‹ Contes bleus: (volume 3)Chapitre 4 sur 33 · P0UC1NET · texte numérisé non relu

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Pour toute richesse ici-bas le paysan n'avait que

sa famille; c'était fête au logis quand, par hasard, on v entrevoyait

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l'ombre d'un sou. Le seigle était cher, la vie rude; aussi, dès que les trois enfants commencèrent à travailler, le bon père les engagea - 1 - il soir et matin à quitter la cabane où ils étaient nés, et à courir le monde pour y chercher fortune.

— A l'étranger, leur disait-il, le pain n'est pas toujours facile à gagner, mais il y en a; tandis qu'ici, ce cpii peut vous arriver de plus heureux, c'est de mourir de faim .

Mais voici qu'à une lieue de la cabane le roi du pays avait son palais ; un magnifique édifice tout en

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bois avec vingt balcons découpés et six fenêtres vitrées. Et voilà que tout à coup, par une belle nuit d'été, juste en face des fenêtres, il sort de terre un grand chêne, avec tant de branches et de feuilles qu'on ne voyait plus clair dans la maison du roi. Abattre ce géant n'était pas chose facile; il n'y avait pas de cognée qui ne s'émoussât sur le tronc, et pour chaque branche ou chaque racine qu'on coupait, il en poussait deux. En vain le roi avait promis trois sacs d'écus à qui le délivrerait de ce voisinage incommode. De guerre ,asse, il avait fallu se résigner à éclairer le palais en plein jour.

Ce n'est pas tout : dans un pays où les ruisseaux sortent de la pierre même, il n'y avait pas d'eau dans le manoir royal. L'été, il fallait se laver les mains avec de la bière et se débarbouiller avec de l'hydromel. C'était une honte; aussi le prince avait-il promis des terres, de l'argent et un titre de marquis à celui qui, dans la cour du château, creuserait un puits assez profond pour donner de l'eau toute l'année. Mais personne n'avait pu gagner le prix, car le palais était sur une hauteur, et à un pied du sol on trouvait le granit.

Le roi avait mis ces deux choses dans sa tête, et ne

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voulait pas en démordre. Si petit prince qu'il fût, il n'était pas moins entêté qu'un empereur de Chine. C'est le privilège de la charge. Pour en venir à ses fins, il fit afficher dans toute l'étendue de ses domaines une grande pancarte revêtue des armes royales. À celui qui abattrait le chêne et creuserait le puits, il n'offrait rien de moins que la main de la princesse sa

fille et la moitié de son royaume. La princesse était belle comme le jour, la moitié d'un royaume n'est jamais à dédaigner; il y avait là de quoi tenter plus d'un ambitieux.

Aussi de Suède et de Norvège, de Danemark et de Russie, des îles et du continent vint-il une foule de robustes ouvriers, la cognée sur l'épaule et la pioche à la main. Mais ils eurent beau tailler et couper, pio

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cher et creuser, ce fut peine perdue. À chaque coup le chêne devenait plus dur et le granit ne devenait pas plus tendre; si bien que les plus hardis finirent par y renoncer.

Un jour que dans le pays on avait beaucoup parlé de cette affaire qui tournait toutes les têtes, les trois frères se demandèrent pourquoi, si leur père y consentait, ils n'iraient point tenter la fortune. Réussir, ils n'y comptaient guère, et ne prétendaient ni à la princesse ni à la moitié du royaume; mais qui sait s'ils ne trouveraient pas, à la cour ou ailleurs, une

place et un bon maître? c'était tout ce qu'il leur fallait. Le père approuva ses fils; Pierre, Paul et Jean se mirent en route pour aller au palais du roi.

UO POUCINET.

Tandis qu'ils marchaient, Poucinet courait le long de la route, allant et venant comme un chien en chasse, regardant tout, étudiant tout, furetant partout. Mouches, herbes, cailloux, rien n'échappait à

ses veux de souris. Sans cesse il arrêtait ses frères

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pour leur demander le pourquoi de toutes choses; pourquoi les abeilles entraient-elles dans le calice des fleurs? pourquoi les hirondelles rasaient-elles les rivières? pourquoi les papillons volaient-ils en zigzag? A toutes ces questions Pierre se mettait à rire, Paul haussait les épaules et imposait silence à Poucinet, en l'appelant un orgueilleux et un impertinent.

Chemin faisant, on entra dans un grand bois de sapins qui couvrait une montagne. Sur la hauteur on entendait un bruit de cognée, un craquement de branches qui tombaient.

— Ça m'étonne bien qu'on abatte des arbres sur la crête d'une montagne, dit Poucinet.

— Ça m'étonnerait bien si tu ne t'étonnais pas, répondit Paul d'un ton sec. Tout est merveille pour les ignorants.

— Enfant! on dirait que tu n'as jamais vu de bûcherons, ajouta Pierre en tapant sur la joue de son petit frère.

POUCINET.

— C'est égal, dit Poueinet, je suis curieux de ce qui se passe làhaut.

— Va, dit Paul, fatigue-Loi; cela te servira de leçon, petit vaniteux, qui veux en savoir pins que tes grands frères.

Poueinet ne s'inquiéta guère de la remarque; il grimpa, il courut, écoutant d'où venait le bruit et se dirigeant de ce côté.

Quand il arriva en haut de la montagne, que croyez vous qu'il trouva?

Une cognée enchantée, qui toute seule et d'elle-même tailla pin de la plus belle venue.

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— Bonjour, madame de la Cognée, dit Poucinet. Ça ne vous ennuie pas d'être là toute seule à hacher ce vieil arbre?

— Il y a longues années que je t'attends, mon fils, répondit la cognée.

— Eh bien, me voici, répondit Poucinet.

Et, sans s'étonner de rien, il prit la cognée, la mit dans son grand sac de cuir et descendit gaiement.

— Quelle merveille monsieur l'étonné a-t-il vue làhaut? dit Paul en regardant Poucinet d'un air dédaigneux.

— C'était bien une cognée que nous entendions, répondit l'enfant.

— Je te l'avais dit, reprit Pierre; te voilà en nage pour rien; tu aurais mieux fait de rester avec nous.

Un peu plus loin la route était péniblement ouverte entre des masses de rochers, et dans le lointain on entendait sur la hauteur un bruit sec comme celui du fer qui frappe sur la pierre.

— Ça m'étonne bien qu'on attaque un rocher par là-haut, dit Poucinet.

— Vraiment, dit Paul, monsieur est sorti hier de sa coquille; il n'a jamais entendu un pivert frappant de son bec le creux d'un vieil arbre.

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