LE VEUF DISTRAIT
Gros Thomas perdit sa femme, On sait trop qu'un tel malheur Porte le deuil dans notre ame j Mais qu'y faire, ami lecteur?
La camuse, à notre porte.
Sur des maux de cette sorte Se rit de nous voir pleurer ; Et lorsqu'une femme est morte , U faut la faire enterrer.
Or donc, bravant toute angoisse, Un }0ur, entre huit et neuf, La cloche de la paroisse Annonça: Thomas est veuf l.,.
Et l'on sait qu'à la campagne L^ëpoux, bien ou mal dispos , Doit conduire sa compagne Dans l'asile du repos.
Pour le convoi l'heure est prise,
i8 CONTES
Et déjà parens, amis , Autour du corps réunis, Précédés , comme à Paris , Du bedeau chef d'entreprise.
Du porte-croix du pays , De deux clercs à barbe grise , Les cheveux sous leurs habits ; De deux chantres en chemise , Le bon pasteur en surplis , En étole : tous munis De petits cierges bénis.
En chantant £h prqfundù j Se dirigent vers l'église.
Mais le malheur s'est accrn Dans le cortège champêtre :
Gros Thomas a dispara ; Juste ciel! où peut-il être ?....
L'esprit de chaque assistant Conçoit des craintes horribles , Et, dans ces doutes terribles, Nul ne perd un seul instant.
Souvent des hommes très-braves Pour tel fait se sont détruits.
On ne connaît point d'entraves j Et, par la douleur conduits, Tous vont, viennent à grands bruits Des greniers jusques aux caves ;
ils visitent tous les puits....
Rien!.... Dieu! quel malheur étrange!
Et quel cruel embarras !
Chacun va criant: Thomas?...
Le pauvre ne répond pas
O sainte Vierge ! o bon ange !
Que faire?.... Après bien des pas,
On le trouve dans la grange ,
Serrant Babet dans ses bras !....
Ciel ! dit-on , quelle infamie !
Déjà prendre une autre amie!
— Ah ! respectez mes regrets , Dit Thomas a l'assemblée { J'ai la tête si troublée, Je ne sais ce que je fais.