‹ Contes bleus (volume 2)Chapitre 11 sur 25 · LA CHANSON OU HUSSARD · texte numérisé non relu

LA CHANSON OU HUSSARD

« Le tambour bat aux champs; l'empereur nous appelle. « Je suis soldat; il faut partir. Adieu, ma belle! »

« Sept ans sans te revoir, pour te perdre au retour ! »

« — Henri, prends cet anneau ; compte sur mon amour. »

Les sept ans sont passés. Marguerite, inquiète. Languit, le cœur blessé d'une peine secrète ;

On la montre du doigt ; on rit de ses douleurs ; Elle s'enfuit aux champs pour y cacher ses pleurs.

Quel est ce beau hussard à la moustache brune, Qui promène en vainqueur son sabre et sa fortune ?

« — Seule, ma blonde enfant? S'il te faut un mari,

« Voici ma main. » — « Au nom du ciel ! que fait Henri ?»

« — Le hussard, mon cher ange, est rarement fidèle ; € Henri s'est marié ; sa femme est riche et belle.

« Pourquoi trembler? Pourquoi pleurer? Begarde-moi. « Maudis l'ingrat ! Maudis le traître ! et venge-toi ! »

« — Qu'il ait plus d'heureux jours que la nuit n'a d'étoiles, « Quand la main du Seigneur en éclaircit les voiles ;

« Qu'autour de ses genoux ses enfants rassemblés

« Se pressent plus nombreux que les fleurs dans les blés

« Qu'auprès de lui leur mère attentive et charmée « Goûte en paix le bonheur de se sentir aimée ;'

« Et loin d'elle, ô mon Dieu ! ce mal qui f;iit pâlir, « Mal dont on meurt, et dont on ne veut pas guérir! »

« — Je vois, ma chère enfant, que pour me reconnaître, « 11 te faut un serment juré devant un prêtre :

« Crois-tu donc être seule à respecter ta foi,

« Et n'as -tu jamais vu cette bague à mon doigt? »

G bonheur ! se revoir quand on souffre et qu'on aime ! L'église s'ouvre, ils sont mariés le jour même ;

Et les anges du ciel, les bénissant tous deux. Chantent en souriant: Enfants, soyez heureux'

La chanson finie, j'écoutais encore la plainte touchante de Marguerite et la joyeuse voix du hussard. Je regardais les deux jeunes gens qui dans cette gracieuse mélodie, avaient mis toute leur âme. Rêves et souvenirs passaient devant mes yeux charmés,

— Holà ! mon hôte, me dit Stéphane en riant, si vous n'étiez pas un grave professeur, je vous soupçonnerais de pleurer. Quelle musique, et comme les paroles y répondent! Allons, vous êtes

des nôtres, nous ferons de vous un pur et franc Bohême. Sur ce, à table ! Goûtez-moi ces saucisses fumantes, la seule gloire de Prague que comprennent les Allemands. Quand nous serons au dessert, nous donnerons la parole à Wentzel. Ce sera son tour de raconter.

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