‹ Contes arabes. Histoire des dix vizirsChapitre 21 sur 59 · ABOU-SABER, LE DIHQAN · texte numérisé non relu

ABOU-SABER, LE DIHQAN

des envieux du Dihqân ; il alla tout rapporter au sulthân qui envoya piller tous les biens d'Abou-Sâber et le chassa, lui et sa femme, de ce bourg.

Ils s'en allèrent à travers le pays. « Tout ce qui est arrivé, lui dit son épouse, vient de ta lenteur à agir et de ta faiblesse d'esprit. •

« Patience, répondit-il ; la patience a d'excellents résultats. »

Ils marchaient depuis quelque temps lorsqu'ils furent rencontrés par des voleurs qui les dépouillèrent de leurs vêtements et enlevèrent leurs deux enfants. La femme se mit à pleurer en disant : « O mon mari, laisse ces sottises; lève-toi, suivons ces brigands; peut-être auront-ils pitié de nous et nous rendront-ils nos enfants. »

« Patience, répliqua Abou-Sâber, celui qui fait le mal recevra du mal par rémunération : son injustice retombera sur lui. Si je suis ces gens-là, peut-être l'un d'eux prendra son sabre et me tranchera la tête ; mais patience; la patience a d'excellents résultats. *

Ils marchèrent jusqu'à ce qu'ils arrivèrent dans les environs; d'un village du Kermân "

auprès duquel coulait un fleuve. Le mari dit à sa femme : « Reste ici ; je vais entrer dans le village, et nous verrons s'il y a un endroit où nous puissions habiter. • Il la laissa auprès de l'eau et pénétra dans le bourg. Un cavalier arriva pour abreuver son cheval ; il aperçut la femme qui lui plut, et lui dit : « Lève-toi, monte près de moi, je t'épouserai et je te comblerai de biens. » — « Que Dieu prolonge ta vie, répondit-elle, j'ai un mari. » Mais il tira son sabre en criant : • Si tu ne m'obéis pas, je te tue. » Lorsqu'elle vit sa méchanceté, elle écrivit sur le sable avec son doigt : « O Abou-Sâber, tu as supporté avec constance qu'on t'enlevât ta fortune, tes enfants et ta femme qui t'était plus chère que tout le reste ; j'étais demeurée avec toi dans ton malheur pour voir à quoi te servirait ta patience. »

Puis le cavalier l'enleva, la fit monter derrière lui et partit.

A son retour, le Oihqân ne vit plus son épouse ; mais, ayant lu ce qu'elle avait écrit, il se mit à pleurer plein de tristesse. « Abou? Sâber, se dit-il, il faut prendre patience; peut-être il aurait pu t'arriver quelque chose de plus fâcheux et de plus pénible. » Puis il

Page 1