LE CHANTRE
Là veille d'une grande fête ,
Dans une village très-petit ,
Au curé le sacristain dit :
Le vin a fait mal à la tète
Au premier chantre j il est au lit....
« — Au lit ! grand Dieu , qu'elle nouvelle !
*c Jamais sans lui nous ne pourrons....
« Eh vite ! dans les environs ,
« Mon cher ami , que l'on rappelle ; >
« Et que l'on accorde un e'cu
« D'avance à tout individu
« Qui pourra nous tirer d'affaire. »
Nicolas , dont la voix très-claire
Ne pouvait trop remplir leur but ,
(Bon chantre pourtant) accourut
Tout en sueur au presbytère.
— Mais tu n'as pas un faux-bourdon , Dit le sacristain. — Pourquoi donc?
— C'est un fausset. — Laissez-moi faire.»..
— Il va boire, vous allez voir;
Et demain, pour ôhanter la messe, .
Nous ne pourrons pas le ravoir.
— Monsieur, je vous fais la promesse....
— Vrai? Voilà ton e'cu. — Brai^o!
Si je bois, ce sera de Teau.
De la fabrique un digne membre, Et d'autres villageois, le soir, Furent tout étonne's de voir Nicolas dans un réservoir.
( C'était vers la fin de novembre j Le bain n'était pas de saison. )
— Avez -vous perdu la raison ?
Que faites-vous donc là , compère?
— Eh , morgue ! laissez-moi donc foire.. Ce que je fais ! je le sais bien :
Me prenez-vous pour une bête ?
— On ne saurait jurer de rien , i'----^ "
Ma foi — Vous me rompez la tête f
Continuez votre chemin....
Je me pre'pare pour la fête :
On parlera de moi demain ,
Vous varrez.... — Donnez-nous la main,
Ou j'alloBS vous ôter de force ,
Et nous verrons après cela....
Ici Nicolas se renforce....
— Palsangué ! je veux rester là !
Je laissons queuq'un sur la place , Si je sors d'ici tout entier!
Le malheureux peste, menace, Et fait en tout même gFima<;e
Qu'un diable dans un bénitier, Quand, surpris d'entendre crier , Le curé vient tout en colère :
— Voulez-vous noyer ce garçon!
— Mais non , monsieur ; ben du contraire : Je voulons le tirer d'affaire j : •■.[
Il ne veut pas. — Vous riez! bon ! , i^ Que de caprices ont les hommes! ,.,",/ Nicolas , il faut être fou /^__
Pour se mettre l'eau jusqu'au cou rj
*Par le temps de froid où nous sommes. Dites-moi donc, mon cher, pourquoi
Vous avez fait cette algarade.
— ^Las! c'est pour yeus, monsieur. — Pour moi! Pour moi vous vous rendez malade!
—Mon fausset , pour vous contenter , N'avait pas assez de volume :
Vous m'avez payé pour chanter
La basse-taille , et je m'enrhume