‹ Contes bleus: (volume 4)Chapitre 25 sur 29 · PIF VM · texte numérisé non relu

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une adresse qui plusieurs fois lireiiL sourire Sa Majesté.

Tant d'émotions coup sur coup éloignent le sommeil. 11 faisait petit jour quand le prince s'endormit, et grand jour quand il s'éveilla. Dans ce premier moment qui n'est plus le somnieil et qui n'est pas encore le réveil, Charmant crut entendre un bruit étrange; les cloches sonnaient, les canons tonnaient, trois ou quatre nuisiques militaires jouaient chacune un air différent. Il ne se trompait pas; c'était un charivari infernal. Le roi sonna, Rachimbourg entra, tenant à la main un bouquet de fleurs.

— Sire, dit-il, que Sa Majesté permettre au plus humble de ses serviteurs de lui exprimer le premier la joie universelle. Votre peuple est ivre de reconnaissance et d'amour. L'impôt diminué! les prisons ouvertes! l'armée réduite! Sire, vous êtes le plus grand roi du monde; jamais la terre n'a vu un prince tel que vous. Montrez-vous au balcon; répondez à ces cris de Vive le roi! souriez à ce peuple qui vous bénit.

Rachimbourg n'acheva pas, les larmes lui coupèrent la voix; il voulut s'essuver les veux; mais il était si ému qu'au lieu de son mouchoir, il tira la Gazette de la cour et se mit à la baiser comme un fou.

Charmanl prit le journal, et, laiidis qu'on l'habillait, essaya en vain de rassembler ses idées. Par quel hasard ces folles ordonnances se trouvaient-elles dans le journal officiel? Qui les y avait portées? Gomment Wieduwillst ne paraissait-il point? Le prince voulait réfléchir, consulter, interroger; mais le peuple était là, sous les fenêtres : on ne fait pas attendre cette autre majesté.

Dés que le roi parut au balcon, il fut salué par des cris d'enthousiasme qui, malgré tout, lui firent battre le cœur. Les hommes lançaient leurs chapeaux

en l'air, les femmes agitaient leurs mouchoirs, les mères élevaient leurs enfants en l'air et leur faisaient tendre au ciel des mains innocentes en répétant Vive le roi! Les gardes du palais avaient des fleurs au bout des fusils, les tambours battaient au cham}), les offi-

ciers remuaient leurs épces qui brillaient au soleil. C'était un délire. L'émotion générale gagna Charmant; il se mit à pleurer sans trop savoir pourquoi. A l'instant midi sonna; le fantôme avait raison, le prince était guéri.

Après la foule, ce fut le tour des corps de l'État, qui tous, ministres en tête, vinrent féliciter et remercier le roi d'avoir si bien compris les vœux de ses fidèles conseillers. Un seul personnage manquait à la fête; c'était Wieduwillst. Où avait-il caché sa fureur et son dépit? On l'ignorait. Un billet mystérieux reçu le matin même l'avait décidé à fuir; et cependant ce billet ne contenait que ces simples mots : Le roi sait tout! Qui avait écrit cette lettre fatale? Ce n'était pas le prince; seul peut-être dans le palais il songeait à son ministre, et s'étonnait de ne pas le voir auprès de lui.

Tout à coup Tonto entra pâle et défait; il courut au roi et lui remit un pli cacheté qu'un officier apportait à bride abattue. Le gouverneur de la province, le général Bayonnette, annonçait au prince une terrible nouvelle; les six régiments licenciés s'étaient révoltés, Wieduwillst à leur tête. Les séditieux avaient proclamé la déchéance du roi, qu'ils accusaient de

crimes abominables, et notamment dn menrtre de la reine. Ils étaient nombreux, bien commandés; ils approchaient de la ville, à peine défendue par quelques régiments douteux et mécontents. Bayonnette suppliait le roi de venir à l'instant même et de prendre le commandement; une heure de retard, tout était perdu.

Entraîné par Tonto et par liachimbourg, le roi, suivi de quelques officiers, sortit secrètement du palais. Une proclamation placardée sur les murs de la ville, et affichée à tous les coins de rue, déclara qu'il njy avait rien de vrai dans les bruits que faisaient courir quelques malveillants, et que jamais l'armée n'avait été ni plus dévouée ni plus fidèle. Ce fut alors une panique universelle; la Bourse baissa de quatre francs en une demi-heure, et ne remonta que sur la nouvelle non officielle que le roi avait été bien reçu au quartier général.

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