L'ABSENCE
Obéissant à son devoir , Un matelot, époux d'Adèle, L'abandonne a son de'sespoir, Et vole où la gloire l'appelle.
En amour l'absence est cruelle...
Mais tout s'apaise avec le temps.
Adèle était dans son printemps , Adèle était vive et jolie ; C'est dire assez que la folie Lui fit oublier ses tourmens.
L'époux revient après cinq ans, Trouve sa demeure embellie.
Oh! oh! dit-il, quel changement !
Ma femme , dis-moi , je t'en prie, Dis-moi par quel événement La fortune ainsi t'a servie!...
— Le ciel me combla de ses dons*-
— Le ciel! que je le remercie !
Seul je l'ofTensai dans ma vie; Il étend sur toi ses pardons...
Et ces glaces, ces porcelaines»
Ce lit, ces meubles d'acajou , Cette pendule, ce bijou?
— Encor le ciel , qui , sur nos chaînes , Répand un bonheur infini.
— Hélas! que le ciel soit béni!....
Tandis que du fond de son ame L'époux fait ses remercîmens ,
Un poupon d'environ trois ans Se réveille... — Et cela, ma femme?
— Le ciel toujours, répond la dame; C'est le plus beau de ses présens.
— Oui, le plus beau, sans médisance , Adèle , vous avez raison :
Mais le ciel , pendant mon absence , Prend trop de soin de ma maison.