‹ Contes arabes. Histoire des dix vizirsChapitre 39 sur 59 · ILAN-CHAH ET ABOU-TEMAM IO · texte numérisé non relu

ILAN-CHAH ET ABOU-TEMAM IO

a Que doit-on faire à celui qui ne respecte pas le harem de son maître ? »

« On ne doit pas garder de ménagements envers lui, » répondit le confident.

« Et celui qui pénètre dans l'appartement du roi qu'il trompe, que mérite-t-il ? »

« On ne doit pas le laisser vivre. »

Alors le prince lui cracha au visage en disant : « C'est toi qui as agi ainsi, » puis il saisit son poignard, l'en frappa au ventre et le tua sur-le-champ ; ensuite il traîna son cadavre et le jeta dans un puits du palais. Après ce meurtre, il fut en proie à un vif repentir ; son chagrin et son anxiété s'accrurent ; mais on avait beau v l'interroger, il n'en révélait pas le motif, pas même à son épouse, à cause de son amour pour elle. Il demeurait muet toutes les fois qu'elle lui demandait la raison de sa tristesse. Les vizirs, qui en furent instruits, se réjouirent fort, sachant bien que l'affliction du prince n'était que du repentir.

Depuis ce moment, Ilân-Châh alla de nuit dans l'appartement des deux pages pour écouter ce qu'ils disaient de la reine. Un soir qu'il était caché à leur porte, il les vit étaler l'or devant eux et s'en amuser en disant :

« Malheur à nous ! à quoi nous servira cet or, puisque nous n'en pouvons rien acheter ni le dépenser ? Nous avons pris part au complot contre Abou-Témâm et nous Pavons fait mourir. » Le premier reprit : a Si nous avions su que notre maître le tuerait immédiatement, nous n'aurions pas agi de la sorte. »

En entendant ces paroles, Ilân-Châh ne put se contenir ; il s'élança sur eux en disant : « Misérables, qu'avez-vous fait ? Apprenez-le-moi ! »

« Grâce, ô prince, » s'écrièrent-ils.

Il reprit : « Vous obtiendrez votre pardon de Dieu et de moi, mais parlez sincèrement :

la franchise seule peut vous sauver. »

a O roi, avouèrent-ils, les vizirs nous ont donné cet or et nous ont appris à calomnier Abou-Témâm afin que tu le fasses périr; tout ce que nous t'avons répété sont des propos des ministres. »

A ces mots, Ilân-Châh saisit sa barbe qu'il faillit arracher et mordit ses doigts jusqu'à se les couper, tant il regrettait d'avoir agi avec précipitation et de n'avoir pas examiné l'affaire de son confident. Il fit venir les vizirs et leur dit : « Serviteurs méchants et menteurs, avez-vous cru que Dieu oublierait vo-

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