‹ Contes d'automne [par] ChampfleuryChapitre 40 sur 51 · LES PROPOS AMOUREUX · texte numérisé non relu

LES PROPOS AMOUREUX

Il en est beaucoup qui sourient, même qui se moquent du jeune homme amoureux, ^t de ses adorations cent fois répétées, et de son bavardage touchant les qualités de celle qu'il aime. Ce sont des indifférents ou des sceptiques. Est-il rien au contraire de plus intéressant que d'écouter cet éternel jeune homme qui, depuis le commencement du monde, chante la même litanie d'amour avec des variations toujours neuves? Il me semble que j'entends ces tendres symphonies de Mozart où le thème est composé d'une simple mélodie tout à fait courte. Mais Mozart reprend sa mélodie, il la renverse, il la retourne; de mélancolique, il la rend gaie; elle était simple comme bonjour, elle devient spirituelle comme Figaro ; c'était tout à l'heure la douce lueur d'une lampe, la voilà changée en feu d'artifice ; de l'état tendre elle passe

à Tétat passionné, du calme à la tourmente. C'est toujours la même phrase, malgré ses travestissements, et on ne se lasserait pas de Tentendre, si Mozart ne s'en lassait le premier.

L'amour ressemble beaucoup à ces thèmes favoris de Mozart; il est simple, et il sera toujours neuf, car chaque liomme et chaque femme y apportent des variations perpétuelles qui font que les poètes, les romanciers et les dramaturges seront toujours au delà des créations les plus étranges en mettant en scène l'amour sincère, qu'il palpite dans les jeunes cœurs de Roméo et Juliette, dans les forêts vierges de l'Inde chez Vasantasena, ou qu'il déchire le cœur du Misanthrope en égouttant de l'absinthe dans chaque plaie.

Les moralistes, les physiologistes, les faiseurs de pensées et de maximes n'apprennent pas grand'chose sur l'amour; le Fait est bien autrement instructif et significatif; aussi le roman, qui vit plutôt de faits que d'observations physiologiques, semble-t-il avoir été inventé pour expliquer l'amour, le rendre palpable, l'agrandir et le développer. Une femme distinguée me disait : « Qu'importe que quel- (jues individus se soient brûlé la cervelle en se laissant prendre à la conclusion de Werther? Quiinà on a créé les (heniinsdefer. il y a eu beaucoup d'accidents, les chemins (le fer n'en sont-ils pas moins un progrès immense ; Werther a été un progrès. »

Voilà pourquoi j'aime à écouter un jeune homme ou une jeune femme me faire leur confidence, je suis sûr d'avance de lire un beau livre, et je comprends les vieillards qui aiment à entendre la jeunesse parler d'amour ; c'est un rayon de soleil de printemps qui vient réchauffer leurs vieux cœurs fatigués.

Ce que j'ai à raconter ne rentre ni dans le roman, ni dans la nouvelle, ni dans le conte ; ce sont de simples récits que j'ai entendus de côté et d'autre, que je peux me permettre d'imprimer sans indiscrétion, car le narrateur l'a dû

dire avant ou après moi à cinquante personnes. Les amoureux sont si bavards !

Henry B... m'accrocha un jour dans la rue : « Je sors de chez le docteur Soulacroix, me dit-il, quel homme ! Il m'a rendu triste pour au moins huit jours. Je vous déteste, vous autres réalistes, qui n'étudiez que les misères de la vie et qui prenez plaisir à étaler les guenil'es de l'humanité. Ce docteur Soulacroix est encore un réaliste, et de la pire espèce. Le connais-tu? — Non, lui dis-je. — Eh bien, en deux mots, c'est un homme de cinquante ans qui ne voit que le mal dans la société et qui, s'appuyant sur cette doctrine, arrive presque toujours à pronostiquer juste. — Alors, dis-je à Henri, si cet homme te chagrine, il ne faut pas le voir. — J'avais besoin de lui, et il m'a dit ce que je voulais savoir. — Ce n'est donc pas un être inutile, puisqu'il t'a rendu service. — Aujourd'hui, je suis content de l'avoir vu, quoiqu'il m'ait rendu triste; mais il n'en est pas moins cause de tout ce qui est arrivé. Écoute bien mon histoire, et tu verras si le docteur Soulacroix a eu raison : Je demeurais dans une maison bourgeoise qui se composait d'un mari, d'une femme et d'un enfant. Le mari avait trente-six ans, la femme vingt-huit et l'enfant six. Ils étaient mariés depuis huit ans et vivaient moitié tranquillement, moitié ennuyeusement, sans grande affection de part ni d'autre, mais sans ces combats intérieurs de ménage qui sont pires que des coups. Il y avait deux ans que mon père m'avait mis en pension dans cette maison, espérant que je ferais plus tranquillement mes études de médecine, vivant presque en famille. Il n'avait pas consenti à me laisser seul dans le quartier Latin, où les jeunes gens ont trop de liberté et trop d'occasions de débauches. Gomme j'aime beaucoup mon père, j'obéis; d'ailleurs, la vie des étudiants

'li'a pas grand charme pour moi. Je veux devenir un médein sérieux. Si je croyais n'étudier que pour donner des

■TBonsultations en province, m'enlerrer loin de Paris avec [uelques observations d'hôpitaux, j'abandonnerais immédiatement la médecine; mais tout est à découvrir, j'ai des . découvertes plein mon cerveau, je le sens, je n'ose le dire

Wcore, parce que mes amis en riraient. Crois-le, tu verras si je ne deviens pas un jour un médecin illustre! J'ai eu le bonheur d'étudier en province sous un vieillard intelligent, chirurgien d'un hôpital, et qui m'aimait beaucoup. « Mon ami, me disait-il, souvenez-vous que nous ne savons rien à l'heure qu'il est, mais nos fils peuvent savoir beaucoup. Si jamais vous allez à Paris, ne perdez pas une minute, étudiez jour et nuit; suivez tous les cours, ne manquez pas de les résumer aussitôt d'après vos notes; allez à l'hôpital et disséquez le plus que vous pourrez. »

« Heureusement pour moi, j'avais jeté mon feu en province. Il y a des grisettes partout, et je les connaissais aussi bien que si j'avais fait dix ans d'études à la Chaumière. C'est bien ce qui inquiétait mon père, qui ne voulut me laisser étudier à Paris qu'à la condition que je demeurerais chez une de ses connaissances, le mari dont je t'ai parlé. Quand au bout de trois mois j'eus reconnu que les estaminets de Paris ne différaient guère de ceux de la province, peut-être y buvait-on plus de bière î quand j'eus remarqué que les femmes des bals publics étaient moins fraîches qu'en province, et que la seule différence venait de ce qu'on les appelait madame au lieu de mademoiselle, je me remis au travail avec acharnement; et ce qui m'a poussé le plus dans les études sérieuses a été principalement votre connaissance. En y réfléchissant, je me dis: ((Voilà des jeunes gens poètes, peintres, musiciens, qui ne se contentent pas de comprendre ce qui a été fait avant eux, ils veulent faire autre chose, w Cet orgueil n'existe pas assez parmi les étudiants en médecine:

ils se contentent d'être de bons interprètes de la science connue, mais ils ne cherchent pas. Gela vient sans doute de la méthode d'enseigner de l'Académie, qui reçoit avec enthousiasme un jeune docteur qui sait à merveille tout ce qui est contenu dans les livres des académiciens, et qui n'en demande pas davantage. Une fois qu'il a développé les principes d'une maladie décrite par monsieur son professeur, il est un savantissimus doctor; il peut la traiter de trente-six manières différentes, soit d'après le célèbre monsieur un tel, l'illustre monsieur tel autre, pourvu toutefois que ces messieurs soient de l'Académie; car hors de l'Académie, à ce que prétendent les académiciens, il n'y a pas un médecin qui vaille un flacon de laudanum. Ce que j'ai perdu de temps à reconnaître que l'Académie n'avait pas toujours raison a été immense. Il m'a fallu étudier tous leurs livres les uns après les autres, écouter les professeurs à leurs cours, les suivre dans les hôpitaux; la tradition est peutêtre plus compliquée en médecine qu'en une autre science, quoique cependant le temps approche où des esprits audacieux mettront le feu aux traditions en favorisant les études sur nature, en prouvant quel amas de sottises inutiles il y a, dans certains livres qu'on ne lira plus jamais.

a Je m'occupai un peu de tout, de magnétisme entre autres choses, que je ne voulais pas nier sur la foi de mes professeurs. Je me proposai d'étudier le système de Lavater, surtout celui de Gall, lorsque la personne chez qui je demeurais me promit de me faire connaître un médecin qui avait un talent surprenant de physionomiste. Ce médecin était venu une seule fois chez mon hôte, à une soirée, et avait dit des choses surprenantes à quelques personnes qui lui avaient fait tâter leurs bosses. Il ne faisait cela du reste que par distraction, y apportant beaucoup de réserve et atténuant le plus qu'il pouvait la crudité de ses observations. J'allai donc avec mon ami chez le docteur Soulacroix, qui me reçut on

ne peut plus polimenl. ^ Monsieur sera un bon médecin, me dit-il peu après mon arrivée. Beaucoup d'observation, du jugement, mais trop de nerfs. » Je regardai l'ami qui m'avait introduit comme pour lui demander si on avait prévenu le docteur Soulacroix de mon arrivée. De son côté, mon ami paraissait surpris. Un certain silence régna entre nous trois. « Pardon, monsieur, dis-je au docteur, est-ce qu'on vous avait dit que j'étudiais la médecine? — Du tout, me dit-il; mais chaque profession a son masque, auquel bien peu peuvent échapper. Vous êtes jeune, vous avez le masque du médecin, donc vous serez bon médecin. La curiosité qu'inspire le cadavre longuement étudié ne ressemble pas à la curiosité qu'excite une danseuse ou un joueur de flûte, et je remarque dans vos yeux le calme et l'attention froide que demande le cadavre ; vous serez un jour un bon médecin, monsieur. » Là-dessus nous causâmes médecine, et je trouvai que le docteur Soulacroix, malgré des habitudes originales et des systèmes singuliers, avait expérimenté la science plutôt encore en théorie qu'en pratique. Je le quittai, fort enchanté d'avoir fait sa connaissance, et lui demandai la permission de venir lui rendre visite.

« — C'est un drôle de corps, me dit M. Vatinel en revenant ; je l'ai souvent engagé à venir nous voir, mais il est tellement occupé, tellement demandé partout, qu'on ne l'a que rarement. » J'étais heureux d'avoir rencontré le docteur Soulacroix pour m'initier à la science de Gall ; j'avais entrevu dans son salon une grande rangée de masques fort eu* rieux, et, avant d'étudier une science par les livres, il est bon d'en entendre parler par un homme compétent, sans les arides préliminaires qui quelquefois dégoûtent le commençant. Je retournai donc un matin chez le docteur, qui me lit les honneurs de son musée avec une parole pleine de charme ; je Tétudiai pendant qu'il parlait. Quoique trèspoli, très-doucereux, très-flatteur, il y avait un fonds de

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curiosité cruelle chez le docteur que je ne pouvais analyser. Il m'inspirait une sorte de terreur, ainsi que certains êtres mystérieux, sans que je pusse me rendre compte de cette sensation. C'était un homme très-fort, carré des épaules, âgé déjà de cinquante ans, et qui ne voulait pas devenir vieux, quoique son dos se voûtât. De temps en temps il lui échappait des colères de vingt ans qu'il tempérait aussitôt par des paroles attendries. Il parlait de la société ;ivec le plus souverain mépris, et, d'une voix pleine de sanglots, me disait : « Chère âme, tu souffriras beaucoup dans le monde ! » Il me tutoya à la seconde visite- «Bonne nature! que tu es sensible et généreux! » Je voulus me récrier. Il ^m'imposa silence. « Je ne m'étonne pas, dit-il, que madame Vatinel t'aime. »

«Je le regardai en face fixement, étonné, ne sachant si je devais éclater de rire, me demandant si la folie ne venait pas de s'emparer du docteur Soulacroix. Il abaissa ma cravate et continua, sans faire attention à ma surprise : « Un joli cou ! blanc et bien fait! Elle s'y connaît, cette madame Vatinel... Ah! les femmes !.. . elle t'aime, mon garçon. — Moi ! m'écriai-je. — Ne fais pas l'innocent, » me dit-il. Et il sonna. « Marguerite, donnez-moi à déjeuner. Chère âme, me dit-il en manière de congé, ne manque pas de revenir ; je serai toujours heureux de te voir. » Et il me reconduisit jusqu'à sa porte.

« Le docteur aurait pu me donner un coup de pied à la place d'une poignée de main, que j'aurais été incapable de m'en offenser. En une demi-heure, il m'avait plongé dans le plus grand trouble que j'aie éprouvé; ses singulières théories sur la phrénologie, sa tête à elle seule plus étrange que son musée, son tutoiement, ses manières bizarres, et surtout la révélation de l'amour de madame Vatinel pour moi, me bouleversaient à tel point, que j'entrai immédiatement dans les Tuileries pour rafraîchir mes idées dans l'en-

droit le plus désert. Il y avait deux ans que je demeurais chez l'ami de mon père, M. Valinel, et jamais je n'avais fait ;ittention à sa femme. Mes repas pris, je remontais à ma petite chambre, à un étage au-dessus, et à l'exception de trois i»u quatre soirées que je passais avec mes hôtes, de quelques théâtres où nous n'allions que les jours d'immense succès, j'étais pour ainsi dire un simple pensionnaire, n'ayant jamais causé amicalement avec madame Vatinel. C'étuit une grande personne, froide, réservée, et qui s'occupait, depuis que je la connaissais, d'élever un petit garçon un peu chétif et pâle, comme beaucoup d'enfants parisiens. « Elle m'aime, pensais-je. Et comment le docteur le sait-il Ml y a trois ans qu'il n'est venu dans la maison ; je n'y étais pas encore ; il a vu madame Vatinel une seule fois. Comment est-ce possible? » Alors j'appelai à moi mes souvenirs de deux ans, analysant si je trouvais dans la conduite de madame Vatinel le moindre signe aimable en ma faveur, et je ne trouvai rien. J'analysai trait par trait la figure de cette femme, cherchant si quelque chose de caractéristique pouvait confirmer les doctrines physiognomoniquesdu docteur Soulacroix; le seul indice que je trouvai furent des lèvres un peu charnues, mais qui étaient combattues par d'autres symptômes de froideur. <r Les hommes se plaignent perpétuellement de la coquetterie des femmes qui sont exposées à mille flatteries par jour, et entendent toujours avec un nouveau plaisir les compliments les plus fades. Mais quel est l'homme sincère qui n'avouera pas que les mômes compliments le chatouillent aussi agréablement qu'une femme? Tout en riant de la façon brutale avec laquelle le docteur Soulacroix m'avait annoncé l'amour de madame Vatinel, j'étais remué par cette confidence. Je n'avais pas aimé jusque-là; de dix-huit à vingt-trois ans je ne connus de famour que l'échange de deux fantaisies; pendant deux ans, le travail m'avait envahi complètement, et je ne pensais ni à la femme ni aux fem-

mes. Je ne me rappelle plus aujourd'hui les milliers de raisonnements qui se combattaient dans mon cerveau pendant que je marchais à grands pas sous les arbres; tout ce que je sais, c'est que le docteur avait jeté dans moi un hameçon dont les deux pointes étaient entrées si profondément qu'on n'aurait pu les retirer qu'en me causant une sensation douloureuse.

« — Ah ! monsieur Henry, vous êtes en retard, » me dit madame Vatinel qui me fit apercevoir que mes pensées avaient prolongé ma promenade d'une demi-heure. Quelle chose bizarre! je crus entendre sa voix pour la première fois de ma vie; elle était douce et bien posée, et je n'avais pas remarqué son timbre depuis deux ans que j'étais dans la maison. Pendant que le mari découpait à table, je regardai longuement sa femme, cherchant dans ses traits un rapport avec ce que m'avait dit le docteur. Madame Vatinel était occupée à faire manger son fils, et ne paraissait pas me remarquer. Le docteur est fou, pensais-je, ou il a voulu se moquer de moi. Quelque temps après, ma serviette tomba à terre, en la ramassant je touchai, sans le vouloir, le pied de madame Vatinel, et je retirai ma main, il me sembla qu'elle brûlait. En m'asseyantje vis .une rougeur subite gagner tout le visage de la femme de mon hôte. Elle toussa pour se donner une contenance. « Qu'est-ce que tu as ? dit le mari. — J'étrangle, dit-elle. — Il faut manger une petite croûte de pain, » dit M. Vatinel.

« Ce moyen bourgeois ne fit que redoubler la rougeur de la maîtresse de la maison, et elle parla à son fils pour cacher son trouble. « Monsieur Henry, me dit-elle, il y a bien longtemps que nous ne sommes allés au spectacle, » Le mari répondit, suivant son habitude, d'un ton que je cherchai à trouver grognon, qu'il n'y avait pas de spectacle intéressant, qu'il faisait froid au dehors, qu'il était trop tard, que nous serions^ mal placés ; toutes les raisons d'un mari qui

ne veut pas mener sa femme au spectacle. Je vis M. Vatinel sous un jour nouveau, tant il est vrai que l'idée fixe s'emparant de nous change les objets de forme. Je trouvai le mari ridicule, mal complaisant, égoïste, et même tyran domestique ; en môme temps que je me dessinai dans l'esprit une vision ridicule, la femme se changeait en un doux fantôme aux formes attrayantes. D'un coté étaient toutes les beautés; de l'autre, toutes les laideurs de la vie : la femme et le mari. J'étais sous le joug des paroles du docteur Soulacroix qui tin^iient dans ma tête comme si j'avais porté deux petites cloches en guise de boucles d'oreilles. Et cependant je me disais : « Faut-il être jeune pour se laisser prendre à quelques mots d'un vieillard maniaque!

Je mis beaucoup d'adresse à réfuter l'opinion du mari touchant le froid, l'heure avancée et les mauvaises pièces qu'on jouait alors, et madame Yatinel parut me savoir gré de ma conduite, car elle me récompensa par un doux sourire que je regardai comme plein de tendresse. Nous allâmes à l'Opéra ; j'étais sur le devant de la loge avec madame Yatinel, le mari ayant jugé à propos de s'installer dans le fond de la loge pour pouvoir faire un petit somme tranquille vers le troisième acte de la pièce. Ce qu'on jouait, je n'en sais trop rien, la musique, que je ne sens pas d'ordinaire vivement, me pénétra et m'emporta dans des nuages roses et tranquilles, doux comme un paradis. A travers ces brumes gaies, j'entrevoyais le profil de madame Vatinel qui se dessinait sur le fond rouge de la loge avec une netteté un peu pâle. Entre le premier et le deuxième acte : « Venez-vous fumer un cigare? me dit le mari. — Je vous remercie, » lui dis-je. Le refus du cigare me constata un amour violent dans sa naissance, car l'habitude de fumer a pris maintenant de telles proportions, que certains fumeurs seraient malades si, après leur dîner, ils ne donnaient pas à Testomac cette espèce de travail. Le mari sortit et nous laissa

dans la loge, attribuant à ma curiosité le désir de rester pendant l'entr'acte. J'étais rempli de discours jusqu'à la gorge, cependant je ne pus dire un mot à madame Vatinel. Aussi, embarrassée la première de mon silence, elle me dit: « Vous êtes resté par politesse, monsieur Henry, il ne faudrait pas vous gêner.. — Non, madame, je suis enchanté d'être auprès de vous, f) L'entretien tomba après ces mots, et M. Vatinel se moqua de moi. « Si c'est pour ne rien dire que vous restez, Henry, il valait mieux venir fumer. »

(( Cette soirée sur laquelle je comptais n'amena rien d'extraordinaire, à l'exception d'une nuit blanche que je passai, roulant dans ma tête mille choses, mille faits, mille observations contradictoires. Madame Vatinel ne portait sur sa figure aucun signe distinctif qui prouvât son amour, et si, à ce moment de la nuit, j'eusse pu me trouver en présence du docteur Soulacroix, je crois que je l'aurais traité rudement en paroles. On ne se moque pas ainsi des jeunes gens, parce qu'on a des cheveux gris, et qu'on ne croit plus à rien. Mais si le docteur était un maniaque, pourquoi m'étais-je laissé prendre à ses paroles? N'y avait-il pas une sorte de fatuité, d'orgueil, de sot amour-propre à croire que je pouvais inspirer quelque passion à une femme tranquille jusque-là? Car j'en avais la conviction, madame Vatinel ne trompa jamais son mari; cela ressortait de sa manière d'agir, de son tempérament, de sa conduite, et de mille détails que je pus observer en deux ans. Elle sortait rarement seule, recevait peu de monde, et manifestait dans toutes choses une certaine apathie qui devait la tenir dans la fidélité conjugale.

« En étudiant quelques jours, je me résignai à faire taire en moi le commencement de fièvre que le docteur Soulacroix m'avait donné, et je reconnus que toute la vie de madame Vatinel était basée sur son enfant qu'elle aimait pardessus tout, à qui elle prodiguait d'incessantes caresses; je

me dis alors que celte femme comprenait peut-être la passion, mais qu'elle l'avait détournée et changée en sentiment maternel. Que lui importait l'égoïsmc bourgeois de son mari? Elle était payée bien assez par les innocentes caresses d'un joli enfant chétif sur lequel elle veillait comme une poule veille son poussin qui commence à sautiller.

« Il n'avait fallu cependant que quelques paroles du docteur Soulacroix pour déranger momentanément ma vie. Je ne travaillais plus comme par le passé, une femme était perpétuellement entre la science et moi. Au cours, je n'entendais pas le professeur, je le voyais gesticuler, ouvrir la bouche, mais il me semblait qu'il me parlait de madame Vatinel ; les lèvres étaient encore plus rebelles à mon intelligence (jue la parole : j'étais, pour ainsi dire, sourd et aveugle à toute autre chose qu'à la femme de mon hôte. Cette situation ne pouvait durer, et je me révoltai contre moi-même, tâchant d'appeler la volonté à mon secours: si les vacances étaient arrivées, je serais parti avec un certain chagrin, et cependant avec plaisir, car il fallait chasser par un moyen énergique l'image de madame Vatinel, qui s'était gravée dans mon esprit comme un portrait sur une plaque de daguerréotype: mais je ne pouvais retourner, à cette époque, en province, sans avoir pris mon inscription de fin d'année. Qu'aurais-je dit à mon père qui n'entendait pas raison en ces matières? Un autre moyen consistait à fuir la maison de madame Vatinel, au moins quelque temps; mais, sans oser me l'avouer, une force puissante me clouait dans cette maison, et j'attendais avec une curiosité pleine d'anxiété un dénoûment à la situation dans laquelle je me trouvais.

« J'eus l'idée de revoir le docteur Soulacroix pour l'accabler de reproches ; mais c'était lui montrer l'effet produit par ses paroles, c'était donner quelque prétexte à l'esprit malicieux du vieillard, et je résistai à la curiosité qui me poussait vers la demeure du médecin phrénologue. D'ailleurs une obser-

vation vint donner un nouveau cours à mes idées. Un soir, après dîner, j'étais resté chez mon hôte, causant au coin du feu avec lui et sa femme, je ne sais à quel propos elle lui dit : « Mon ami, » et Tembrassa sur la joue en se penchant vers lui. Les caresses publiques entre gens mariés et même entre amants m'ont toujours révolté; il y a dans ces manifestations extérieures quelque chose qui fait ressembler les gens assez peu délicats pour se les prodiguer aux animaux des rues. Je suis naturellement embarrassé de ma contenance devant des marques d'amour qui n'ont pas plus de raison de commencer que de finir ; aussi la rougeur me monta au front, et je me mis à tisonner avec acharnement un gros morceau de charbon de terre, espérant que la coloration qui me viendrait du foyer ferait oublier celle que la pudeur m'avait envoyée aux joues.

« Ce soir-là je sortis indigné contre la femme qui osait donner en public des échantillons de ses caresses, et au fond de mon indignation il entrait certainement du dépit, car les paroles du docteur Soulacroix me revinrent peu à peu à l'esprit et me montrèrent une femme qui ne voyait pas encore le mari envelopper l'homme, c'est-à-dire un être froid , ennuyé du mariage et ne pensant qu'à une certaine tranquillité de foyer. Mon amour-propre irrité me peignit la femme sous un tout autre aspect, j'allai jusqu'à la traiter mentalement de courtisane, uniquement ce motif qu'elle avait embrassé son mari devant moi. Je me crus guéri et j'eus un moment de satisfaction encore en me disant que le lendemain je retournerais à mes travaux. Effectivement, je suivis les cours comme par le passé, pouvant dès lors entendre la voix du professeur; cependant j'avais une espèce de jaunisse dans le cœur, et la vie ne me paraissait plus aussi gaie que par le passé.

(( A la fin d'un autre dîner, je fus témoin de nouvelles caresses de la part de la femme ; elle avait passé ses doigts dans

les cheveux de son mari et lui faisait de petits enfantillages amoureux. Elle ne se gênait pas de moi ; cette fois je ne rougis pas, mais j'attendis avec impatience une nouvelle caresse qui ne vint pas. Un doute était entré dans mon esprit : tout cela est faux. J'ai l'amour de la sincérité poussée un tel de^ré, que tout ce qui ne doit pas rester sur terre et qui est conservé par la main de l'homme me fait horreur. Moi qui dissèque des cadavres chaque jour et qui n'y trouve aucune répulsion, parce que je sens que j'accomplis un devoir utile, je suis effrayé quand j'entre au musée d'histoire naturelle du Jardin des Plantes. Ces animaux empaillés avec des yeux de verre toujours fixes, ces mouvements perpétuellement roides, ces poses, éternelles m'irritent, parce qu'elles sont aussi loin de la nature qu'un marquis de Marivaux Test d'un paysan. Ce n'est pas vrai, c'est de la convention, et j'ai le malheur, dans la vie, de connaître tout ce qui est de convention.

« Je n'aimerai jamais les femmes qui mettent du blanc, même le plus petit grain, parce que ce mensonge me trottera perpétuellement dans la tête. Or les caresses de madame Vatinel me semblaient des caresses feintes. Pourquoi feint-elle des caresses qu'elle ne sent pas en elle? C'est autour de cette question que se groupèrent, comme derrière un grand tambour-major, une armée de réponses, musique en tête, avec leurs généraux, leurs capitaines et leurs soldats. Elle avait donc besoin d'endormir son mari dans la tranquillité. Tout en détestant cette femme, qui ne semblait faire aucune attention à moi, je vis reparaître avec quelque défiance les paroles du docteur Soulacroix, qui pouvait bien n'être ni un prophète imposteur, ni un sarcastique personnage. Ma vie fut encore dérangée une fois, et je compris alors quelle force et quelle dépense de temps voulait une existence de don Juan.

c L'enfant tomba malade, et ça maladie prit un caractère

assez grave pour forcer madame Vatinel à passer les nuits auprès de lui : je m'offris à la remplacer, et elle accepta, à la condition seulement que je veillerais deux nuits par semaine. Le mari, je dois vous le dire, montra une certaine insouciance pendant la maladie de son fils; quant à madame Vatinel, elle fut pleine de dévouement; même quand je passais les nuits, deux ou trois fois elle apparaissait vêtue de sa robe de chambre qu'elle ne quittait pas afin d'être sur pied au premier cri. Son caractère m'apparut alors meilleur que je ne le croyais ; elle était tout angoisses pour son fils qui était d'une santé chétive et pour lequel les médecins recommandaient d'immenses ménagements pendant la vie. Je crus souvent Tenfant à la mort ! La pauvre femme pleurait comme si Ton emportait sa vie. Au bout d'un mois, la maladie s'éteignit graduellement et une heureuse convalescence chassa les craintes de la mère. Veillant toujours à la santé de l'enfant, employant ce que je savais en médecine à ce que les prescriptions fussent bien exécutées, je quittai peu madame Vatinel. J'acquis une sympathique confiance, elle me raconta sa vie depuis son mariage : elle était pauvre, et son mari l'avait épousée pour sa beauté ; mais il s'était bien vite lassé du mariage, et une douce amitié, à défaut d'amour» n'existait même pas entre les époux.

« Quoique convalescent, l'enfant avait besoin d'autant de soins que pendant sa maladie. Je continuai de temps en temps àveiller auprès de lui, mais j'étais récompensé parl'amitiéque me montrait madame Vatinel; àl'entendre, j'avais sauvé l'enfant, et elle ne saurait jamais me montrer assez de reconnaissance. Je traitai, comme vous pensez, le mari avec tout le mépris que m'inspirait sa conduite pendant la maladie de l'enfant. Enfin nous nous entendions, nous changions de conversation quand M. Vatinel entrait ; nous paraissions déjà complices.

(( Le docteur Soulacroix se trouva avoir raison. J'ai aimé

passionnément cette femme, comme on aime la première fois de sa vie, et je passai dans cette maison deux mois gros de bonheur, oubliant tous mes travaux, mon père, l'avenir, trouvant dans le charme des sens des bonheurs si doux dans le présent et si amers quand on s'y laisse entraîner. M. Vatinel entra un matin dans ma chambre, avec un certain air plus ennuyé que d'habitude : « Ma femme est enceinte, » me dit-il à brûle pourpoint. J'étais couché et je ramenai une partie de la couverture sur ma figure, tant ce début me terrassa. L'heure matinale à laquelle il était entré, sa physionomie, me firent croire que tout était découvert : « Ceci me gène beaucoup pour vous, » me dil-il. J'eus le courage de le regarder en face et de lui demander pourquoi : « C'est que, dit-il, je vais prendre dès demain une servante de plus et que j'aurai besoin de votre chambre, mon cher Henri. )> Alors je respirai. « J'ai écrit à votre père et je lui annonce la grossesse de ma femme en lui disant que je me vois obligé, à mon grand regret, de ne plus pouvoir vous loger chez nous. »

(( Je fus heureux de cette nouvelle, car il se mêlait un sentiment cruel à ma passion. Habiter sous le même toit qu'un homme qu'on trompe, lui serrer la main tous les jours, lui dire x mon cher, » sont des supplices pour les gens sincères. Les femmes ne comprennent pas grand'chose à ces délicatesses, mais je fus enchanté que M. Vatinel me donnât mon congé. Je n'eus que le temps de louer une chambre et je revins rapidement, espérant trouver madame Vatinel et lui demander en secret la manière dont je pourrais la rencontrer. « Ne me parlez pas, dit-elle, il est très-jaloux, prenez garde. » Le mari rentrait immédiatement, et il est de fait qu'il ne quitta plus sa femme d'un moment jusqu'à mon déménagement.

(( Je souffrais et j'avais des impatiences, car si je quittais îiinsi celle que j'aimais, comment faire pour la revoir? Jan-

nonçai que j'allais demeurer à l'hôtel César, sur la place de l'Ecole-de-Médecine, espérant qu'elle viendrait me retrouver; mais je passai huit jours à demander à la maîtresse d'hôtel : « Une dame est-elle venue? » toujours on me répondait non. J'allai pour rendre une visite à M. Vatinel : après deux ans de séjour intime, il m'était bien permis de ne pas abandonner d'aussi anciennes connaissances. Us étaient sortis, le lendemain encore, ainsi que le surlendemain. Je finis par rencontrer le mari et la femme; M. Vatinel était toujours le même, mais sa femme me sembla froide, et ce n'était pas la crainte de son mari qui l'empêchait de répondre par un simple coup d'œil aux angoisses qu'elle pouvait, lire dans mes yeux. J'étais décontenancé par un semblable accueil : je paraissais un simple étranger pour madame Vatinel ; le son de sa voix était froid et elle affectait de ne dire que des paroles indifférentes comme à un homme qu'on reçoit pour la première fois. C'était : « Travaillezvous beaucoup, monsieur? Ou : la médecine est une belle profession, mais je n'aimerais pas que mon fils s'y livrât. » Je sortis exaspéré, me demandant ce qui avait pu se passer dans l'esprit de la femme que j'aimais tant; jamais nous n'avions eu le moindre nuage entre nous. M. Vatinel n'était pas jaloux, cela se voyait à son air, à ses regards, à ses paroles; il m'engageait à venir souvent le voir; il s'était plaint même de ne pas m' avoir revu depuis huit jours. La froideur inexpliquée d'une femme qui vient de dire : Je faime, est capable de rendre fou. Je me perdais en raisonnements, je cherchais à me rappeler les moindres paroles de notre dernière entrevue, et rien n'apportait de clarté dans mes idées. Je rentrai chez moi dans un état pénible, creusant mon cerveau à analyser comment l'amour peut se rompre tout à coup chez la femme et lui laisser le cœur aussi vide que si Ton y avait ajusté un petit robinet et que l'amour eût coulé comme l'eau d'une fontaine. J'admettais déjà difficilement

que Tamour eût une fin, mais je voulais savoir le pourquoi du cas particulier dans lequel je jouais un si triste rôle. C'était comme ces maladies inconnues que nous voyons emporter un sujet sans que nous puissions y porter remède.

a En un mois, je souffris comme je ne souffrirai de ma vie: j'étais devenu maigre à faire pitié; les projets les plus contraires se dressaient dans mon esprit. Tantôt je voulais courir chez M. Vatinel et me présenter dans le triste état où m'avait réduit l'amour ; tantôt je formais le projet cruel d'aller chez le mari et, en présence de sa femme, de lui dire : a Je vous ai trompé, monsieur, votre femme est coupable. » Tantôt je regardais comme la plus douce faveur de m'entendre dire par elle pourquoi elle ne m'aimait plus. Le pourquoi, la raison de sa froideur, et je me serais retiré heureux, en comparaison de mes souffrances.

« M. Vatinel entra un jour chez moi au milieu de mes réflexions et s'étonna de me voir changé; je répondis que j'avais fait une maladie. » Il faut vous distraire, me dit-il, vous travaillez trop, venez donc dîner à la maison sans façon ; je suis sûr que madame Vatinel sera enchantée de vous voir... » 11 ajouta qu'elle lui parlait souvent de moi et qu'elle avait conservé beaucoup de reconnaissance pour les soins que j'avais donnés à son enfant. Ces simples mots me firent respirer à pleine poitrine ; je me sentis redevenir l'homme heureux de deux mois auparavant. C'était elle certainement qui, inquiète de ne plus me voir, envoyait son mari me chercher. En ce moment je lui pardonnai tout ce qu'elle m'avait fait souffrir, et je trouvai des raisons à sa froideur. Sa grossesse inattendue l'avait fait songera la prudence, de là son air glacial, ses manières froides pour mieux tromper son mari.

« Madame Vatinel me reçut avec beaucoup de politesses, en apparence amicales; mais ses yeux étaient toujours glacés quand elle me regardait; ces yeux-là ne renfermaient ni

souvenirs, ni promesses, ni espérances; ils étaient froids comme un miroir d'acier. Le mari était sorti, je pris la main de sa femme, et je crois qu'un cadavre eût mieux répondu à la pression désespérée, à la passion qui courait impétueuse dans chacun de mes doigts. « Eugénie! » lui dis-je avec un ton de voix que je ne saurais retrouver, tant il était plein d'angoisses et d'amour. Elle dégagea sa main et me dit : a Monsieur, oublions un moment d'erreur. »

« Cette phrase me fait froid quand je la répète, tant elle est composée de mots convenus, tant elle a été répétée, tant elle est académique et méprisable. Oublier un moment d'erreur. Âli ! je l'ai disséquée bien des fois, et je n'ai trouvé au fond que mensonge et hypocrisie, trois mensonges dans trois mots. Oublie!'! quand le souvenir s'attache à chacune de nos facultés, à chacun de nos sens. Un moment! Elle appelait un moment de bonheur deux mois pendant lesquels nous ne faisions qu'une âme. Erreur... Ah! je ne veux plus discuter ces mots qui m'irritent et qu'on ne trouve que dans le grand dictionnaire des femmes. Cependant sur le moment l'effet de cette phrase fut magique; c'était une douche glacée qui me tombait sur la tête ; ma tête retomba sur ma poitrine, écrasée sous le poids de cette fausseté, et il fallut la rentrée de M. Vatinel pour me remettre sur pied.

<( Je sortis plein de mépris pour cette femme, dont je n'avais pas encore la clef. C'est ce matin seulement que je sais tout. Ah ! le docteur Soulacroix est un savant homme; il m'a fait une cruelle opération, mais enfin il a réussi. Je lui ai tout raconté ; il a ri, il a pleuré en coupant mes récits de plaintes, de sanglots : «Pauvre enfant! » s'écria-t-il. Ne m'ai-il pas appelé géniteur ! « Ah ! docteur, c'en est trop, » luiai-je dit. Il se mit à hausser les épaules en allant du côté de la bibliothèque. « Tu ne connais pas le Gode, bonne âme; il faut connaître les cinq Godes dans la vie, les étudier, les commenter et être aussi fort que si tu allais passer un examen de

droit. Ce que la médecine ne le fera pas toujours comprendre dans la vie, tu trouveras de nouvelles lumières dans le droit. Cette femme n'avait rien quand elle a épousé son mari ; M . Vatinel, qui est défiant, ne lui a rien reconnu en dot; pense un peu, Cher ange, si le mari mourait aujourd'hui, la femme se trouverait sur le pavé. L'enfant est chétif, il peut mourir d'un jour à l'autre. Cette femme-là a un grand instinct de la physiologie. M. Vatinel a eu, dans le commencement de (m mariage, un enfant malingre, et il ne pouvait pas en avoir d'autre... La constitution du mari est déplorable; il est chétif, tu le connais mieux que moi; l'art de la sculpture nous démontre qu'un moulage, d'après une ligure déjà effacée, donne un relief éteint... Madame Vatinel t'a aimé parce que tu étais jeune... question médicale; mais, bonne âme, tu trouveras dans le Code la question légale. »

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