‹ Contes chinoisChapitre 7 sur 7 · I. ao · texte numérisé non relu

I. ao

( 23o ) pas mort c^e année ^ il était da moins hor» d état d'aller mendier son pain dans un autre village. Calmez -vous donc et réfléchissez où il pourrait avoir acquis toutes ces richesses.» — «Lorsque TOtre père, lui dit madame lieou, vous engageait à quitter votre deuil et à vous remarier , cela vous effrayait ; vous refusiez d y consentir et vous vouliez vous jeter à l'eau et abandonner la vitt; mais maintenant que vous voyez <^e riche seigneur , vous cherchez à rec&mtakt€ en kn votre mari. Supposer que d*un côté il ne vous connaisse pas, ce qui arrivera indubitablement^ combien ne serez- vous pas honteuse alors? «Ces reproches firent rougir Yi-tchouan, et elle resta tout interdite et confuse.

M. Lieou appela sa femme à part et lui dit: M Orna, il ne faut pas parler ainsi; car tous les mariages sont dé« crétés dans le <5iel. Avant hier M. Wang,

(a3i ) le maître d auberge m'a invité pour prendre du vin chez lui , et m*a dit que le seigneur Tsin de Chansi désirerait épouser notre fille, et qu'au moment où on ferait la promesse de mariage^ il lui donnerait mille pièces d'or; mais connabsant ^entêtement d*Ti-tchouan, je n'en ai rien voulu dire. Il est difficile de se rendre compte du changement^ qui vient de se faire en elle; mais enfin , puisqu'elle semble disposée d'eUe-méme à ce msuriage, pourquoi ne saisirions-nous pas cette occasion de la marier avec le seigneur Tsin? Ce sera un événement heureux pour vous et moi, puisque cela nous donneraun appui pour le reste de nos jours. » — Vous avez raison, mon cher, lui répondit madame Lieou , le seigneur Tsin doit avoir eu quelquemotif pour venir ici et pour louer notre vaisseau ; il faut aller le trouver demain pour vous entendre avec lui.

( a32 ) C'est bien , lui réplicpa M. Lieou , je sais comment il faut conduire cette affaire.

Le lendemain matin ^ aussitôt que Soung fut levé et qu'il eut achevé de s'habiller, il prit le vieux chapeau et alla sur le tillac en le tournant de tous côtés. « Pourquoi regardez-vous tant ce vieux chapeau , lui demanda M. Lieou ?

— J'examine l'endroit où il est recouru, répondit M. Tsin: il faut que ce:r.^^î^ une main bien habile qui l'ait si bien raccommodé. — L'endroit où il est si bien recousu est de l'ouvrage de ma fille. Il y a quelques jours que ML Wang, l'aubergiste , m'a parlé de la demande de votre seigneurie ; il y avait néanmoins, dans cette demande, quelque chose que je voudrais éclaircir. » Le seignem* Tsin, curieux d'apprendre ce que c'était, lui demande ce qu'il voulait dire: « M. Wang, répliqua Lieou , n^'a dit que votre sei-'

( aas )

gneurie avait pleuré sa femme depuis trois ans et que vous n'étiez pas encore remarié , mais que vous désiriez maintenant épouser X ma fille. — Et vous, monsieur ,Iui demanda Soxmg, le voulezvous?— >-Que je le veuille ou non , ma vo#> lonté aura peu de puissance, car ma fille s'obstine à demeurer fermement attachée à son vœu de mariage, #t déclare qu'elle ne veut pas se remarier ; ainsi je ne veux m'engager à rien.

— Comment votre honoré beau-fils estil mort? — Mon indigne beau-fils eut le malheur de tomber en consomption *.

il descendit un jour à terre pour coup^ du bois j et j'ai mis à la voile sans y penser. J'sd fait aussitôt après publier un avertissement , et je l'ai cherché pendant trois mois, sans pouvoir m'en procurOT la moindre nouvelle. Tout le monde en a conclu 'qu'il s'était jeté à la rivière , et qu*il était mort.— Voire

( 234 ) j^onoré beaurfils n'est pas most, il a renoontréun personnage extrajordinait^e qui la guéri de sa maladie , et il > est de> T^m excessivement ricdie ; si tous voulez avoir ntie entrevue avec lui ^ pries sa bien -aimée de venir ici. » — Yi-tchouan qui avait écouté depuis le commencement , et qui n'avait pas perdirun seul mot, fondit en larmes ^ et s'écria : «^ Cœur firoid, homme insensible que vous êtes l J^ porté le deuil depuis trois ans ; j*at souffert mille peines et mille tourmens à cause de YOi^y et dans cet instant même , vous ne vous expliquez p^s encore.-.* Qui êtes-vous? Qu attendez-vous ?» Soung^ kin;les yeux baî^pés de larmes, l'appela: «Venez, ma chère femme, venez^ que je vous voie* » Le mari et la femme se jetèrent dans les bras L'un de l'au*»

tre en pleurant.

« Oma> dit M. lieou à sa lemme, re»

( 235 ) gavdez , n'est-ce pas làle seigneur Tsin ? i Il faut que nous allions le trouver et lui avouer notre crime. M. et madame lieou entrèrent sur4e-cbamp dans la cabane et le prièrent de leur pardonner.

« Mon père et ma mère, il n est pas besoin que TOUS me suppliiez pour cela ; seulement, si votre indigne beau-fils devient encore malade, ne l'abaiTdonnez plus. » Les vieillards furent honteux et confus.

Yi'tchouan quitta sies habits de deuil; elle arracha la tablette de Son mari , et la jeta.daâs Teàu* Soung-kin appela alors ses domesûcpies et ses valets et leur dit de rendre leiurs devoirs à leur maîtresse, c% qui sa fait en touchant la terre avec le front.

Madame Lieou tua quelques volai^es , prépara un peu de vin et servit sa fille^ comme si elle e&t été une étrangère* Pans un autre. moment, tandis qu'ils

( 236 ) étaient à table à se divertir, madame Lieou se mit à parler de sa fille en ra« contant à Soung que, depuis son absence , elle n'avait voulu boire ni manger aucune chose défendue. Soungkin en fiit affligé, et, tout en pleurant^ il pnt une tasse de vin et la présenta à sa femme en rengageant à renoncer à ces ^privations. Puis , s adressant à Lieou i et à sa fenmie, il leur dit, avec un air colère : « Puis(jue vous avez eu le cœur de m'abandonner dans lespoir de mettre fin à mon existence , vous avez perdu le mérite de votre bienfaisance et vous avez renoncé à votre vertu. Vous ne méritez pas qu'on fasse attention à vous ; c'est avec peine que je bois ce vin et je ne le ferais pas si ce n était pour votre fille. »

« Si vous n'aviez pas été abandonné, lui dit Yi-tchouan, ce changement extra^n'dinaire aurait -il eu lieu? Mon

{ =^37 ) père et ma mère vous ont autrefois témoigné beaucoup de tendresse; vous devez donc vous souvenir de leurs bontés et oublier leur cruauté. »

« J'agirai conformément aux désirs de ma très -chère femme , répliqua Soung^ j'ai déjà bâti une maison àNanking ; il y a des jardins et des prés qui en dépendent et je suis suffisamment riche.

Ainsi, vieillards, vous pouvez quitter les occupations de votre bateau et m'accompagner pour partager notre fortune et notre féhcité. N'est-ce pas ce qu'il y a de plus désirable ?» M. et madame Lieou lui firent leur& remercîmens; il ne fut plus question de rien ce jourlà. Le lendemain, M. Waag, ayant bientôt appris cet événement, vint sur le vaisseau pour les féliciter et il passa la journée avec eux. Soung-kin laissa trois domestiques chez M. Wang, pour vendre le drap qu*il avait apporté

( a38 ) et pour régler les comptes. U- loua ensuite un bateau et se rendit en premier lieu à sa maison de Nanking, où il demeura trois jours; puis il alla avec sa femme à Kouan-cfaan, qui était le lieu de sa naissance, pour réparer et faire nettoyer les tombeaux de ses an* cétres ; chacune des personnes de la famille présenta séparément des offrandes abondantes.

M. Fan, le tcbi-hian, avait résigné son emploi, et il était chez lui quand il ap* prit Farrivée de Soung à son village natal, ainsi que le changement extraordinaire arrivé dans $a fortune; il resta ^ez lui dans la crainte de le rencon* trer, ce ipii lui aurait été fort désagréable , et il fut plus d'un moi^ sans oser entrer dans la ville.

Quand Soung eut fini les af&ires qni l'avaient appelé dans le lieu de sa naîs»

sance, il se hâta de retourner à Nan*

( a39 ) king. Il est inutile de dire que toute la &aiille fut enchantée de son retour et partagea sa félicité.

On dit quTi-tchouan, voyant Soungkin entrer tous les jours de bonne heure dans le temple de Fo pour réciter une prière , lui en demanda la raison y et que Soung-kin lui raconta tout ce que le vieux prêtre lui avait dit concernant le kin-kang-king , ou livre de prières; il Ventretint aussi de la manière dont il avait été guéri et lui apprit comment il avait conservé la vie.

Yi«tchouan crut aussi aux doctrines de Fo, et pria son mari de lui enseigner^ les formules de prières.

Le mari et la femme répétaient chaque jour ime prière, et ils voyaient sans regret approcher la vieillesse. Ils avaient quatre-vingt-dix ans lorsqu'ils mouru* rent, n'ayant jamais éprouvé de maladies.

Leurs enfans et leurs petits • enfans

demeurèrent à Nanking et jouirent tons d'une grande aisance.

Les modernes ont une pièce de vers qui dit :

Les vertus du yieox Lieoii n*ont pas duré jusqa'à sa

mort, Rt les malheurs de mattreSoQng loi ont procoré la

prospérité.

La prière dn Rin-kang a guéri par degrés s^ cruelle

maladie , Et le vieux chapeau déchiré a th^m la chair et

les os.

FIN DU ^RBM1XR VOLtJMX.

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