‹ Contes de CantorberyChapitre 13 sur 38 · PROLOGUE DU CUISINIER · texte numérisé non relu

PROLOGUE DU CUISINIER

} E Cuifinier de Londre alors que le N Bailli Parlait, était de joie, on peut dire afailli, Si que plus d’une fois dans fon trop plein de vie,

De le frapper au dos lui démangea l'envie.

“ Oh!” dit-il, “ ce Meunier par le Chrift et fes os!

A loger le chaland ne fera plus difpos!

Oh! Salomon difcourait comme un fage Quand il difait: “ Garde dans ton ménage

Introduire un quidam que tu ne connais pas ;

Car héberger la nuit eft toujours vilain cas.” Voyez-vous, moi ne fuis qu'un pauvre hère, Mais auf vrai que fuis Roger de Ware,

N'ai jamais entendu parler d’un tel Meunier

Si battu, fi vexé, nom d’un fac à papier!

Ce foir là fous la couverture De fon grain ces deux Clercs ont fait affez mouture; De l’obfcurité le bon tour !

Il était temps vraiment que vint le jour!

Mais far ce conte là ne devons d’aventure

EEE

Nous arrêter trop long-temps, m’eft avis, Donc maintenant, fi vous voulez m’entendre Je vais vous raconter aufli bien que je puis Une petite farce, aflez drôle à tout prendre, Arrivée en notre cité.” Notre hôte répondit : ‘ Te donne la parole, Roger, raconte avec gaité Quelque chofe de bien, et de la bonne école, Car maintefois tu foignas maint pâté, Tu vendis maint gâteau dans ta pharmacopole, Qui tantôt froid et tantôt échauffé N’était rien que du réchauffé.

Aufli maint pélerin te garde-t-il rancune D'avoir en ton échoppe ofé tenter fortune.

Mais raconte toujours, va mon gentil Roger Surtout ne m'en veux pas, c’eft par pur badinage, Ce que je dis, on peut, et cela fans danger, Dire la vérité fans voir gronder l'orage ! ”

‘6 Tu parles d’or,” dit Roger, “ par ma foi!

Mais toutefois férieux badinage | Comme dit le Flamand, n’eft amufant, ni fage : Donc Henry Le Baïlli, ne fois pas en émoi, Ou quittons-nous ici, fi ce que je raconte N’entre pas dans tes eaux, et ne fais pas ton compte!” Et là deflus ne prenant du fouci, Il raconta le conte que voici :

ville, Des hôteliers c’était un membre utile, à Il était gai vraiment comme un chardonneret Dans la fleur du printemps chantant dans un bofquet; Auf brun qu’un cafis, auf vert qu’une pomme, Avec de noirs cheveux, c’était un fort bel homme. 11 était fi gentil danfeur, Qu'on l'appelait Perkyn le gai viveur!

Il était aufi plein d’amour et d’amourettes, Qu’une ruche de miel, qu’un cafier de tablettes ; Heureufe était la fille affez gentille... pour Monopolifer fon amour.

j" apprenti jadis vivait dans notre

I! chantait, fautillait, aimait, faifait la noce, Et crânement roulait comme l’on dit fa boffe, Aimant bien mieux, dans fa joyeufe humeur La taverne que la boutique ; Auff lorfque dans Chepe exifait, par bonheur Quelque proceffion, quelque fête publique,

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