‹ Contes d'automne [par] ChampfleuryChapitre 9 sur 51 · DK LA MA«IE DE PARLER DE SOI-MÊME · texte numérisé non relu

DK LA MA«IE DE PARLER DE SOI-MÊME

Certes, les personnes modestes et humbles, qui préfèrent parler des autres et non d'elles-mêmes, doivent me plaindre en craignant la forte indigestion de je que je me suis préparée. Heureusement, comme toutes les épidémies s'adoucissent à mesure qu'elles reparaissent plus fréquentes^ l'épidémie du je est tellement passée dans le sang des écrivains d'aujourd'hui, qu'ils s'en trouvent à peine incommodés. Cette maladie, qui remonte à Montaigne et qui a pris une puissance considérable au dernier siècle, chacun de nous la porte en soi ; chacun écrit ses mémoires de son vivant, expose sa conduite en plein public, rend compte sans pudeur de ses sensations, de ses impressions, de ses affections, de ses passions.

J'ai voulu montrer la maladie dans toute sa force ; et ceux qui liraient ce livre avec un œil sérieux, ceux-là courraient grand risque de n'avoir pas compris la pensée de l'auteur, qui, au moins une fois dans sa vie, a voulu se donner le plaisir de railler pendant quatre cents pages. La raillerie! ai-je dit, qui peut démêler ce que la raillerie contient de sérieux et de sincérité? Là où on croira que l'auteur se moque, il ne se moque pas; là où il ne se moque pas, il se moque. Le rouage d'une montre est bien compliqué, le rouage du corps Tesl davantage, et le rouage de l'esprit l'est encore plus.

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