‹ Contes arabes. Histoire des dix vizirsChapitre 37 sur 59 · ILAN-CHAH ET ABOU-TÉMAM · texte numérisé non relu

ILAN-CHAH ET ABOU-TÉMAM

roi. » Chacun d'eux donna son avis. Le premier dit : « Le sulthân des Turks 45 a une fille qui n'a pas sa pareille au monde pour la beauté; son père a fait périr tous les ambassadeurs chargés de k demander en mariage. Notre maître ignore ce fait ; allons le trouver ensemble, racontons-lui l'histoire de cette jeune fille et, si son cœur s'attache à elle, nous lui conseillerons d'envoyer Abou-Témâm pour demander sa main. Le sulthân des Turks le fera mourir, nous serons débarrassés d'un rival et nous serons satisfaits. »

Un jour, ils entrèrent chez Ilân-Châh ; le confident était présent; ils parlèrent de la fille du roi des Turks, firent d'elle un grand éloge, de telle sorte que le cœur du roi se trouva pris. Il leur dit : a Nous enverrons quelqu'un la demander, mais qui choisironsnous? » — « Personne autre qu'Abou-Timâm, répondirent les vizirs, à cause de son intelligence et de son instruction. » — « En effet, reprit le prince, il n'y a que lui qui en soit capable. » Puis, se tournant vers lui : « N'irastu pas porter ma demande ?» — « Entendre, c'est obéir, » dit-il. On le munit de provisions de route; le roi lui donna des vêtements

d'honneur ; il prit avec lui des présents et la lettre royale et se mit en route .

Lorsqu'il arriva dans la capitale du Turkistân, le sulthân en fut informé, envoya ses serviteurs au-devant de lui, le combla d'honneurs, l'installa dans une demeure convenable et le traita comme son hôte pendant trois jours. Au bout de ce temps, il lui accorda une audience : l'ambassadeur entra, se prosterna devant lui, suivant l'étiquette royale, offrit les cadeaux et présenta la lettre de son maître. Le roi la lut et dit : « Nous déciderons là-dessus Suivant qu'il nous conviendra : mais, Abou-Témâm, ne veux-tu pas aller vers ma fille pour la voir et être vu d'elle, l'entendre et être entendu d'elle? »

Puis il envoya vers la princesse qui avait écouté ce discours. Elle orna son salon des plus beaux objets d'or et d'argent et d'autres choses semblables, s'assit sur un trône d'or et se revêtit de ses vêtements royaux les plus précieux.

Lorsque l'embassadeur entra, il pensa .

« Les sages ont dit : Quiconque commande à ses regards, n'éprouve aucun mal; quiconque est maître de sa langue ne s'attire pas des choses désagréables ; quiconque re-

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tient sa main garde son pouvoir intact. » Il entra, salua jusqu'à terre et joignit les pieds.

« Abou-Témâm, dit la jeune fille, regardemoi et parle-moi. »

Mais il resta muet, la tête baissée. Elle reprit :

« On ne t'a envoyé vers moi que pour que tu m'exnmines et que tu causes avec moi. »

Mais il garda le silence.

« Prends ces perles qui sont autour de toi, ajouta-t-elle, ainsi que l'or et Pargent. »

Il n'allongea pas la main. Quand elle vit qu'il ne remuait pas, elle se dépita et s'écria :

« On m'a envoyé un messager muet, aveugle et sourd et j'en informerai mon père. »

Celui-ci fit venir Abou-Témâm et lui demanda : « Tu es allé chez ma fille, pourquoi ne l'as-tu pas regardée ?» — « J'ai tout vu, » répondit-il. Le roi continua : « Pourquoi n'as-tu pris aucun des joyaux que tu voyais là? Ils avaient été placés là pour toi. » — ■ Il ne me convient pas d'étendre la main vers ce qui ne m'appartient pas » A ces mots, le sulthân lui donna un vêtement de prix, lui témoigna une grande affection et lui dit :

« Va regarder ce puits. » Abou-Témâm obéit

et le trouva rempli de tètes d'hommes. Le roi reprit : « Ce sont les têtes des ambassadeurs que j'ai fait tuer; je les considérais comme infidèles à leurs maîtres, et, voyant un ambassadeur sans conscience, je pensais que celui qui renvoyait devait en avoir fort peu lui-même, car l'ambassadeur est la langue de son prince et son tact vient du sien. Un pareil homme ne pouvait être mon gendre : aussi j'ai fait périr tous ces envoyés. Tu m'as vaincu et tu l'as emporté sur ma fille par ton adresse ; sois satisfait : la princesse est à ton souverain. » Puis il le renvoya avec des cadeaux et des présents ainsi qu'une réponse pour Iiân-Châh, conçue en ces termes : « Ta conduite te fait honneur ainsi qu'à ton messager. »

Lorsque Abou-Témâm revint vers son maître après avoir réussi dans sa mission, le prince se réjouit et continua de l'honorer et de lui témoigner la plus grande estime.

Quelques jours après, le roi du Turkistân envoya sa fille qui épousa Ilân-Châh ; celuici en ressentit un bonheur extrême et l'importance de son favori s'accrut auprès de lui. A cette vue, la haine et les jalousies des vizirs augmentèrent et ils. se dirent : • Si

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