HISTOIRE D'A-BOU-SABER , LE DIHQAN
20. Les aventures d'Abou-Sâber forment dans toutes les rédactions le sujet de la troisième histoire; mais, comme partout, les textes persans diffèrent de l'arabe. Le meurtre du collecteur d'impôts et les ravages du lion y sont mêlés : Abou-Saber, qui n'est plus qu'un homme pauvre, montre de l'égoïsme plutôt que de la résignation. Lorsqu'il est employé à la construction du palais, c'est lui et non un de ses compagnons d'esclavage qui se casse la jambe ; le tyran meurt d'une colique et non dans une insurrection : il est remplacé par son prisonnier qui seul a pu deviner les trois énigmes dont la solution devait donner le trône. Cette épisode ne laisse pas subsister l'apparente contradiction qui existe entre la conduite d'Àbou Sâber et su sagesse renommée lorsqu'il enlève deux enfants à des voleurs repentants qu'il fait mettre à mort, et la femme d'un homme qui vient se plaindre à lui; enfin, lorsqu'il se montre sévère envers un roi détrôné. Les enfants sont ramenés par un marchand à qui le ravisseur les a vendus.
La traduction de Gauthier (nuits 443-444) suit le texte arabe, comme celle des Mille et une Nuits de l'édition Habicht (nuits 448-453). Celles de Lescallier et la version du texte lithographie à Paris s'accordent avec la recension d'Ouseley.
L'histoire d'Abou Sâber se trouve dans les On^e jours {Die eil/Tagc, récit xi).
l8'2 CONTES ARABES
L'intérêt dramatique est beaucoup moins vif dans ces dernières.
2 1 . Lors de la conquête arabe, les Dihqans (du persan Deh, village, et Khan, seigneur) formaient une sorte de noblesse territoriale bientôt abaissée par les vainqueurs au niveau du reste de la population. Ce nom prit alors la signification de propriétaire foncier et même de villageois. Cependant, aujourd'hui encore, on l'emploie quelquefois dans le sens de chef de village.
22. Le texte arabe de Knœs porte Qaramdn, par un qaf ; ce qui s'entendrait alors de la province d'Asie-Mineure, appelée par les Européens Caramanie. Le texte suivi par Gauthier prouve qu'il faut rétablir Kcrmân, le lieu de la scène étant en Perse comme dans les autres contes.
23. Le 28 e exemple conté par Patronio au comte Lucanor est peut-être emprunté à la même source que cet épisode : Rodrigo Melendez de Valdes, ou, suivant les éditions imprimées, Pedro de Melendez, avait coutume de remercier Dieu pour tout ce qui arrivait, estimant, comme Candide, que c'était pour le mieux. Un jour il se cassa la jambe et loua Dieu, bien qu'il ignorât que par là il échappait aux embûches que ses ennemis lui avaient tendues avec l'autorisation du roi (cf. les Œuvres dit D. Juan Manuel dans les Prosateurs espagnols antérieurs au xv' siècle, p. 385; de Puibusque, le Comte Lucanor, pp. 2 58-265).