POU CI NET
— C'est vrai, dit Pierre en riant, c'est un pivert, reste avec nous, bambin.
— C'est égal, dit Poucinet, je suis curieux de voir ce qui se passe là-haut.
Et le voilà qui se met à grimper sur le rocher en rampant sur les mains et les genoux, tandis que Pierre et Paul se moquaient de lui.
Quand il arriva en haut du rocher, que croyez-vous qu'il trouva? Une pioche ^enchantée qui, toute seule et d'elle-même, creusait le roc comme si c'eût été une terre molle. A chaque coup elle pénétrait de plus d'un pied.
— Bonjour, madame de la Pioche, dit Poucinet; ça ne vous ennuie pas d'être là toute seule à creuser ce vieux rocher?
— Il y a longues années que je t'attends, mon fils, répondit la pioche.
1U POUCINET.
— Eh bien, me voici, répondit Poucinet.
Et, sans s'étonner de rien, il prit la pioche, la démancha, mit les deux morceaux dans son grand sac de cuir, et descendit gaiement.
— Quel miracle Sa Seigneurie a-t-elle vu là-haut? demanda Paul d'un ton impertinent.
— C'était une pioche qu'on entendait, répondit l'enfant.
Et il reprit son chemin sans en dire davantage.
Un peu plus loin on arriva à un ruisseau : l'eau était transparente et fraîche; les voyageurs avaient soif: chacun se mit à boire dans le creux de sa main.
— Ça m'étonne bien qu'il y ait tant d'eau dans une vallée si peu profonde, dit Poucinet. Je voudrais sa voir d'où sort ce ruisseau.
— Vous verrez, dit Paul, qu'un de ces jours cet impertinent en remontrera au bon Dieu en personne. Monsieur l'étonné ne sait pas encore que les ruisseaux sortent de terre?
— C'est égal, dit Poucinet, je suis curieux de voir d'où vient cette eau.
Et le voilà qui remonte le ruisseau malgré les cris et les reproches de ses frères. Il va, il court jusqu'à ce qu'enfin l'eau diminue, diminue.
Chacun se mit à boire dans le creux de sa main.
POUCINET. U7
El quand il fut arrivé au bout, que croyez-vous
<|ii"il trouva? [Jne coquille de qoîx, du fond de laquelle l'eau jaillissait et brillait au soleil .
— Bonjour, madame de la Source, dit Poucinet; ça ne vous ennuie pas d'être là toute seule à jaillir dans votre petit coin?
— Il y a longues années que je t'attends, mon fils, répondit la coquille de noix.
— Eh bien, me voici, dit Poucinet.
Et, sans s'étonner de rien, il prit la coquille de noix, la tamponna avec de la mousse afin que l'eau ne pût pas sortir, et puis il mit la noix dans son grand sac de cuir et descendit gaiement.
— Sais-tu maintenant d'où sort ce ruisseau? lui cria Pierre du plus loin qu'il l'aperçut.
148 POUCINET.
— Oui, mon frère, dit Poucinet; il sort d'un petit trou .
— Cet enfant a trop d'esprit, dit Paul; on ne pourra jamais l'élever.
— J'ai vu ce que je voulais voir, dit tout bas Poucinet; et je sais ce que je voulais savoir, ça me suffit.
Et, sur ce, il se frotta les mains.
On arriva enfin au palais du roi. Le chêne était plus gros et plus touffu que jamais; il n'y avait point de puits dans la cour du château, et à la porte du palais était toujours pendue la grande pancarte qui promettait la main de la princesse et la moitié du royaume à quiconque, noble, bourgeois ou paysan, exécuterait les deux choses que désirait Sa Majesté. Seulement, comme le roi était fatigué de tant d'essais inutiles qui n'avaient servi qu'à le désespérer, on avait mis une petite pancarte au-dessous de la grande ; et sur cette petite pancarte on avait écrit en lettres rouges ce qui suit :
« Soit donné avis par les présentes que, dans son inépuisable bonté, Sa Majesté le roi a daigné ordon-