‹ Contes arabes. Histoire des dix vizirsChapitre 4 sur 59 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

prince est averti par son précepteur de garder, pendant sept jours, le silence le plus absolu. Il repousse les propositions de sa belle-mère; celle ci l'accuse près de son mari qui ferait mettre son fils à mort si chacun des sept vizirs (des sept sages dans les versions occidentales) ne racontait chaque jour, à tour de rôle, une ou deux histoires, grâce auxquelles le supplice est différé. C'est en vain que chaque nuit la reine a recours au même moyen pour arracher une condamnation ; celleci est révoquée le lendemain, et, le huitième jour, la vérité est découverte. Dans le Bakhtiâr-Nameh, un prince, après diverses vicissitudes, devient le favori de son père qui l'a abandonné aussitôt après sa naissance et ne le reconnaît pas. Les viprs, au nombre de dix, jaloux du crédit du jeune homme, profitent dune circonstance pour le perdre dans l'esprit de leur maître. Ce dernier condamne à mort son fis qui, pendant dix jours, échappe au supplice grâce à un récit toujours en rapport avec sa situation. Le onzième jour, il est retrouvé par celui qui Va élevé et reconnu par le roi qui punit ses ministres.

On voit, en comparant ces deux analyses, que le Bakhtiâr-Nameh s'est arrêté dans son développement. Pour que la symétrie fût complète, comme dans le Syntipas, il faudrait que les vizirs ou la reine, devenue ici leur complice, racontassent au prince des histoires destinées à combattre V influence produite par celles du jeune homme. Cette particularité tient sans doute à ce que cette branche du Syntipas, d'origine relativement récente, eut moins défaveur que les autres. Nous ne la retrouvons pas, comme le roman des Sept Sages, le Barlaam et Josaphat, le Kalilah et Dimnah, dans les littératures européennes du moyen âge. Bien plus, si quelques traits communs à d'autres groupes se rencontrent dans celui-ci, je n'aurai à signaler qu'un seul conte qui existe, avec ses données essentielles, quoique fort modifié, dans les Quarante vizirs *. Je pourrai citer aussi quelques ressemblances de détail, mais bien plus rares que celles quon rencontre dans les contes ve-

r. Huitième histoire : llàn-Châh et Abou-Temam. Voir note 44.

AVANT-PROPOS VJI

mis par la tradition orale et ceux qui sont passés depuis longtemps dans le domaine de la littérature écrite.

La donnée qui sert de cadre aux àn\e histoires de ce recueil n'est pas particulière au Sindibâd-Nameh et aux deux cycles qui s'y rattachent : les Quarante vizirs et le Bakhtiâr-Nameh. Dans le Neh Manzer et les Mille et une Nuits, une condamnation à mort est remise de jour en jour grâce à des contes. Il faut toutefois remarquer que, dans les plus anciens récits de ce genre, le nombre des jours funestes est déterminé à l'avance et connu par V astrologie : cette période dangereuse une fois passée, le danger n'existe plus. Dans les remaniements postérieurs, cette condition a disparu : la porte est restée ouverte aux additions et aux suppressiojis.

Les Mille et une Nuits, par exemple, pourraient être doublées, sans rien changer à l'économie générale du recueil.

J'ai dit plus haut que le Bakhtiâr-Nameh était une branche du Sindibâd-Nameh ; c'est également l'opinion de M. Com-

paretti \ J'ajouterai que cette rédaction a dû prendre naissance en Perse, Outre que, dans la version la plus ancienne, les villes et les pays cités, sauf une ou deux exceptions, appartiennent au plateau iranien; les noms propres : Azâd-bakht, Zâdchah, Behrédjour, Behréwân, Pehiéwân, etc. y sont persans. De plus, dans aucune des littératures de l'Inde, il n'existe, au moins à ma connaissance, de recueil qui ait été l'original de ceux que nous possédons sur cette donnée. Dans son Essai sur les fables indiennes 2 , Loiseleur de Longchamps a trouvé des rapports entre le Bakhtiâr-Nameh et /'Alakeswarâ-Katbâ, contes tamouls cités par Wilson dans son Catalogue des manuscrits du colonel Mackenzie 3 . « Les quatre ministres du roi d'Alakapour, étant accusés faussement d'avoir violé le privilège des appartements intérieurs, prouvent leur innocence et désarment la colère du roi en racontant un certain nombre d'histoires. » Il riy a ici, comme on le voit, qu'une loin-

i. Ricerche, p. 5.

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