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SCÈNE Ir

M°*e Oudin, Mme Préchabmant.

Mme OUDIN.

Vous dites , madame Précharmant , que madame Joret-Ia-jeune est morte. C’est étonnant, il n’y a pas huit jours encore, elle avait apporté son tricot ici pour travailler.

M“e PRÉCHARMANT»

C’est le médecin qui l’a tuée. Figurez-vous , ma chère dame, qu’on lui faisait prendre des

bains deux fois par jour. Les bains affaiblissent ; elle ne mangeait pas avec ça.

Mme OUDIN.

Je ne m’étonne plus alors; du reste, les médecins n’en font pas d’autres,

PRECHARMANT.

C’était une bien brave femme.

M“e OUDIN.

Ouh! ouh! il y avait des jours.

Mme PRECHARMANT.

Bonne tout à fait avec les pauvres.

Mme OUDIN.

Ça ne lui coûtait pas cher elle était dame de charité; vous savez, il y a des dames de charité je m’entends.

Mme PRÉCHARMANT.

Croyez- vous?

Mm' OUDIN.

Oui, oui, quand on touche à la pâte, i! en reste toujours après les doigts.

M“" PRÊCHARMANT.

Ali ! qu’est-ce que vous me dites là?

Mme OUDIN.

Ce que j’en dis, voyez -vous Enfin c’était

l’opinion du quartier.

Mme PRÊCHARMANT.

Tiens, moi je l’aurais crue plus honnête. Et son mari?

Mme OUDIN.

En voilà encore un qui n’a pas pour deux liards à vivre. Il tient à la vie par un fil ; du reste , ça ce voit sur sa figure. Madame Joretla-jeune croyait bien qu’elle l’enterrreait, allez. C’est une vraie squelette cet homme-là.

Mme PRÉCHARMANT.

Nous avons des personnes qui prétendent qu’il mange peu.

Mme OUDIN.

Le matin, elle lui faisait des pommes cuites;

à midi , souvent il prenait un œuf à la coque ; et le soir à dîner, ça faisait pitié de le voir manger.

JJme PRÉCHARMANT.

Oui , c’est trop peu pour un homme.

Mme OUDIN.

Ne dites pas ce que je vais vous dire. Sa femme est morte hier, et je me suis laissé dire qu’il pensait déjà à se remarier.

Mme PRÉCHARMANT.

Ah! quelle horreur! et peut-on sans indiscrétion , vous demander avec qui ?

Mme OUDIN.

Quant à ça, je n’en sais rien; le vieux cachait son jeu. ( Mystérieusement .) Il avait des intrigues en ville.

Mmc PRÉCHARMANT.

Oh! Un homme si chétif que ça!

Mn" OUDIN.

Mais qu’est-ce qui va avoir un fameux pied de nez , c’est Mme Nonolte et Mme Souvent , les

deux sœurs de la défunte. Si M. Joret-le-jeune se remarie, adieu la succession. Ces gens-là croyaient déjà tenir l’argent ; ils se disaient : — V’ià ma sœur morte , son mari n’ira pas longtemps. Je sais tout ça, moi, que même aujourd’hui les deux belles-sœurs se battent froid, pour des robes que Mme Joret-!a-jeune aurait laissées.

&lm‘ PRÉCHARMANT.

Alors, c’est bien fait qu’il se marie.

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