‹ Contes, anecdotes, chansons et poésies diversesChapitre 32 sur 221 · LE CHANTRE · texte numérisé non relu

LE CHANTRE

Là veille d'une grande fête ,

Dans une village très-petit ,

Au curé le sacristain dit :

Le vin a fait mal à la tète

Au premier chantre j il est au lit....

« — Au lit ! grand Dieu , qu'elle nouvelle !

*c Jamais sans lui nous ne pourrons....

« Eh vite ! dans les environs ,

« Mon cher ami , que l'on rappelle ; >

« Et que l'on accorde un e'cu

« D'avance à tout individu

« Qui pourra nous tirer d'affaire. »

Nicolas , dont la voix très-claire

Ne pouvait trop remplir leur but ,

(Bon chantre pourtant) accourut

Tout en sueur au presbytère.

— Mais tu n'as pas un faux-bourdon , Dit le sacristain. — Pourquoi donc?

— C'est un fausset. — Laissez-moi faire.»..

— Il va boire, vous allez voir;

Et demain, pour ôhanter la messe, .

Nous ne pourrons pas le ravoir.

— Monsieur, je vous fais la promesse....

— Vrai? Voilà ton e'cu. — Brai^o!

Si je bois, ce sera de Teau.

De la fabrique un digne membre, Et d'autres villageois, le soir, Furent tout étonne's de voir Nicolas dans un réservoir.

( C'était vers la fin de novembre j Le bain n'était pas de saison. )

— Avez -vous perdu la raison ?

Que faites-vous donc là , compère?

— Eh , morgue ! laissez-moi donc foire.. Ce que je fais ! je le sais bien :

Me prenez-vous pour une bête ?

— On ne saurait jurer de rien , i'----^ "

Ma foi — Vous me rompez la tête f

Continuez votre chemin....

Je me pre'pare pour la fête :

On parlera de moi demain ,

Vous varrez.... — Donnez-nous la main,

Ou j'alloBS vous ôter de force ,

Et nous verrons après cela....

Ici Nicolas se renforce....

— Palsangué ! je veux rester là !

Je laissons queuq'un sur la place , Si je sors d'ici tout entier!

Le malheureux peste, menace, Et fait en tout même gFima<;e

Qu'un diable dans un bénitier, Quand, surpris d'entendre crier , Le curé vient tout en colère :

— Voulez-vous noyer ce garçon!

— Mais non , monsieur ; ben du contraire : Je voulons le tirer d'affaire j : •■.[

Il ne veut pas. — Vous riez! bon ! , i^ Que de caprices ont les hommes! ,.,",/ Nicolas , il faut être fou /^__

Pour se mettre l'eau jusqu'au cou rj

*Par le temps de froid où nous sommes. Dites-moi donc, mon cher, pourquoi

Vous avez fait cette algarade.

— ^Las! c'est pour yeus, monsieur. — Pour moi! Pour moi vous vous rendez malade!

—Mon fausset , pour vous contenter , N'avait pas assez de volume :

Vous m'avez payé pour chanter

La basse-taille , et je m'enrhume

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