‹ ContesChapitre 37 sur 39 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Mme Oudin, puis M. Oudin.

Mme OUDIN, seule.

Voilà des nouvelles! j’irai demain chez ces demoiselles Placet. Vont-elles être contentes. Elles en sauront, et... (M. Oudin entre). Ah! te voilà déjà, Monsieur Oudin?

M. OUDIN

Comment déjà, mais je sors du bureau à l’heure. La labié n’est pas mise?

Mme OUDIN.

Tu le vois bien. Je suis en retard, il est venu beaucoup de monde cette après-midi.

M. OUDIN

Qui ça?

Mme OUDIN.

Mme Précharmant d’abord, Mlle Julie et M. Prétend.

M. OUDIN

Je t’ai déjà dit mille et mille fois (pie je ne voulais pas de M"e Julie chez moi, encore moins

de M. Prétend, un petit animal, sot, bavard et compromettant. Quant à Mm9 Précharmant, ça m’est égal.

Mme OUDIN.

Vois comme tu es ! Mme Précharmant est en ce moment la dérision de toute la ville.

M. OUDIN

Parce qu’elle vaut mieux que toutes ces bavardes de Julie Mondain et autres. Ah! ça, mets la table, en attendant j’ai une faim de cheval.

Mrae OUDIN.

Tu attendras un peu, si tu veux bien. Rien n’est cuit.

M. OUDIN

Comment, rien n’est cuit?

M** OUDIN

Je croyais qu’il n’était que trois heures.

M. OUDIN

Je me moque bien de les croyances; j’ai faim.

Mrae OUDIN.

Ne dirait-on pas qu’il n’a pas mangé de huit jours !

M. OUDIN

Allons , veux-tu mettre la table. Ton pot-aufeu est cuit, au moins?

Mm* OUDIN.

S’il était cuit !

M. OUDIN , s'exaspérant.

Comment le pot-au-feu n’est pas cuit, qu’estce qu’il y a alors?

Mme OUDIN.

Il y a... il y a...

M. OUDIN

Eli bien?

M"" OUDIN

Il y a...

M. OUDIN

Je m’en vais moi-même à la cuisine , puisque tu ne veux pas le dire. (Il sort.)

Mme OUDIN, seule.

Ah ! mon Dieu ! je suis perdue !

M. OUDIN, rentrant en fureur.

Le fourneau n’est pas allumé. Voudrais -tu m’en dire la raison?...

Mm* OUDIN.

C’est Julie Mondain et M. Prétend...

M. OUDIN

Encore. Va-t’-en au diable avec ces gens-là. Me donnent-ils à dîner?

Mme OUDIN.

A-t-on idée d’un homme aussi brutal?

M. OUDIN

Tu as dit brutal, je crois. Tiens. (Il lui donne un soufflet. )

Mme OUDIN, pleurant.

Lâche, tu bats une femme.

M. OUDIN

Il me semble que tu m’as appelé lâche. ( Il lui donne m autre soufflet. )

Mme OUDIN.

Despote! Sans cœur! Grossier personnage!

Jésuite !

M. OUDIN

Ah! despote! (5* soufflet ); sans cœur! (48 soufflet ); grossier personnage! (5e soufflet)', jé-

suite! ( pluie de soufflets). Ali! tu passeras ton temps à bavarder , tu ne me feras pas à dîner et tu viendras m’insulter.

Mme OUDIN, sanglottant.

Je le savais bien , en t’épousant que tu ferais mon malheur.

M. OUDIN

C’est plutôt toi qui fais mon malheur en ne faisant pas ma soupe.

Mme OUDIN , toujours en larmes.

Je vais la faire votre soupe. C’est le pot-aufeu d’hier, il n’y a qu’à le faire réchauffer. Mais vous verrez....

M. OUDIN

Encore des menaces. Allons, vas à ta cuisine, Félicité. Avant, viens faire la paix. Qu’est-ce que je demande , moi? Que mon dîner soit prêt à l’heure. Au lieu de cela, tu te croises les bras, tu vas et viens chez ta voisine ; tu ne me raccommodes pas mes pantalons. Est-ce là une position

sociale? Non. Moi, je me fâche, tu sais combien je suis violent. ( Mme Oudin fond en sanglots.) Allons, Tété, venez dire bonjour à votre petit mari, dites-lui que vous n’êtes pas fâchée.

Mme OUDtN.

Mais vous savez bien....

M. OUDIN V embrasse.

Nous ne sommes plus fâchés? Vas vite faire chauffer ma soupe. (Mme Oudin s’en va).

Page 1