HISTOIRE DU ROI DE SAMARIE
Il y avait une fois en Samarie un vieux roi qui chaque année réduisait les impôts.
— C'est un vrai conte de fées? dit Stéphane. Bravo !
Ce roi avait trois fds, et comme il ne songeait qu'au bonheur de son peuple...
A ce moment Nanynka, me touchant l'épaule et me faisant suivre son doigt, me montra la pendule qui
marquait dix heures, (^t l'aïeule doucement endormie dans son grand l'auteuil. Sans savoir le bohème, je compris ce langage. Wentzel et moi nous nous levâmes sans bruit en disant : A demain! Cathinka nous adressa son plus gracieux sourire, Stéphane nous serra la main, et Nanynka, en fermant la porte, accompagna son bonsoir lV un Miegte se dobre, pane \ qui enrichit mon glossaire tchèque d'une nouvelle locution.
Wentzel m'accompagna jusqu'à l'hôtel. Nous n'avions pas fait dix pas qu'il commença à son tour l'éloge de la Bohème.
— Bon, pensai-je; encore un joueur d'orgue; Néponmcène va revenir sur l'eau.
Je ne me trom[)ais que de moitié. Wentzel laissa en repos les héros slaves du temps passé; mais avec une extrême vivacité il me déclara que les plus charmantes femmes du monde étaient en Bohême, les plus charmantes femmes de Bohême à Prague, et la plus charmante femme de Prague au numéro 719 de la rue Kolowrat. Il alla même jusqu'à me confier qu'il était le fiancé de Cathinka et le plus heureux des hommes. A vrai dire, je m'en doutais*
• Portez-vous bien, nionsiciir.
Si je l'avais laissé i'airc, il m'eût tenu jusqu'à minuit dans les rues de Prague pour me conter, à la clarté des étoiles, cette éternelle histoire qui n'a jamais fatigué que ceux qui l'écoutent; mais je tombais de lassitude et de sommeil, je demandai grâce à mon nouvel ami.
A la porte de l'Étoile-Bleue, je retrouvai mon aimable kellner avec son inunuable sourire. 11 me conduisit jusqu'à ma chambre et me souhaita le bonsoir, en clignant de l'œil d'une façon formidable, comme si ce mot bonsoir cachait un nnstère. Grâce au ciel, j'étais si fatigué et si heureux que je m'endormis à l'instant. Dieu sait quels beaux rêves je lis cette nuit-là!
— Et le roi de Samarie? me dit ma petite nièce, à laquelle, en oncle bien élevé, je viens de lire mon conte de jour de l'an.
— Mon enfant, le commencement du conte était si beau que j'en ai oublié la fm. Si je la retrouve, je te la dirai une autre fois.
— Ce sera l'histoire de l'année prochaine?
— Ma fille, pour faire de ce conte une histoire, un an, c'est bien peu.
— Il fuit donc dix ans, mon oncle? Tu ne réponds pas ; vous verrez qu'il faudra attendre cent ans !
— Mon enfant, c'est la vérité en personne qui parle par ta bouche. Tu es plus sage que le roi Snlomon.