NEUVIÈME JOURNEE
Le destin fixé irrévocablement
Le neuvième jour, les vizirs se dirent :
« Ce jeune homme nous donne fort à faire. Chaque fois que le prince veut le faire mourir, il le trompe et le charme par une histoire. Que pourrions-nous inventer pour le tuer et nous débarrasser de lui ? » Ils convinrent d'aller trouver la reine et lui dirent : %
« Tu ne t'occupes pas' de cette affaire où tu es 'mêlée, toi aussi; mais cette négligence ne te profitera pas. Le roi ne songe qu'à manger, à boire et à vivre tranquille, et il oublie que les gens battent du tambour, font des chansons contre toi et répètent que la
reine aime un esclave. Tant qu'il restera en vie, ces propos ne feront que croître sans diminuer jamais. »
« Vous m'avez déjà excitée contre lui, répondit-elle, qu'y a-t-il à faire ? »
o Tu entreras chez ton mari, reprirent-ils,
en pleurant et en disant : Des femmes sont
venues chez moi et m'ont appris que je suis
, diffamée dans le pays; comment peux-tu
épargner ce jeune homme ? Si tu ne le fais
pas périr, je me tuerai, afin de couper court aux propos qu'on tient contre nous. »
Alors elle se leva, déchira ses vêtements, entra chez Azâd-Bakht avec les vizirs et se précipita vers lui en disant : * Prince, ma honte ne retombe-t-elle pas sur toi et ne crains- tu pas le déshonneur? Est-ce ainsi que se conduisent les rois? Est-ce là leur jalousie pour leurs femmes? Tu restes insouciant, alors que tous les gens du pays, hommes et femmes, tiennent des propos sur toi ; tué ce prisonnier pour y mettre fin, ou bien tuemoi, puisque tu ne peux accorder une condamnation à -mort. »
Là-dessus, le courroux du prince s'enflamma et il répondit : « Je ne prolongerai plus sa vie : il faut absolument qu'il meure