HISTOIRE D'IBRAHIM ET DE SON FILS
46. D'après une légende musulmane, un crâne à qui *Aïsa (Jésus-Christ; avait rendu la vie, raconta la façon dont il mourut et fut livré aux anges chargés de le punir : c Terre, dirent-ils, châtie celui qui s'est montré rebelle envers Dieu. > Alors la terre l'écrasa tellement que tous ses os furent réduits en poussière (Weil, Biblische Legenden der Muselmœnner,p. 288).
47. « En quelque lieu que vous soyez, la mort vous atteindra, fussiez-vous dans des tours élevées. > {Qprdn, Sourate IV, v. 80).
48. L'idée d'une destinée à laquelle nul ne peut se soustraire et qui, suivant les Grecs, commandait aux dieux eux-mêmes, se retrouve dans les contes de presque toutes les nations. C'est dans le conte égyptien des Deux frères (xv« siècle avant notre ère) que nous rencontrons la plus ancienne donnée de ce genre. Les sept Hathors annoncent que la femme créée par les dieux pour Bitiou périra de mort violente (Maspero, Contes égyptiens, p. 12) Dans l'histoire du Prince prédestiné, qui date de la XX e dynastie (xm« siècle avant notre ère), un prince est placé dans l'alternative de périr par le crocodile ou le chien qu'il avait élevé, s'il
échappe au serpent (Maspéro, Contes égyptiens, p. 33). On connaît l'aventure d'Adraste, fils de Crésus, dont une pointe de fer devait causer la mort, et qui est blessé mortellement dans une chasse au sanglier (Hérodote, Histoires, livre I, 3645). Le sujet du récit de la ix« journée se rapproche plutôt de l'histoire de Laïos et d'Œdipe, ce qui peut s'expliquer en admettant l'origine arienne de ce conte. La littérature arabe elle-même nous offre quelques emprunts faits à la mythologie grecque : la mort d'Imrou'l qaïs, analogue à celle d'Héraclès; les questions de la Djinnah rappellent celles du sphinx.
Les textes persans ne nomment pas Ibrahim qu'ils donnent pour un roi d'Arabie (Lescallier), roi de Perse (Gauthier, éd. de Paris). C'est son vizir, au lieu des astrologues, qui consulte les astres, et lorsque l'enfant, pour échapper à sa destinée, a été enfermé dans un souterrain, le lion y pénètre en poursuivant un renard, non pour échapper aux chasseurs. Le fils du sulthân est recueilli par un des secrétaires royaux, élevé et placé près du prince qui le prend en affection et en fait son écuyer. Dans un combat où Tes siens ont le dessous, Ibrahim, par mégarde, est blessé mortellement par celui en qui il reconnaît son fils.
Cette version, beaucoup moins développée que celle des textes arabes, paraît plus ancienne. Les derniers, en effet, semblent avoir fait entrer dans le récit un certain nombre d'épisodes étrangers : l'adoption de l'enfant par les voleurs, sans doute empruntée au cadre général ; l'aventure des trésors a sans doute été aussi ajoutée. L'examen de la version ouïgoure pourrait seul résoudre cette question.
Ce conte est le dernier (9») des recensions persanes ; il comprend les nuits 47 1-474 de l'édition Habicht. Peut-être est-ce le même que celui intitulé Beidad et son fils Behrdd dans le manuscrit du British Muséum, qui le place le hui-
tième, de même que l'auteur des On^e jours (Die Eilftage, La prédictionj.
49. Cette première partie rappelle la fable de La fontaine, l'Horoscope (1. VIII, f. xvi).
50. On peut rapprocher de cet épisode celui d'Aladin abandonné par le magicien dans le souterrain où il a trouvé la lampe merveilleuse et l'aventure de trois sorciers du Sous et d'un individu d'Asla, un des contes berbères que j'ai recueillis à Frendah.