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LA DEFENSE DU CERCLE

Cependant l’invasion des barbares gagnait au sud de jour en jour. Dijon rendu, Lyon menacé, déja les herbes parfumées de la vallée du Rhône faisaient

4N hennir d'envie les cavales des ublans.

« Organisons notre défense ! » se dirent les Tarasconnais, et tout le monde se mit à l'œuvre. En un tour de main, la ville fut blindée, barricadée, casematée.

Chaque maison devint une forteresse.

Chez l’armurier Costecalde, il y avait devant le magasin une tranchée d'au moins deux mètres, avec un pont-levis, quelque chose de charmant. Au cercle,

+ les travaux de défense étaient si consi-

dérables qu'on allait les voir par curiosité. M. Bompard, le gérant, se tenait en haut de l'escalier, le chassepot à la main, et donnait des explications aux dames: « S'ils arrivent par ici, pan!

pan !... Si au contraire ils montent par

la, pan! pau ! » Et puis, à tous les coins de rues, des gens qui vous‘ arrétaient pour vous dire d’un air mystérieux :

« Le café de la Comédie est imprenable, »

ou bien encore : « On vient de torpiller l'Esplanade. » Il y avait de quoi faire :

réfléchir les barbares.

LES FRANCS-TIREURS À. ‘ a “» En même temps des compagnies de francs-tireurs s'organisaient avec frénésie. Frères de la mort, Chacals du Narbonnais, Espingoliers du Rhône, il y en avait de tous les noms, de toutes les couleurs, comme des centaurées dans un champ d’avoine; et des panaches, des plumes de coq, des chapeaux gigantesques, des ceintures d’une largeur !...

Pour se donner l'air plus terrible, chaque franc-tireur laissait pousser sa barbe et ses moustaches, si bien qu'à la promenade le monde he se connaissait plus.

De loin vous voyiez un brigand des

Abruzzes qui venait sur vous, la moustache en croc, les yeux flamboyants, avec un tremblement de sabres, de revolvers, de yatagans; et puis, quand on s’approchait, c'était le receveur Pégoulade. D'autres fois, vous rencontriez dans l’escalier Robinson Crusoé luimême avec son chapeau pointu, son coutelas en dents de scie, un fusil sur chaque épaule; au bout du compte c'était.

l'ärmurier Costecalde qui rentrait der diner en ville. Le diable, c'est qu'à force de se donner des allures féroces, les Tarasconnais finirent par ‘se terrifier 4 les uns les autres, et bientôt personne :

n'osa plus sortir.

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