‹ Contes d'automne [par] ChampfleuryChapitre 26 sur 51 · MADAME LA SORCIÈRE · texte numérisé non relu

MADAME LA SORCIÈRE

Vieirot avait connu dans son enfance une sorcière; mais, quoiqu'elle lui témoignât de Tintérêt, il ne pouvait se résoudre à la fréquenter, à cause de son mobilier bizarre.

Cependant, se trouvant dans une suprême affliction, il alla au caiTefour de la forêt, fit les conjurations connues et arriva dans le sombre cabinet de la sorcière.

A son entrée, les yeux des chats noirs lancèrent de rouges flammes; le serviteur fidèle descendit dans les entrailles de la terre où se trouve le grand livre sur le(|uel sont inscrites toutes les bdiines et mauvaises actions des mortels.

Le résultat de la cabale fut que Pierrot avait tout à craindre de la reine des Carottes; cependant il se débarrasserait de ses Sortilèges en lui arrachant un cheveu.

Pierrot remonta fort triste sur son manche à balai, en pensant à

la difficulté de Pentreprise.

SEPTIÈME TABLEAU ou l'on tire beaucoup de carottes

Les absents ont tort. Pendant le voyage de Pierrot chez la sorcière, Polichinelle s'était insinué de nouveau dans les bonnes grâces de Cassandre. Li noce était conclue; les cloches carillonnaient à toute volée lorsque Pierrot revint.

Jamais on ne vit homme mieux habillé que Polichinelle. Il avait tiré une carotte au tailleur, une autre au chapelier, une au giletier, une au chemisier.

Et tous ces braves fournisseurs s'étaient laissé prendre à ce vieux moyen.

Aussi Pien'Ot fut fort étonné de retrouver Polichinelle sous ce brillant costume; et le soupçon entra dans son cœur.

— Pourquoi ce bouquet? se dit Pierrot. Pourquoi cette écharpe? Pourquoi cet énorme plumet? Jamais PoUchinelle ne fut aussi coquet; il y a quelque chose de louche.

Polichinelle jura en tremblant à son rival (|ue l'amour des beaux

!20i CONTES D'AUTOMNE.

effets s'était tout à coup eiiiparé de lui. Et il s'enfuit, ne désirant pas

continuer plus longtemps la conversation.

La reine des Carottes ne jugea pas à propos de continuer les mensonges de son protégé ; elle sortit d'un arbre et annonça crûment à Pierrot le mariage de Colombine et de Polichinelle.

Pierrot se mit sottement à pleurer. Ame faible I

Colombine n'acceptait pas avec plaisir l'union voulue par Cassaudre ; de loin elle reconnut Pierrot. Elle accourut. Quelle joie! Depuis longtemps les deux amants ne s'étaient rencontrés.

— Je veux tuer Polichinelle, dit Pierrot. Il faut qu'il se batte avec moi.

A peine avait-il prononcé ces mots, que le pauvre amoureux sent un changement dans sa personne, dans son costume. Polichinelle a changé son rival en salsifis.

UllTIÈME TABLEAU

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