‹ Contes arabes. Histoire des dix vizirsChapitre 38 sur 59 · ILAN-CHAH ET ABOU-TÉMAM IO · texte numérisé non relu

ILAN-CHAH ET ABOU-TÉMAM IO

nous n'inventons pas une ruse contre cet Homme, nous périrons de rage. » Ils réfléchirent à un stratagème qu'ils mirent à exécution. Ils allèrent trouver deux pages qui étaient à la tête du service du roi, car celuici ne dormait que sur leurs genoux et ils passaient la nuit à son chevet, seuls avec lui. Les ministres donnèrent à chacun mille dinars et leur dirent :

« Nous attendons de vous un service et nous vous prions d'accepter notre argent qui peut vous être utile dans vos besoins. »

Les pages répondirent : « Qu'attendezvous de nous ? »

« Cet Abou-Témâm, repartirent les vizirs, a gâté notre situation ; si les choses durent ainsi, il nous écartera tous du roi. Voici ce que nous vous demandons : quand vous serez seuls avec Ilân-Châh et qu'il se couchera comme pour dormir, que l'un de vous dise à son compagnon : Abou-Témâm, que le roi a approché de sa personne et qu'il a élevé à un si haut rang, se conduit à son égard comme un criminel et un misérable.

L'autre demandera : quel est son crime ? — Il a souillé le harem du roi, répondra le premier; il prétend que le roi du Turkistân

faisait périr quiconque lui demandait sa fille en mariage, mais que lui-même a été épargné parce qu'il était aimé d'elle, que le sulthân a accordé la princesse à notre maître à cause de l'amour qu'elle portait au messager. L'autre demandera : Le sais-tu d'une façon certaine ? et le premier répliquera :

Par Dieu, c'est connu de tout le monde, mais la crainte du roi empêche les gens de parler; toutes les fois que notre maître s'absente pour la chasse ou pour une expédition, Abou-Témâm va trouver la reine et reste en tête à tête avec elle. »

« Nous le répéterons, » répondirent les deux pages.

Une nuit qu'ils étaient seuls avec le prince, lorsque celui-ci se coucha comme pour dormir, les deux serviteurs redirent les paroles des vizirs. Leur maître, qui les écoutait, comprima sa colère et pensa : « Ce sont deux enfants qui n'ont pas atteint l'âge d'homme; ils n'ont de haine pour. personne ; s'ils n'avaient pas entendu dire cela, ils n'en parleraient pas. » -

Le lendemain, la colère l'emporta au point que, sans attendre ni réfléchir, il fit venir Abou-Témâm et lui demanda à l'écart :

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