulgens ou bien coupables , qui' demandent qu'on leur jiardonne leurs péchés comme ils les pardonnent eux-' mêmes à ceux qui les ont offensés. ( Ap* plaudissemens universels ).
Je demande donc qu'il soit l'ait
(89) tastes nobiliaires , qui plaçaient jusques dans les cieux la tige de leurs pères ; qui ne reconnaissaient audessus d'elles que Dieu et le roi ; cet orgueil des Castor et Pollux , qui se disaient sortis de la cuisse de Jupiter, ou cette forfanterie de la famille de Liévi , qui se faisait descendre de la tribu de Lévi dont était née la Vierge? Vous remarquez cet atlacbement féodal à l'orgueil des noms !.. . Que votre nom soit sanctifié ! mais suivez-moi ; Que votre règne arrive ! Peut-on faire un plus grand outrage à la république ; csl-il désir plus évidemment manifeste de voir renaître la royauté avec tous ses attributs , avec sa noblesse , son clergé , etc. "^ Votre volonté soit faite en la terre comme au ciel ! Le pur amour du despotisme peut-il se montrer plus à nud , avec moins de pudeur ? Là , je tous le demande , " mettre , sans restnclion , la volonté
(90) â'un seul à la place de la volonté cle tons , à la place de la loi et de léga-
llté ! Donnez - nous aujourd'hui
notrejpain quotidien. Desir bien formel d'accaparer la denrée la plus nécessaire , le pain des sans-culottes ! X)onne-t-on à qui que ce soit le pain de chaque jour , sans carte de sections , et n'est-ce pas là un .mépris Lien prononcé du gouvernement révolutionnaire dans ses mesures sages et prudentes ? Pardonnez - nous nos pécJiés comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Pur modérantisnie ! cri d'amnistie ! Indulgens , qui demandent qu'on ouvre les dix milles bastilles de France aux suspects qui ont des clieveux poudrés , des bottés pointues, des habits de drap fin; qui ont des trèfles aux aiguilles de leurs pendules ou des fleurs de Ijs sur les plaques de leurs cheminées* Ht ne nous induisez point en tentation^
(93) incessamment ime adresse a la Convention nationale pour lui dénoncer cette nouvelle faction àc paternistes ; que ladite adresse soit signée en
nom (on crie de toutes parts î
En masse , portée en masse : point de aignatures individuelles ! ) Applaudi.
Un membre observe qu^aue masse est collective ( huées ).
Un autre. Je demande qu'on nomme l^es commissaires. ( Murmures. )
Un autre. Des commissaires supposent une représentation collective :
îts ne peuvent parler qu'en leur propre ]jom , et non en celui de la société. Ainsi je demande que nous aillons en masse en députation à la Convention nationale , et que cette députation rende compte de sa mission dans un procbain comité.
1 Plusieurs voix à la fois,. Oui ! oui ? en masse , en masse !..,. Arrêté.
t SÉjiNCE de la société'Tnère , /«.... 4 .
- Deux citoyens , décorés da bonnet toiige , paraissent à la tribune. Nous déposons sur le bureau , disent-ils « une adresse de nos frères d'Arras , et nous prions un des secrétaires d'en faire la lecture.
( Un secrétaire lit)»
u Frères et amis ,
71 Notre commune est encore la
9i montagne du Nord ^ et l'auguste
fj sanctuaire du sans-culotisme. Com-
î7 me mesure révolutionnaire nous
T avons destitué les membres de l'ad-
V ministration centrale , et nous leur
7t avons donné pour successeurs de»
n h à poil ( rires et hruyans ap^
m plaudissemens ) qui n'iront qu au m pas de charge contre les royalistes \rt et les constitutionnels. La simplicité 'm tiendra liea de talent à ces bons t*- sans-culottes. Un d'eux , que nous |w députons vers vous ( il salue ) , ne W sait pas même signer son nom ; mais lii sa parole lui tiendra lieu de para- » phe , attendu qu'il ne veut pas n avilir son patriotisme en faisant n une croix. ( Noux^eaux applaudisse^ 9t mens , nouvelles salutations de la r\ part du nouvel élu ). Ces adminism trateurs , peu versés dans la car- ■»» rière qu'ils vont parcourir , pour- •» ront , il est vrai , commettre queln ques erreurs ; mais ils ne pécheront »î jamais que par l'enthousiasme de ff» l'égalité. Ils viennent de commen- *» cerTexercice de leurs fonctions par 7» un éclatant honimag^e aux principes ^ d« la démocratie , en déclarant
(96) 5^ nulles toutes ventes de domaîaes n nationanx excédant troià' arpensr» ,
La société arrête à l'unanimité l'impression de cette adresse , l'envoi k toutes les sociétés af6liées ; et les députés d'Arras reçoivent l'accolade fraternelle de la part du président.
D***. Ne nous bornons pas à de simples applaudissemens : cette adresse doit servir de véhicule révolutionnaire pour porter sur tous les points de la République les principes de la sainte égalité.
Oui , s'écrie F*** , il est tems de venger les outrages dont les acquér^rs de biens nationaux se rendent depuis long -tems coupables envers:
ies patriotes.
C***. Les biens nationaux, frèrea] et amis , sont le gage sacré de notre! révolution ; aussi le royalisme a-t-il toujours conspiré pour alfaiblir ce gage
T***. Je dénonce le préopinant comme un acquéreur de biens na- .tionaux , comme ayant par ses en-»
chères fait porter les adjudications k un prix anquel ne pouTait atteindre le sans-culotte. Est-il digne de siéger sur le sommet de la montagne ? Non !
aussi je demande qu'il soit exclu du sein de cette société.... — Appuyé, appuyé. ( C*** sort de rassemblée.)
H***. Ne perdons pas de vue la proposition de faire annuller par la Convention nationale toutes les ventes de biens nationaux , d'après le mode adopté par le département du Pasde-Calais.... Abordons enfin la grande question de la loi agraire.
P***. L'honorable membre a raison. Une révolution ne doit ctre qu une rotation universelle tlans tous les élémens sociaux. Voilà ce que nous avons ignoré jusqu'ici : nous «vous toujours capitulé honteusement
( 98) avec les principes. Les riches ne logent-ils pas encore dans leurs palais dorés , et les pauvres ne végètent-ils pas dans leurs trop modestes chaumières? L'autorité n'est-elle pas entre les mains de la minorité , tandis que la majorité est toujours réduite à l'obéissance?.... Sans-culottes, puisque vous avez fait une révolution , qu'elle soit donc entièrement votre domaine : il faut que vous deveniez propriétaires , et que les propriétaires deviennent sans-culottes ; il faut que l'ignorance vertueuse soit tm titre pour les magistratures. ( Lea députés d'Arras saluent ). Assez long - tems les talens , toujours conspirateurs , en ont fait leur partage exclusif. Rome arrachait à la charrue ses dictateurs ; et la France doit chercher sous le
chaume ses magistrats suprêmes
Je demande donc que vous chargiez une commission de régulariser l'exé-
( 99 ) culion de ces principes de la yéiitable égalité.
. Je conviens avec les preopiiians qu'une entière égalité est le «ymbole de la démocratie ; raais vous savez avec quel acharnement nos ennemis s'obstinent à nous accuser d'exagération : combattons - les par une sage modération.
.Une voix s'écrie : on a tué la liberté avec la modération ; ainsi , que cette infâme expression ne se fasse plus entendre à cette tribune, — Appuyé , appuyé !....
/*** continue. Non , je ne suis pas modéré 5 mais , je le répète, par une temporisation prudente , il faut laisser mûrir l'opinion. Contentons-nous donc provisoirement d'étendre la proposition aux domaines patrimoniaux , et provoquons une loi qui déclare en [principe , que toute propriété territoriale , quelque soit son origine , ne
( loo )
pourra excéder six arpens : îl ne faut pas tout-à-fait dépouiller les propriétaires. ( Applaudissemens de huit minutes^. Mes amis, reprend l'orateur , vous savez que je suis riche , et que ma richesse est le patrimoine de l'orphelin. Je possède en propriétés territoriales 280 arpens ; mais des raisons d'intérêt public 1, que je dois taire à cette tribune, me rendent nécessaire toute cette propriété ; et je détaillerai mes motifs à votre commission secrette.
D***. Charmes puissans de la sainte égalité , vous dominez toutes les affections de mon ame î et l'opulence , mes frères , est pour moi le fardeau de la misère ! Que ne puis-je déposer à cette tribune les titres des 4O1O00 !• de rente dont la fortune m'afflige !
mais il faut encore que je me livre aux soucis de la richesse pour le bien de ma patrie. Vous savez que c'est k
nie^ frais qne les exemplaires de la constitution de 90 ont circulé avec profusion dans les déparleniens ; que c'est moi qui contribue le plus aux honoraires de nos respectables frères et sœurs qui décorent nos tribunes ;
vous savez
S***. (^Interrompant V orateur). Mes frères , épargnons la modestie des préopinans. Oui , qu'ils soient riches 1 l'intérêt des sans - culottes l'exige»
Aussi je demande que la loi que vous voulez provoquer puisse recevoir les modifications qui seront jugées nécessaires par notre commission secrète. Appuyé, appuyé. La proposi- ! tion est adoptée avec cet amendement.
Personne n'ayant plus rien à proposer pour le bien public ., la séance i««t levée.
Procès- VERBAL d'une séance d'assemblée populaire de section.
Qu'on se figure dans une salle assez yaste trois marmitons , quatre perruquiers , cinq savetiers , neuf autres braillards , sept à huit de leurs femmes, et l'on aura sous les yeux na laLleau fidèle de cette société.
Sur un fauteuil fameux par ses services , car il tombe en lambeaux « s'élève un cuistre ma,estueux- , revêtu du nom de président. Entre ses mains retentit une sonnette louée à crédit "lin sou par séance à un de ces coureurs publics qui avertissent de balayer les rues......
Grediu , gredin La séance est
ouverte ( silence de cinq minutes ) ;
gredin gredin. la séance est
ouverte ( silence de sept minutes )
( "oS ) Alors le président crie de toutes se»
forces : Est-ce que vous êtes sourds donc ? Vous êtes là comme des bûches de bois. Enfin la pitié saisit un membre des tribunes 5 il demande la parole ; elle lui est accordée. Citoyens , dit Torateur avec emphase, gn'y a pas déplaisir à ête patriote ; on a beau l'dire ; on n'vons croit pus.
( tumulte )
Un membre. La liberté est libre , laissez parler ct'homme.
Bravo ! bravo ! ( l'orateur continue ) la liberté est enchaînée par les roya-
.liss ( Ici un nuage de fumée
è'élèue : trois gaillards dans un coin font aller leurs pipes ).
Citoyens , dit le président , s^ny a |)as d'décence dans vos pipes ; d'ailleurs ca abîme la salle.
Un des fumeurs. C'n'est pas l'pérou que ta salle
A Tordre ! à l'ordre ! ( tumulte. )
( io4 ) Les B. , les F. volent de toutes parts, les femmes crient ; le président veut se couvrir , mais , par malheur , il
n'a pas de chapeau Yîte , vite
donc, un chapeau pour me couvrir...
Trois membres seulement ont des chapeaux , mais ils refusent de les prêter , de peur de les voir gâtés ou peuplés. Enfin un savetier , qui est secrétaire , orne de sou bonnet cras* seux la tête grasse du président. Mais
le tumulte ne cesse pas Plusieurs
citoyens observent que le président doit avoir un chapeau sur la tête , et non un bonnet
Le président. Queu chicane : c'est tout d'même , un chapeau ou un bonnet sur ma tête..... de laine.
Plusieurs voix. Oh ! q'non , c' n'est pas tout de d'même ; faut q'tout s'fasse en règle.-
Bah ! bah ! s'écrie le président , c'est une bélise Taisez-vous l....»
( -o5 ) ( et les tribunes et les iiiemhres se tai"
sent parce qu'ils attendent autre
chose de plus important^.
Un membre. Président , j'te demande la parole J'savons ben
qu'Filt et Cohourg veulent nous renverser ; mais c'est égal , not* société s'moque de toutes leux manigances ; j'dénonce comme un agent de Pitt et Cohourg nol' secrétaire, qui n'a pas lu le procès-verbal de l'aut'jour.
' l^e secrétaire. Ah ça ! pas de sottises , Cohourg toi-même , entendstu ? Si j'nai pas lu l'procés-verhal , c'est qui gny a une raison simple : y n'est pas fait Tprocès-verhal ; j'Irai donné à écrire à ma cousine la cuisiliière ; mais elle n'a pas eu le tema le l'finir , parce qu'elle a été à la jueue pour le lard (i).
(i) Le peuple de Paris était obligé d'aller ii$« placer à la queue a la porte de chaque
■Il
Quelques voix, La qu es lion préfé-^ rahle !
Le président. Préférable : ce n'est pas ça ; on iV\i préarlahe.
D'après ces observations , l'assemblée adopte la question préarlabe.
Une femme des tribunes inférieures»
Ab ça l dites donc , vous là liant ,
n'crachez donc pas sur l'monde
( long tapage ).
Le président. Citoyens , ou s qu'y gnia du désordre , gn'y a pas d'ordre ; c'n'est que dans le calme paisible, qu'on peut délibérer tranquillement :;i j'invite Les citoyennes plus liantes an ne pas cracber sur les patriotes plus basses : ce sont d'ces p'tits égards n qu'on se doit réciprocbement. ( P^ifsi applaudissemens ).
boulanger , boucher ou charcutier, afin d'obtenir , parle moyen d'une carte, la ration ^ue son comité , dit de bienfaisance , ju— I geait à propos de lui accorder.
Un membre. Citoyen président , les femmes ont juré de troubler anjoani'hui notre séance : plusieurs d'entre-elles sont placées à la porte de la salle , afin d'obstruer le passage.
Le président. Je demande que les citoyennes s'écartent , pour laisser entrer les membres.
Le président fait ensuite aller sa sonnette ; et un ami demande la parole. Il tire de sa pocbe une brochure terHblement patriotique. Tl en eppelle 1 quatre ou cinq pages , et il est inter- : rompu par un accident aussi fàcbeux i [ju'imprévu.
s II est bon de prévenir nos lecteurs s |ue cette salle n'était éclaiiée que pac j m seul qninquet. Tout-à-conp ,
Cette lampe fatale ,
• |i)ui verse en s'épuisant sa lumière inégale,
aeurt faute de subsistance. L'assem*
,, léeest dans la plus grande agitation ;
s'ouvre une discussion ténébreuis /
(.o8) plusieurs membres pensent que cette extinction a été machinée par le pays de l'étranger ; d'autres Teulent qu'avant de remonter aux causes ^ on s'occupe du remède , et que tout soit renvoyé au comité des inspecteurs de la salle , pour faire un promp rapport.
Un membre de ce comité , aprè s'être quelque tems gratté le front «nonte à la tribune , et dit :
Citoyens...... not'lampe n'se s'rait
pat éteinte , s'il y avait eu de l'huile dedans; il.y aurait eud'l'hnile dedans^ si on en avait acheté : on en aurait acheté , s'il y avait eu d'I'argent dans la caisse ; il y aurait dTargent dans la caisse , si not' société s'iaissai corrompre par les piastres d'Londei ^.t les g'iinées de Madrid. ( Trépigne ment cV admiration. )
Je m'résume à vous proposer l'ar rçté suivant :
La société , considérant qa*sa lampe s'est éteinte faute d'huile ; que Tmoyea qu'aile ne s'éteigne plus , c'est d'acheter d'I'huile ; qae Tmoyen d'acheter d'I'huile , c'est d'avoir de d'quoi ; que l'moyen d'avoir de d'quoi , c'est qu'on en donne , arrête :
Tous ceux qui que ce soit , quiconque voudra et' memb'e et de la société , s'ra t'nu d'met' à la gre-« nouille une somme de deux sols en numéraire.
On applaudit vivement en criant :
aux. voix !
Un membre demande qu'on retranche les mots en numéraire, qui pourraient donner du discrédit aux assignats.
Un autre observe que deux sous ne suffiront pas ; il demande qu'on
en mette trois (^Murmures). A bas
le muscadin, lui crie-t-on
Après une vive discussion, le pro-
(IIO)
jet est adopté purement et simplejoaent.
Le silence règne pendant dix minutes.
Dans ce moment un grand bruit se fait entendre à la porte. Un militaire entre furieux, s'empare de la tribune et dit : J'arrive de l'armée , et j'apprends que ma femme a été mise en arrestation comme suspecte !.... je
voudrais connaître le b qui s'est
permis de signer son mandat d'arrêt !..
( Murmures, )
Le président. Silence , la parole est à l'orateur.
( L'orateur continue,) Je veux qu'on me rende ma femme ; il est impossible qu'elle se soit rendue coupable d'incivisme. Je sais que pour à l'égard àe ce qu'est ^e la rubrique , aile en a plus que moi ^ qu'en un mot aile est plus profonde ; mais elle est connue depuis long-tems par les amis