‹ Contes de CantorberyChapitre 14 sur 38 · CUISINIER · texte numérisé non relu

CUISINIER

Bien vite il s’échappait avide de tout voir, Et ne rentrait que tard, et lorfqu’il faifait noir. Il avait ramaffé clique de fon efpèce, Non certes pour aller le dimanche à la mefle, Mais pour aller jouer aux dés Dans des endroits aifément éludés ; Car aucun apprenti n’exiftait dans la ville Aux dés plus que Perkyn habile; Notez qu’il était généreux, Et large en fa dépenfe, et cela dans tous lieux. Si que fon maître en dernière analyfe, Hors de chez lui trouva parfois fa marchandife, Et puis fa caifle à fec Avec.

Car bien qu’il n’ait de part à la mufique Un maître doit fouffrir d’avoir en fa boutique Un apprenti fi beau muguet,

Coureur d’amours, de dés, hantant le cabaret,

Car c’eft la vérité, le vol et la débauche

T'inflent-ils à la main ou guiterne ou rebec,

De la vertu vous font prendre la route à gauche,

Et l’honneur eft toujours mis par eux en échec.

Cet apprenti grand faifeur de tapage, Bien que tancé matin et foir, Et que Newgate dut parfois le recevoir, Pour expier les torts de fon libertinage, Demeura chez fon maître, et fut à fon comptoir Jufque—prefqu’à la fin de fon apprentiffage.

Mais fon maître un beau jour s’avifa de fonger Qu'en un troupeau parfois une brebis galeufe, Plus que le loup eft dangereufe

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