HUITIEME JOURNEE
HISTOIRE DILAN-CHAH ET D'ABOU-TEMAM
.{3. En Djaghataï, Iidn signifie serpent. Les Turks pre-
naient souvent des noms d'animaux : Arslan (le lion), Baber (le tigre), Boghd (le bœuf). Ilân-Châh n'est pas nommé dans les versions persanes.
44. La deuxième partie de cette histoire forme le su je d'un conte du cycle des Quarante vizirs, où nous le retrouvons sous une forme beaucoup plus simple. Dans le manuscrit turk que j'ai sous les yeux, et d'après lequel je donne la traduction qui suit, comme dans la version allemande de Bernhauer {Die Vier\ig Ve\iere, p. 237), c'est le 39 e récit raconté au roi par la reine.
< On rapporte que vivait un grand roi qui avait trois vizirs. Un jour, l'un d'eux eut une discussion avec les deux autres : ceux-ci se retirèrent et allèrent dénoncer au prince leur collègue comme un traître. En outre, ils promirent des ducats d'or à quelques-uns des pages en leur faisant cette recommandation : « Dès que le roi ira reposer, avant qu'il ne sommeille, feignez de croire qu'il dort et saisissez l'occasion : l'un de vous dira, au milieu de la conversation : « Aujour- « d'hui, j'ai entendu tel vizir parler à tel serviteur, il disait telle et telle chose du roi. » — « Moi aussi, reprendra l'autre, j'ai appris la même chose de telle personne qui me l'a fait connaître. » Après cet entretien, les pages répétèrent ces propos devant le prince qui n'était pas encore endormi. Lorsque le roi les eut entendus, il se dit : « Je vois que ce que m'avaient dit mes vizirs que je n'avais pas crus, mes pages l'ont aussi appris. C'était la vérité. > Le lendemain matin, le Chah tira vengeance du troisième ministre. Les autres, satisfaits, donnèrent à leurs complices l'or qu'ils leur avaient promis. Les pages le prirent et se retirèrent à l'écart. Une dispute s'éleva entre eux : « C'est moi qui ai parlé le premier, dit l'un; ma part doit être plus forte. » — «c Si je n'avais rien dit, répliqua l'autre, le roi n'aurait pas ainsi traité ce malheureux. » Cette querelle arriva aux
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oreilles du prince et, déplorant la perfidie de ses vizirs envers leur infortuné collègue, il se repentit vivement. »
Nous avons là, comme on le voit, une forme plus ancienne de ce conte que dans le Bakhtiar-Nameh. Peut-être l'auteur des « Quarante soirées », dont les Quarante vizirs ne sont que la traduction turke, était-il antérieur à l'époque où fut rédigée l'histoire des Dix vizirs. La version turke, soit qu'on doive l'attribuer à Cheîkh-Zadé, comme le disent Pétis de Lacroix et Behrnauer, ou que celui-ci soit l'auteur de la recension arabe, comme le prétend Belletête, fut faite sous le règne de Mourad (Amurat II, 142 1-145 1), fils de Mohammed I er , fils de Bayézid I er et père de Mohammed El Fatih (Mahomet II), le conquérant de Constantinople.
Dans la version persane, Ilân Chah a dix vizirs au lieu de trois. Lorsque Abou Témâm va demander pour son maître la main de la princesse du Turkistân, les épreuves qu'il a à subir sont moins longues. Le sulthân lui propose seulement de juger par lui-même de la beauté de sa fille, ce que l'ambassadeur refuse. Après qu'Abou Témâm a suc- ' combé, par suite des machinations de ces envieux, son cadavre est jeté dans une rivière. Ilân Chah apprend la vérité, non par les remords de ses pages, mais par leur dispute sur le partage de l'or mal acquis, comme dans le récit des Quarante vizirs.
Ce conte est placé dans la quatrième journée des On$e jours (Eilf Tage). Il remplit les nuits 466-471 de l'édition Habicht. C'est la neuvième histoire du manuscrit du British Muséum, et la huitième des traductions d'Ouseley, Lescallier et Gauthier. Il forme la quatrième et la cinquième histoire des On^e jours {"Die Eilf Tage).
45. Il s'agit, non de la Turquie actuelle, mais du Turhistdn qui s'étendait au nord de la Perse, depuis la mer Caspienne jusqu'aux frontières de la Chine. C'est dans le
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même sens que le ms. du British Muséum emploie dans une autre histoire le nom de Tataristdn. Dans la version persane de Gauthier, Abou Témâm est envoyé près du khân de Tartarie.