‹ Contes chinoisChapitre 6 sur 7 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Nous allons maintenant réyenir aux aventures de Soung. Il y avait environ deux ans qu'il était à Nanking et qu'il avaitmonté samaison surleton de la plus grande élégance , lorsque lesouvenir de son beau-père et de sa belle-mère se présenta de nouveau à son esprit. Ils s'étaienr, à la vérité , conduits d'une manière cruelle envers lui. Mais sa femme était d'un caractère doUx et aimable, et n'avait pas consenti à ce qu*on Fa-

( aai ) baadofinât : û ne pouvait par conséquent penser à en épouser une autre.

Il remit le soin de sa maison à son intendant , et, prenant avec lui une somme dé trois naille taêls d argent^ il se fil accompagner de^ quatre domestiques et de deux valets de bonne raine, et loua un vaisseau pour aller directe* inetkt à Konan-chan , s'informer de ce qu'étaient devenus M. et madame Lieou; les voisins lui apprirent qu'ils étaient partis depuis trois jours pour Yi-thing.

Soung-kin employa largent qu il avait ^ avec lui à acheter des ballots de drap , et se rendit à Yi-thing. Arrivé dans cet endroit , il descendit à une auberge trèsfamée , et y déposa ses marchandises. Le jour suivant, il alla à Fembouchurede la rivière pour chercher le bateau dans lequd demeurait Lieou et sa famille. En approchant, il aperçut sa femme tout en deuil ^ il connut par-là quelle avait

( wa ) garde $ivec fidélité ses i^œux de mariage; ce qui le toucha vivement U retourna à son auberge, et dit, au, makre, qui s'appelait M. Wang : « J'ai vu aur la rivière une très-belle batelière en deuil ; je crois que le bateau appartenait. à M.Lieou, et que c'est safiUe que jai vue. Voilà trois ans que je suis veuf, je voudrais biev Vépouser en secondes noces, » Il tira de sa manche trois taâs d'argent qu'il donna à M« Wang en hii disant : « Prenez cette bagatelle pour préparer un peu de vin; vous irez ensuite inviter M. lieou à venir en .prendre sa part, et vous lui demand^^ez sa £lle en mariage pomr moi» Si ce mariage se fait, je vous récompenserai généreusement. Si M. Lieou exige de l'argent, quand ce serait la valeur d'un naiUier de pièces dW, je ne les, refuserai pas. »

M. Wang fut ^rès-content de cette commission; il prit l'argent et alla immé*

("3 ) diatement «u bateau deSI.Iilsou pour l'engager à venir dîner à Faub^ge où il avait préparé un. repas abondant.

M* Lieou fîit conduit à la place d'bon* neur des étrangers, ce qui le suivit beaucoup : « Je ne suis qu'un simple batelier, s eoriaH-il^ d'où vient-il donc qu'on a fait tant de frais et de préparsh tiis pour moiP Qu^l peut en être le mo> tif P — Quand nous aupons pris deux ou trois jattes de vin, lui répondit M. Wang, nous pourrons nous en enp tretenir. » M* lieou, l'esprit en suspens, Itû répliqua : « Si vous ne m'apprenez pas ce dont il s'ag^^ je n'oserai pas prendre un siège. « M. Wang lui dit alors : « Il 7 a maintenant dans ma maison im certain seigneur Tsin de Cbanai qui «st extrêmement ricbe ; il est veuf depuis trois ans, et ayant; pris beau* coup d'anaour pour votre charmante fille I il désire en £ûre sa ^^coDde

femme. H veut^ dès que la promesse de mariage aura lieu, lui dpnkier mille pièces d or ; et il m*a prié de vous faire part de ses propositions. J*espère que TOUS n'aurez 'aucune raison de refuser des offres aussi avantageuses. — Il ne peut y avoir rien de plus heureux pour une 6lle de bateau^ lui répondit M.Lieou, que d*épouser un homme riche; mais ma fille est fidèle à son vœu de mariage^ et déclare qu'cflle mourra plutôt que de se remarier : je ne puis donc me mêler de oette affaire. Quant au repas, je désire n'y pas toucher, et je voudrais prendre eongé de vous. » M. Wang, l'arrêtant par le bras , lui dit : « Le repas a été commandé par le seigneur Tsin; lé voilà prêt, et je dois en faire les honneurs ; ne nous refusons pas à y prendre part : si nous n'arrangeons pas cette affaire, il ne faut pas pour cela que nous nous quittions en mau-

( 2a5 ) vaise intelligence. » M. Lîeou. accepta donc un siège, et tout en prenant le YÎn, M. Wang revint encore à la demande du seigneur Tsin, en assurant qu'il n'avait rien avancé à cet égard qui ne fût vrai, et qu'il espérait que M.Lieou, de retour sur le bateau, se consulterait encore. Mais celui-ci qui se rappelait que sa fille avait voulu phis d'une foi^ se jeter à la rivière , branla la tête sans proférer un seul mot. Quand on eut emporté le vin, ils se séparèrent.

M. Wang alla trouver le seigneur Tsin et lui répéta mot pour mot ce que M.- Lieou venait de lui dire; et Soung eut encore une nouvelle preuve de la constance avec laquelle sa femme demeurait fidèle à son vœu, « Et bien , ditil à M. Wang, puisqu'il ne veut pasm'accorder sa fille , je désirerais du moins louer son vaisseau pour transporter des marchandises dont je veux me dé-

faire; peut-être fera-t-il encore des difficultés contre cela. — Les vaisseaux du pays, lui répliqua M. Wang, sont tous au service de seigneurs de l'empire; vous ri'avez donc pas besoin de prier, mais seulement de donner vos ordres.» Et il alla de suite trouver M. Lieou pour louer son vaisseau. Celui-ci y consentit sans aucune difficulté.

Soung^kin ordonna à ses domestiques d'apporter ses effets sur le vaisseau, et de ne transporter les marchandises que le lendemain matin , où elles devaient être embarquées de bonne heure. Soung-kin mit un habiUement de soie magnifique et un bonnet de fourrure ; ses valets avaient des livrées vertes et portaient à la main un encensoir où ils brûlaient de Tencens.

M. lieou et sa femme, en le voyant venir, se doutèrent bien que c'était le seigneur Tsin de Ghan-si , et ne se don-

( 2^7 ) nèrent pas la peine de s'informer davantage de, lui : en quoi ils ne ressemblaient pas à tout le monde. Dans cet instant^ Yi-thouan, qui était au fpnd de la cabane, aperçut Soung, et, quoiqu'elle n osât pas se livrer à Tidée que ce pouvait être son tnari , elle tressaHlit cependant en pensant à lui , et dit qu'il avait sept ou huit dixièmes de ressemblance avec son défunt époux.

Dès que le seign<?ur Tsin fut sur le vaisseau, elle le vit s^approcher de la cabane en disant : « J'ai faim et je voudrais avoir un peu de riz; s'il est froid, prenez un peu de thé chaud povu: le mêler avec, cela suffira, v Ces paroles confirmèrent eocore plus les coojecr tures de Yi-thouan. Le seigneur Tsin dit ensuite en grondant ses domestiques :

. « Garçons, vous mangez mon riz, vous portez mes habillemens et vous faites les paresseux. Allons, allons, tournez

cette corde, trayaillez à ce cable et arrangez chaque chose à sa place? Pour* quoi êtes vous assis à ne rien faire.» C'étaient exactementles mêmes paroles que M. Lieou lui avait adressées la première fois qu'il était venu sur le vai&r seau. Yi-tchouan, qui l'écoutait toujours, sentit augmenter sa conviction. Quelques instans après, M. Lieou présenta lui-même du thé au seigneur Tsin. Celui-ci lui dit : « Vous avez un vieux chapeau dans le haut de votre cabane, prêtez-le moi. » M. lieou, qui ne se doutait de rien, alla tout de suite le demander à sa fille ; elle le lui remit en lui récitant ces quatre vers :

Le chapeau de feutre- déchiré fut raccommodé de la

main de votre propre fiUe , Parce qu^elle pensait alors que celui qui le porterait

ne reviendrait plus avec sa figure d'autrefois.

Le seigneur lieou, qui se tenait der-rière sa cabane, entendit ce quatrain,

( 2^9 ) et^ cherchant à recueillir ses idées ^ ii récita les quatre vers suivans en rendant le chapeau :

Les rillagoois de Tendroit ne reconnaissent plus celai dont les gniles ont changé la personne; quoique de retour et richement Têtu , il lui est difficile de retrouver le neiix cfaapeatu

Le.méœe soir Yi-tchouan dit à mon* sieur lieou: « Le seigneur Tsin , qui est maintenant à bord, n*«st certainement autre que mon cher Soung ; sans cela comment aurait-il su qu'il y ayait un vieux chapeau déchiré dans notre bateau?

d'ailleurs il lui ressemble de visage, et en Tentebdant parler^ comment pourrait-on conserver le mpindi^e doute?

Demandez-lui ce qui en est.»

« Sotte que vous êtes, lui dit M. Lieou

avec un sourire insignifiant , la chair et .

les os de ce misérable étique doivent

être consumés maintenant , et s'il n'est

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