X VII
Il y a quelques années, l'inspecteur général des douanes de la Corse m’emmena dans une de ses tournées le long de la côte. Sans qu'il y parût, c'était un grand voyage; quarante jours de mer, à peu près le temps qu'il faut pour aller à la Havane, et cela dans une vieille barque à demi pontée, où l'on n'avait pour s'abriter du vent, des lames, de la pluie, qu'un petit rouf goudronné, à peine assez large pour tenir une table et deux couchettes. Aussi il fallait voir nos matelots par les gros temps. Les figures ruisselaient, les vareuses trempées fumaient comme du linge à l'étuve, et en plein hiver les malheureux pas-
saient ainsi des journées entières, même des nuits, accroupis sur leurs bancs mouillés, à grelotter dans cette humidité malsaine, car on ne pouvait pas allumer de feu à bord, et la rive était souvent difficile à atteindre... Eh bien, pas un de ces hommes ne ge plaignait.
Par les temps les plus rudes, je leur ai toujours vu la méme placidité, la méme bonne humeur. Et pourtant quelle triste vie que celle de ces matelots douaniers!
Presque tous mariés, ayant femme et enfants a terre, ils restent des mois dehors, à louvoyer sur ces côtes si dangereuses. Pour se nourrir, ils n’ont guére que du pain moisi et des oignons sauvages. Jamais de vin, jamais de viande, parce que la viande et le vin coûtent cher et qu'ils ne gagnent que cinq cents francs par an! Cinq cents francs par an!
Vous pensez si la hutte doit étre noire là-bas à la Marine, et si les enfants doivent aller pieds nus... N'importe! Tous ces gens-là paraissaient contents. Il y
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avait à l'arrière, devant le rouf, un grand baquet plein d'eau de pluie. où l'équipage venait boire, et je me rappelle que, la dernière gorgée finie, chacun de ces pauvres diables secouait son gobelet avec un « Ah!... » de satisfaction, une expression de bien-être à la fois comique et attendrissante.
Le plus gai, le plus satisfait de tous était un petit Bonifacien hâlé et trapu qu'on appelait Palombo. Celui-là ne faisait que chanter, même dans les plus gros temps. Quand la lame devenait lourde, quand le ciel assombri et bas se remplissait de grésil, et qu'on était là tous, le nez en l'air, la main sur l'écoute, à guetter le coup de vent qui allait venir, alors dans le grand silence et |’anxiété du bord, la voix tranquille de Palombo commençait :
Non, monseigneur, C'est trop d'honneur.
Lisette est sa...age, Reste au villa...age...
Et la rafale avait beau souffler, faire gémir les agrès, secouer et inonder Ja barque. la chanson du douanier allait son train, balancée comme une mouette à la pointe des vagues. Quelquefois le vent accompagnait trop fort, on,n’entendait plus les paroles; mais, entre chaque coup de mer, dans le ruissellement de l'eau qui s’égouttait, le petit refrain revenait toujours :
Lisette est sa...age, Reste au villa...age...
Un jour pourtant qu’il ventait et pleuvait très-fort, je ne l'entendis pas. C’était si extraordinaire, que je sortis la tête du rouf : « Eh! Palombo, on ne chante donc plus? » Palombo ne répondit pas. Il était immobile, couché sous son banc. Je m’approchai de lui. Ses dents claquaient; tout son corps tremblait de fièvre. « Il a une pountoura, n me dirent ses camarades tristement. Ce qu'ils appellent pountoura, c'est un
point de côté, une pleurésie. Ce grand ciel plombé, cette barque ruisselante, ce pauvre fiévreux roulé dans un vieux manteau de caoutchouc qui luisait sous la pluie comme une peau de phoque, je n'ai jamais rien vu de plus lugubre.
Bientôt le froid, le vent, la secousse des vagues aggraverent son mal. Le délire le prit; il fallut aborder.
Après beaucoup de temps et d'efforts, nous entrâmes vers le soir dans un petit port aride et silencieux, qu’animait seulement le vol circulaire de quelques gouailles. Tout autour de la plage montaient de hautes roches escarpées, des mâquis inextricables d'arbustes verts, d'un vert sombre, sans saison. En bas, au bord de l'eau, une petite maison blanche à volets gris : c'était le poste de la douane, Au milieu de ce désert, cette bâtisse de l'Etat numérotée comme une Casquette d'uniforme avait quelque chose de sinistre. C’est là qu’on descendit le malheureux Palombo, Triste
LES DOUANIRRS. | 203
asile pour un malade. Nous trouvâmes le douanier en train de manger au coin du feu avee sa femme et ses enfants.
Tout ce monde-là vous avait des mines hâves, jaunes, des yeux agrandis, cerclés de fièvre. La mère, jeune encore, un nourrisson sur les bras, grelottait en nous parlant. — « C'est un poste terrible, me dit tout bas l'inspecteur. Nous sommes obligés de renouveler nos douaniers tous les deux ans. La fièvre de marais les mange... »
Il s'agissait cependant de se procurer un médecin. Il n'y en avait pas avant Sartène, c'est-à-dire à six ou huit lieues de là. Comment faire? Nos matelots n'en pouvaient plus; c'était trop loin pour envoyer un des enfants. Alors la femme, se penchant dehors, appela :
« Cecco!... Cecco! » et nous vimes entrer un grand gars bien découplé, vrai type de braconnier ou de banditto, avec son bonnet de laine brune et son pelone en poils de chèvre. En débarquant je
l'avais déjà remarqué, assis devant la porte, sa pipe rouge aux dents, un fusil entre les jambes ; mais, je ne sais pourquoi, il s'était enfui à notre approche.
Peut-être croyait-il que nous avions des gendarmes avec nous. Quand il entra, la douanière rougit un peu : « C’est mon cousin, nous dit-elle... Pas de danger que celui-là se perde dans le mâquis. »
Puis elle lui parla tout bas, en montrant le malade. L'homme s’inclina sans répondre, sortit, siffla son chien, et le voilà parti, le fusil sur l'épaule, sautant de roche en roche avec ses longues jambes.
Pendant ce temps-là les enfants, que la présence de l'inspecteur semblait terrifier, finissaient vite leur diner de châtaignes et de brucio (fromage blanc).
Et toujours de l’eau, rien que de l'eau sur la table! Pourtant c’eit été bien bon, un coup de vin, pour ces petits.
Enfin la mere monta les coucher; le père, allumant son falot, alla inspec-
ter la côte, et nous restdmes au coin du feu à veilier notre malade qui s’agitait sur son grabat, comme s’il était encore en pleine mer, secoué par les lames. Pour calmer un peu sa pountoura, nous faisions chauffer des galets, des briques qu'on lui posait sur le côté.
Une ou deux fois, quand je m'approchai de son lit, le malheureux me reconnut, et, pour me remercier, me tendit péniblement la main, une grosse main râpeuse et brûlante comme une de ces briques sorties du feu...
Triste veillée! Au dehors, le mauvais temps avait repris avec la tombée du jour, et c'était un fracas, un roulement, un jaillissement d’écume, la bataille des roches et de l'eau. De temps en temps, le coup de vent du large parvenait à se glisser dans la baie et enveloppait notre maison. On le sentait à la montée subite de la flamme qui éclairait tout à coup les visages mornes des matelots groupés autour de la cheminée et regardant
on een
le feu avec cette placidité d’expression que donne l'habitude des grandes étendues et des horizons pareils. Parfois aussi, Palombo se plaignait doucement.
Alors tous les yeux se tournaient vers le coin obscur où le pauvre camarade était en train de mourir, loin des siens, sans secours ; les poitrines se gonflaient et l’on entendait de gros soupirs. C'est tout ce qu'arrachait à ces ouvriers de la mer patients et doux le sentiment de leur propre infortune. Pas de révoltes, pas de grèves. Un soupir, et rien de plus... Si, pourtant, je me trompe. En passant devant moi pour jeter une bourrée au feu, un d'eux me dit tout bas d’une voix navrée : « Voyez-vous, monsieur... On a quelquefois beaucoup dx tourment dans notre métier. »
A Monsieur Pierre Gringoire, poéte lyrique, à Paris.
Tu seras bien toujours le même, mon
pauvre Gringoire.
Comment! on t'offre une place de chroniqueur dans un bon journal de Paris, et tu as l’aplomb de refuser... Mais regarde-toi, malheureux garçon! Regarde ce pourpoint troué, ces chausses en déroute, cette face maigre qui crie la faim. Voilà pourtant où t'a conduit lu
passion des belles rimes! Voilà ce que
t'ont valu dix ans de loyaux services
* Lettres de mon moulin.
dans les pages du sire Apollo... Est-ce que tu n’as pas honte, à la fin?
Fais-toi donc chroniqueur, imbécile; fais-toi chroniqueur. Tu gagneras de beaux écus à la rose, tu auras ton couvert chez Brébant, et tu pourras te montrer les jours de première avec une plume neuve à ta barrette.
Non! Tu ne veux pas ?... Tu prétends rester libre à ta guise jusqu'au bout...
Eh bien, écoute un peu l’histoire de la chèvre de M. Seguin. Tu verras ce que l'on gagne à vouloir vivre libre.
M. Seguin n'avait jamais eu de bonheur avec ses chèvres.
Il les perdaittoutes de la même facon :
un beau matin, elles cassaient leur corde, s’en allaient dans la montagne, et là-haut le loup les mangeait. Ni les caresses de leur maitre, ni la peur du loup, rien ne les retenait. C'était, parait-il, des chèvres indépendantes, voulant à tout prixle grand air et la liberté.
Le brave M. Seguin, qui ne comprenait rien au caractère de ses bêtes, était consterné. Il disait : « C’est fini; les chèvres s’ennuient chez moi, je n'en -garderai pas une. »
Cependant il ne se découragea pas, et, après avoir perdu six chèvres de la même manière, il en acheta une septieme; seulement, cette fois, il eut soin de la prendre toute jeune, pour qu'elle s’habituât mieux à demeurer chez lui.
Ah! Gringoire, qu'elle était jolie, la petite chèvre de M. Seguin! Qu'elle était jolie avec ses yeux doux, sa barbiche de sous-officier, ses sabots noirs et luisants, ses cornes zébrées et ses longs poils blancs qui lui faisaient une houppelande ; c'était presque aussi charmant que le cabri d'Esméralda, tu te rapelles, Gringoire? — et puis docile, caressante, se laissant traire sans bouger, sans mettre son pied dans l’écuelle; un amour de petite chèvre;
M. Seguin avait derrière sa maison
un clos entouré d’aubépines. C'est là qu'il mit sa nouvelle pensionnaire. Il l'attacha à un pieu, au plus bel endroit du pré, en ayant soin de lui laisser beaucoup de corde, et detemps en temps il venait voir si elle était bien. La chèvre se trouvait très-heureuse, et broutait l'herbe de si bon cœur que M. Seguin était ravi: — « Enfin, pensait le pauvre homme, en voilà une qui ne s’ennuiera pas chez moi! »
M. Seguin se trompait, sa chèvre s'ennuya.
Un jour, elle se dit en regardant la montagne :
« Comme on doit être bien là-haut!
Quel plaisir de gambader dansla bruyère, sans cette maudite longe qui vous écorche le cou... C’est bon pour l'âne ou pour le bœuf de brouter dans un clos!...
Les chèvres, il leur faut du large. »
À partir de ce moment, l'herbe du clos lui parut fade. L’ennui lui vint, Elle
maigrit, son lait se fit rare: C'était pitié de la voir tirer tout le jour sur sa longe, la téte tournée du côté de la montagne, la narine ouverte, et faisant:
Mé!... tristement.
M. Seguin s’apercevait bien que sa chèvre avait quelque chose, mais il ne savait pas ce que c'était. Un matin, comme il achevait de latraire, la chèvre se retourna et lui dit dans son patois :
« Ecoutez, monsieur Seguin, je me languis chez vous. Laissez-moi aller dans la montagne.
— Ah! mon Dieu!... Elle aussi! »
cria M. Seguin stupéfait, et du coup il laissa tomber son écuelle; puis, s’asseyant dans l'herbe, à côté desa chèvre:
« Comment, Blanquette, tu veux me quitter ? »
Blanquette répondit :
« Oui, monsieur Seguin.
— Est-ce que l'herbe te manque ici?
— Oh! non, monsieur Seguin.
— Tu es peut-être attachée de trop
court; veux-tu que j’allonge la corde?
— Ce n'est pas la peine, monsieur Seguin.
— Alors, qu'est-ce qu'il te faut ?
Qu'est-ce que tu veux?
— Je veux aller dans la montagne,
- monsieur Seguin.
— Mais, malheureuse, tu ne sais pas qu'il y a le loup dans la montagne...
Que feras-tu quand il viendraf...
— Je lui donnerai des coups decorne, monsieur Seguin.
— Le loup se moque bien de tes cornes, Il m'a mangé des biques autrement encornées que toi... Tu sais bien, la vieille Renaude quiétait icil’an dernier?
une maitresse chèvre, forte et méchante comme un bouc. Elle s’est battue avec le loup toute la nuit... puis le matin le lotip l'a mdngée.
— Pécaire! Pauvre Renaude!... Ca ne fait rien, monsieur Seguin, laissermoi aller dans la montagne.
— Bonté divine! dit M, Seguin...
mais qu'est-ce qu'on leur a donc fait, à mes chèvres ? Encore une que le loup va me manger... Eh bien, non... je te sauverai malgré toi, coquine,et de peur que tu ne rompes la corde, je vais t’enfermer dans l’étable, et tu y resteras toujours. » .
Là-dessus M. Seguin emporta la chèvre dans une étable toute noire, dont il ferma la porte à double tour. Malheureusement il avait oublié la fenétre, et a peine eut-il le dos tourné que la petite s’en alla.
Tu ris, Gringoire?... Parbleu! je crois bien; tu es du parti des chèvres, toi, contre ce bon monsieur Seguin...
Nous allons voir si tu riras tout à l'heure.
Quand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un ravissement géuéral. Jamais les vieux sapins n'avaient rien vu d'aussi joli. On la recut comme une petite reine. Les châtaigniers se bajssaient jusqu’à terre pour la caresser
du bout de leurs branches. Les genéts d'or s’ouvraient sur son passage, et sentaient bon tant qu'ils pouvaient.
Toute la montagne lui fit fête.
Tu penses, Gringoire, si notre chèvre était heureuse. Plus de corde, plus de pieu, rien qui l’empéchat de gambader, de brouter à sa guise... C’est la qu'il y en avait de l'herbe ! Jusque par-dessus les cornes, mon cher... Et quelle herbe!
Savoureuse, fine, dentelée, faite de mille plantes. C'était bien autre chose que le gazon du clos. Et les fleurs donc!...
De grandes campanules bleues, des digitales de pourpre à longs calices, toute une forèt de fleurs sauvages débordant de sucs capiteux.
La chèvre blanche, à moitié sodle, se vautrait là-dedans les jambes en lair et roulait le long des talus, péle-méle avec les feuilles tombéeset les châtaignes...
Puis tout à coup elle se redressait d’un bond sur ses pattes. Hop! la voilà partie, la téte en avant, à travers les ma-
quis et les buissières, tantôt sur un pic, tantôt au fond d'un ravin, là-haut, en bas, partout. On aurait dit qu'il y avait dix chèvres de M. Seguin dans la montagne.
C'est qu'elle n'avait peur de rien, la Blanquette.
Elle franchissait d’un saut de grands torrents qui l’'éclaboussaient au passage de poussière humide et d’écume. Alors, toute ruisselante, elle allait s'étendre sur quelque roche plate et se faisait sécher au soleil... Une fois, s’avancant a, bord d’un plateau, une fleur de cytise aux dents, elle apercut en bas, tout en bas dans la plaine, la maison de M. Seguin avec le clos derrière. Cela la fit rire aux larmes.
« Que c’est petit! dit-elle; comment ai-je pu tenir là-dedans? »
Pauvrette! de se voir si haut perchée, elle se croyait au moins aussi grande que le monde.
. En somme, ce fut une bonne journée
pour la chèvre de M. Seguin. Vers le milieu du jour, en courant de droite et de gauche, elle tomba dans une troupe de chamois entrain de croquer une lambrusque, à belles dents. Notre petite coureuse en robe blanche fit sensation.
On lui donna la meilleure place à la lambrusque, et tous ces messieurs furent trées-galants..... Il paraît même, — ceci doit rester entre nous, Gringoire, — qu'un jeune chamois à pelage noir eut la bonne fortune de plaire à Blanquette.
Les deux amoureux s'égarèrent parmi les bois une heure ou deux, et si tu veux savoir ce qu'ils se dirent, va le demander aux sources bavardes qui courent invisibles dans la mousse.
Tout à coup le vent fratchit. La montagne devint violette; c'était le soir.
« Déjà! » dit la petite chèvre; et elle s'arrêta fort étonnée.
En bas, les champs étaient noyés de brume, Le clos de M. Seguin disparais-
sait dans le brouillard, et de la maisonnette on ne voyait que le toit avec un peu de fumée; elle écouta les clochettes d’un troupeau qu'on ramenait, et se sentit l'âme toute triste... Un gerfaut qui rentrait la frôla de ses ailes en passant. Elle tressaillit... Puis ce fut un long hurlement dans la montagne :
« Hou! hou! »
Elle pensa au loup ; de tout le jour la folle n’y avait pas pensé. Au même moment, une trompe sonna bien loin dans la vallée. C'était ce bon M. Seguin qui tentdit un dernier effort.
« Hou! hou !... » faisait le loup.
« Reviens ! reviens !... » criait la trompe.
Blanquette eut envie de rentrer; mais, en se rappelant le pieu, la corde, la haie du clos, elle pensa que maintenant elle ne pourrait plus se faire à cette vie, et qu'il valait mieux rester.
La trompe ne sonnait plus...
La chèvre entendit derrière elle un
bruit de feuilles. Elle se retourna et vit dans l'ombre deux oreilles courtes toutes droites, avec deux yeux qui reluisaient.,.
C'était le loup.
Enorme, immobile, assis sur son train de derrière, il était là, regardant la petite chèvre blanche et la dégustant par avance. Comme il savait bien qu'il la mangerait, le loup ne se pressait pas; seulement, quand elle se retourna, il se mit à rire méchamment : « Ha! ha! la
petite chèvre de M. Seguin! »et il passa:
sa grosse langue rouge sur ses babines d'amadou.
Blanquette se sentit perdue. Un moment, en se rappelant l'histoire de la vieille Renaude, qui s'était battue toute la nuit pour être mangée le matin, elle se dit qu'il vaudrait peut-être mieux se laisser manger tout de suite; puis, s’étant ravisée, elle tomba en garde, la téte basse et la corne en avant, comme
une brave chèvre de M. Seguin qu'elle \
était. Non pas qu'elle eût l'espoir de tuer le loup, — les chèvres ne tuent pas le loup, — mais seulement pour voir si elle pourrait tenir aussi longtemps que la Renaude. |
Alors le monstre s’avanca, et les petites cornes entrèrent en danse.
Ah! la brave chevrette , comme elle y allait de bon cœur! Plus de dix fois, je ne mens pas, Gringoire, elle forca le loup à reculer pour reprendre haleine.
Pendant ces tréves d’une minute, la gourmande cueillait en hâte encore un brin de sa chère herbe, puis elle retournait au combat, la bouche pleine. Cela dura toute la nuit. De temps en temps la chèvre de M. Seguin regardait les étoiles danser dans le ciel clair, et elle se disait : « Oh! pourvu que je tienne jusqu'à l’aube! »
L'une après l’autre, les étoiles s'éteignirent. Blanquette redoubla de coups de corne, le loup de coups de dents...
Une lueur pâle parut dans l'horizon.
Le chant d’un coq enroué monta d’une métairie. « Enfin! » dit la pauvre bête, qui n’attendait plus que le jour pour mourir; etelle s’allongea par terre dans sa belle fourrure blanche toute tachée de sang.
Alors le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea.
Adieu, Gringoire.
L'histoire que tu as entendue n'est pas un conte de mon invention. Si jamais tu viens en Provence, nos ménagers te parleront souvent de « fa cabro de moussu Seguin, que se battégué touto la niue emé lou loup, et piei lou matin lou loup la mangé *. »
Tu m’entends bien, Gringoire ?
« E piei lou matin lou loup la mangé. »
* La chèvre de M. Séguin, qui se battit toute la nuit avec le loup, et puis le matin le Joup l'a mangée.
J’ai passé mon enfance dans une grande ville de province coupée en deux par une rivière très-encombrée, tresremuante, où j'ai pris de bonne heure le goût des voyages et la passion de la vie sur l'eau. Il y a surtout un coin de quai, pres d'une certaine passerelle Saint-Vincent, auquel je ne pense jamais, même aujourd'hui, sans émotion.
Je revois l’écriteau cloué au bout d’une vergue : Cornet, bateaux de louage, le petit escalier qui s’enfoncait dans l’eau, tout glissant et noirci de mouillure, la flottille de petits canots fraichement peints de couleurs vives, s’alignant au
bas de l'échelle, se balancant doucement bodr à bord, comme allégés parles jolis noms qu ils portaient à leur arrière en lettres blanches : l’Oiseau-Mouche. l'Hirondelle.
Puis, parmi les longs avirons reluisants de céruse qui étaient en train de sécher contre le talus. le père Cornet sen allant avec son seau à peinture, ses grands pinceaux, sa figure tannée, crevassée, ridée de mille petites fossettes comme Ia rivière un soir de vent frais...
Oh! ce père Cornet! C’a été le satan de mon enfance, ma passion douloureuse, mon péché, mon remords. M’en a-t-il fait commettre des crimes avec ses canots! Je manquais l'école, je vendais mes livres. Qu'est-ce que je n'aurais pas vendu pour une après-midi de canotage!
Tous mes cahiers de classe au fond du bateau, la veste à bas, le chapeau en arrière, et dans les cheveux le bon coup d'éventail de la brise d'eau, je tirais ferme sur mes rames, en froncant les sour-
‘cils pour bien‘ me’ donner la tourriure d’un vieux loup de mer. Tant que j'étais en ville, je tenais le milieu de la rivière, à égale distance des deux rives, où le vieux loup de mer aurait pu être reconnu. Quel triomphe de me méler à ce grand mouvement de barques, de radeaux, de trains de bois, de mouches à vapeur qui se cétoyaient, s'évitaient, séparés seulement par un@mince liséré d’écume! ll y avait de lourds bateaux qui tournaient pour prendre le courant, et cela en déplacait une foule d’autres.
Tout à coup les roues d'un vapeur battaient l’eau près de moi; ou bien une ombre lourde m'arrivait dessus, c'était l'avant d'un bateau de pommes.
« Gare donc, moucheron! » me criait une: voix enrouée; et je suais, je me débattais, empétré dans le va-et-vient de cette vie du fleuve que la vie de la rue traversait incessamment par tous ces ponts, toutes ces passerelles qui mettaient des reflets d’omnibus sous la
coupe des avirons. Et le courant si dur à la pointe des arches, et les remous, les tourbillans, le fameux trou de la Mort-qui-trompe ! Pensez que ce n'était pas una petite affaire de se guider ladedans avec des bras de douse ans et personne pour tenir la barre.
Quelquefois j'avais la chance de rencontrer la chaine. Vite je m'accrochais tout au bout de ces longs trains de bateaux qu'elle remorquait, et, les rames immobiles, étendues comme des ailes qui planent, je me laissais aller à cette vitesse silencieuse qui coupait la rivière en longs rubans d’écume et faisait filer des deux côtés les arbres, les maisons du quai. Devant moi, loin, bien loin, j'entendais le battement monotone de l'hélice, un chien qui aboyait sur un des bateaux de la remorque où montait d'une cheminée basse un petit filet de fumée; et tout cela me donnait l'illusion d'un grand voyage, de la vraie vie de bord:
Matheureusement ces rencontres de la chaine étaient rares. Le plus souvent il fallait ramer, et ramer aux heures de soleil. Oh ! les pleins midis tombant d'aplomb sur la rivière, il me semble qu'ils me brülent encore. Tout flambait, tout miroitait. Dans cette atmosphere aveuglante et sonore qui flotte au-dessus des vagues et vibre à tous les mouvements, les courts plongeons de mes rames, les cordes des haleurs soulevées de leau.toutes ruisselantes faisaient passer des lumières vives d'argent poli. Et je ramais en fermant les.yeux. Par moment, à la vigueur de mes efforts, à l'élan de l'eau sous ma barque, je me figurais que j'allais très-vite ; mais, en relevant la tête, je voyais toujours le même arbre, le même mur en face de moi sur la rive.
Enfin, à force de fatigues, tout moite et rouge de chaleur, je parvenais à sortir de la ville. Le vacarme des bains froids, des bateaux de blanchisseuses,
des pontons d'embarquement diminuait.
Les ponts s'espacaient sur la rive élargie. Quelques jardins de faubourg, une cheminée d'usine, s'y reflétaient de loin en loin. A horizon tremblaient des îles vertes. Alors, n'en pouvant plus, je venais me ranger contre la rive, au milieu des roseaux tout bourdonnants; et là, abasourdi par le soleil, ‘la fatigue, cette chaleur lourde qui montait de l’eau étoilée de larges fleurs jaunes, le vieux loup de mer se mettait à saigner du nez pendant des heures. Jamais mes voyages n'avaient un autre dénouement. Mais que voulez-vous ? Je trouvais cela délicieux.
Le terrible, par exemple, c'était le retour, la rentrée. J'avais beau revenir à toutes rames, j’arrivais toujours trop tard, longtemps après la sortie des classes. L’impression du jour qui tombe, les premiers becs de gaz dans le brouillard, la retraite, tout augmentait mes transes, mon remords. Les gens qui
passaient, rentrant chez eux bien tranquilles, me faisaient envie ; et je courais la tête lourde, pleine de soleil et d’eau, avec des ronflements de coquillages au fond des oreilles, et déja sur la figure le rouge du mensonge que j'allais dire.
Car il en fallait un chaque fois pour faire tête à ce terrible « d’où viens-tu? »
qui m’attendait en travers de la porte.
C'est cet interrogatoire de l’arrivée qui m'épouvantait le plus. Je devais répondre là, sur le palier, au pied levé, avoir toujours une histoire prête, quelque chose à dire, et de si étonnant, de si renversant, que la surprise coupât court à toutes les questions. Cela me donnait le temps d'entrer, de reprendre haleine; et, pour en arriver là, rien ne me coùûtait. J’inventais des sinistres, des révolutions, des choses terribles, tout un côté de la ville qui brülait, le pont du chemin de fer s’écroulant dans la rivière.
Mais ce que je trouvai encore de plus fort, le voici :
Ce soir-la, j'arrivai très en retard. Ma mère, qui m’attendait depuis une grande heure, guettait, debout, en haut de l'escalier.
« D'où viens-tu? » me cria-t-elle.
Dites-moi ce qu'il peut tenir de diableries dans une tête d'enfant. Je-n’avais rien trouvé, rien préparé. J'étais venu trop vite... Tout à coup il me passa une idée folle. Je savais la chére femme très-pieuse, catholique enragée comme une Romaine, et jelui répondis dans tout l'essoufflement d'une grande émotion :
« O maman... Si vous saviez!...
— Quoi donc?... Qu'est-ce qu’il y a encore ?
— Le pape est mort.
— Le pape est mort!... » fit la pauvre mere, et elle s’appuya toute pâle contre la muraille. Je passai vite dans ma chambre, un peu effrayé de mon succès et de l’énormité du mensonge; pourtant j’eus le courage de le soutenir jusqu'au bout. Je me souviens d’une
soirée funèbre et douce ; le père trèsgrave, la mère atterrée. On causait bas autour de la table. Moi, je baissais les yeux; mais mon escapade s'était si bien perdue dans la désolation générale que personne n’y pensait plus.
Chacun citait à l’envi quelque trait de vertu de ce’pauvre Pie IX; puis, peu à peu, la conversation s’égarait à travers l'histoire des papes. Tante Rose parla de Pie VII, qu'elle se souvenait trésbien d’avoir vu passer dans le Midi, au fond d’une chaise de poste, entre des gendarmes. On rappela lafameuse scène avec l’empereur : Comediante!... trayediante!... C'était bien la centième fois que je l’entendais raconter, cette terri ble scéne, toujours avec les méme:
intonations, les mémes gestes, tee stéréatypé des traditions de famille qu’on se legtie et qui restent là, püériles et locales, comme des histoires de couvent.
C'est égal, jamais elle ne m'avait paru si intéressante.
Je l’écoutais avec des soupirs hypocrites, des questions, un air de faux intérêt, et tout le temps je me disais :
« Demain matin, en apprenant que le pape n’est pas mort, ils seront si contents que personne n'aura le courage de me gronder. »
Tout en pensant à cela, mes yeux se fermaient malgré moi, et j'avais des visions de petits bateaux peints en bleu, avec des coins de Saône alourdis par la chaleur, et de grandes pattes d'argyronétes courant dans tous les sens et rayant l’eau vitreuse, comme des pointes de diamant.
La puit de mon arrivée dans cette ferme d'Algérie, je ne pus pas dormir.
Le pays nouveau, l'agitation du voyage, les aboiements des chacals, puis une chaleur énervante, oppressante, un étouffement complet, comme si les mailles de la moustiquaire n'avaient pas laissé passer un: souffle d'air... Quand j'ouvris ma fenêtre, au petit jour, une brume d'été, lourde, lentement remuée, frangée aux bords de noir et de rose flottait dans l'air, comme un nuage de poudre sur un champ de bataille. Pas une feuille ne bougeait, et dans ces beaux jardins que j'avais sous les yeux,
les vignes -espacées sur les pentes au grand soleil qui fait les vins sucrés, les fruits d'Europe abrités dans un coin d'ombre, les petits orangers, les mandariniers en longues files microscopiques, tout gardait le mème aspect morne, cette immobilité des feuilles attendant l’orage. Les bananiers eux-mêmes, ces grands roseaux vert tendre, toujours agités par quelque souffle qui emméle leur fine chevelure si légère, se dressaient silencieux et droits, en panaches réguliers.
Je restai un moment à regarder cette plantation merveilleuse où tous les arbres du monde se trouvaient réunis, donnant chacun dans leur saison, leurs fleurs et leurs fruits dépaysés. Entre les champs de blé et les massifs de chénes-liéges,un cours d’eau luisait, rafraichissant à voir par cette matinée étouffante ; et, tout en admirant le luxe et l’ordre de ces choses, cette belle ferme avec ses arcades mauresques, ses terrasses toutes blan-
ches d'aube, les écuries et Jes hangars groupés autour, je songeais qu'il y a vingt ans, quandces braves gens étaient venus s'installer dans ce vallon du Sahel, ils n'avaient trouvé qu'une méchante baraque de cantonnier, une terre inculte hérissée de palmiers-nains et de lentisques. Tout à créer, tout à construire. À chaque instant des révoltes d’Arabes. I] fallait laisser la charrue pour faire le coup de feu. Ensuite les maladies, les ophthalmies, les fièvres, les récoltes manquées, les tâtonnements de l'inexpérience, la lutte avec une administration bornée, toujours flottante. Que d’efforts! Que de fatigues!
Quelle surveillance incessante!
Encore maintenant, malgré les mauvais temps finis et la fortune si chérement gagnée, tous deux, l’homme et la femme, étaient les premiers levés à la ferme. A cette heure matinale je les entendais aller et venir dans les grandes cuisines du rez-de-chaussée, surveil-
lant le café des travailleurs. Bientôt une cloche sonna, et au bout d'un moment les ouvriers défilèrent sur la route. Des vignerons de Bourgogne, des laboureurs kabyles en guenilles, coiffés d'une chechia rouge ; des terrassiers mahonais, les jambes nues, des Maltais, des Lucquois, tout un peuple disparate, difficile à conduire. A chacun d'eux le fermier, debout devant la porte, distribuait sa tâche de la journée d'une voix brève, un peu rude. Quand il eut fini, le brave homme leva la tête, scruta le ciel d’un air inquiet; puis m'apercevant à la fenêtre :
— Mauvais temps pour la culture, me dit-il... voilà le sirocco.
En effet, à mesure que le soleil se levait, des bouffées d’air, brülantes, suf focantes, nous arrivaient du sud comme de la porte d'un four ouverte et refermée, On ne savait où se mettre, que devenir. Toute la matinée se passa ainsi.
Nous primes du café sur les nattes de
la galerie, sans avoir le courage de parler ni de bouger. Les chiens allongés, cherchant la fraicheur des dalles, s’étendaient dans des poses accablées.
Le déjeuner nous remit un peu, un déjeuner plantureux et singulier où il y avait des carpes, des truites, du sanglier, du hérisson, le beurre de Staouili, ‘les vins de Crescia, des goyaves, des bananes, tout un dépaysement de mets qui ressemblait bien àla nature si complexe dont nous étions entourés... On allait se lever de table. Tout à coup, à la porte-fenétre fermée pour nous garantir de la chaleur du jardin en fournaise, de grands cris retentirent : « Les sauterelles !
Mon hôte devint tout pâle comme un homme à qui on annonce un désastre, et nous sortimes précipitamment. Pen dant dix minutes, ce fut dans l’habitation, si calme tout à l'heure, un bruit de pas précipités, de voix indistinctes,
| perdues dans l'agitation d’un réveil. De
l'ombre des vestibules où ils s'étaient endormis, les serviteurs s’élancèrent dehors en faisant résonner avec des bâtons, des fourches, des fléaux, tous les ustensiles de métal qui leur tombaient sous la main, des chaudrons de cuivre, des bassines, des casseroles. Les bergers soufflaient dans leurs trompes de pâturage. D'autres avaient des conques marines, des cors de chasse. Cela faisait un vacarme effrayant, discordant, que dominaient d'une note suraiguë les « You! you! you! » des femmes arabes accourues d’un douar voisin. Souvent, parait-il, il suffit d'un grand bruit, d'un frémissement sonore de l'air, pour éloigner les sauterelles, les empécher de descendre.
Mais où étaient-elles donc, ces terribles bêtes ? Dans le ciel vibrant de chaleur, je ne voyais rien qu'un nuage venant à l'horizon, cuivré, compacte comme un nuage de grêle, avec le bruit d'un vent d'orage dans les mille rameaux
d'une forêt. C’étaient les sauterelles.
Soutenues entre elles par leurs ailes sèches étendues, elles volaient en masse, et malgré nos cris, nos efforts, le nuage s’avançcait toujours, projetant dans la plaine une ombre immense. Bientôt à arriva au dessus de nos têtes; sur les bords on vit pendant une seconde un effrangement, une déchirure. Comme les premiers grains d'une giboulée,quelquesunes se détacherent, distinctes, roussatres, ensuite toute la nuée creva, et cette grêle d’insectes tomba drue et bruyante. A perte de vue les champs étaient couverts de criquets, de criquets énormes, gros comme le doigt.
Alors le massacre commenca. Hideux murmure d'écrasement,de paille broyée.
Avec les herses, les pioches, les charrues, on remuait ce sol mouvant; et plus on en tuait, plus il y en avait. Elles grouillaient par couches, leurs hautes pattes enchevétrées; celles du dessus faisant des bonds de détresse,
sautant au nez des chevaux attelés pour cet étrange labour. Les chiens de la ferme, ceux du douar, lancés à travers champs, se ruaient sur elles, les broyaient avec fureur. À ce moment, deux compagnies de turcos, clairons en tête, arrivèrent au secours des malheureux colons, et la tuerie changea d’as-
pect.
Au Hew d’éeraser les sauterelles, les soldats les flambaient en répandant de longues tracées de poudre.
Fatigué de tuer, écœuré par l’odeur infecte, je rentrai. A l'intérieur de la ferme, il y en avait presque autant que dehors. Elles étaient entrées par les ouvertures des portes, des fenétres, la baie des cheminées. Au bord des boiseries, dans les rideaux déjà tout mangés, elles se trainaient, tombaient, volaient, grimpaient aux murs blancs avec une ombre gigantesque qui doublait leur laideur. Et toujours cette odeur épouvantable. A diner, il fallut se passer
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d’eau. Les citernes, les bassins, les puits, les viviers, tout était infecté. Le soir dans ma chambre, où l'on en avait pourtant tué des quantités, j’entendis encore des grouillements sous les meubles, et ce craquement d'élytres semblable au pétillement des gousses qui éclatent à la grande chaleur. Cette nuit-là non plus je ne pus pas dormir. D'ailleurs autour de la ferme tout restait éveillé. Des flammes couraient au ras du sok d’un bout à l'autre de la plaine.
Les turcos en tuaient toujours.
Le lendemain, quand j’ouvris ma fenétre comme la veille, les sauterelles étaient parties; mais quelle ruine elles avaient laissée derrière elles! Plus une fleur, plus un brin d'herbe : tout était noir, rongé, calciné. Les bananiers, les abricotiers, les péchers, les mandariniers, se reconnaissaient seulement à l'allure de leurs branches dépouillées, sans le charme, le flottant de la feuille qui est la vie de l'arbre, On nettoyait
les pièces d'eau, les citernes. Partout des laboureurs creusaient la terre pour tuer les œufs laissés par les insectes.
Chaque motte était retournée, brisée soigneusement. Et le cœur se serrait de voir les mille racines blanches, pleines ‘de séve, qui apparaissaient dans ces écroulements de terre fertile.