‹ Contes de CantorberyChapitre 16 sur 38 · CUISINIER · texte numérisé non relu

CUISINIER

CONTE DE GAMELYN,

raconté par le Cuifinier.

FUN brave Chevalier oyez, oyez l'hiftoire ; [deaux, Il avait nom Sire Jean de Bor- Il avait recolté paflablement de gloire [par vaux.

En chevauchant et par monts et Ce Chevalier avait trois fils, fi bien je compte, L'ainé des trois, fort indifcipliné, Etait un démon incarné; Ici dois le dire à fa honte, De fon père il obtint la malédi@tion, Que certe il mérita dans mainte occafon, Mais qui rien ne craint, tout affronte ; Ses frères, au contraire, étaient refpeétueux Envers le Chevalier, et l’aimaient bien tous deux,

Ce Chevalier avait fi long-temps fur la terre Vécu, qu’il fe favait très près du cimetière, Or, avait grand fouci, fentant la mort venir

De fes trois fils affurer l'avenir.

I] poflédait, nous dit l’hiftoire, De bons biens au foleil, butinés fur la gloire, Ou bien à beaux deniers acquis.

Il eut voulut léguer part loyale à fes fils. Or pour régler fes volontés dernières, L’aider entre fes fils à partager fes terres, I] envoya chercher. de fages Chevaliers, Prefcrivant à fes écuyers Leur dire : “° A vous hâter, Monfeigneur, vous convie, Si le voulez trouver encore en vie !”

Les Chevaliers oyant qu’il était prefque mort Vinrent incontinent au chevet du malade ; Lui le bon Chevalier avec pénible effort Leur dit en leur donnant à tous une accolade :

‘6 Ne dois long-temps vivre en ce lieu, Ainf le veut la volonté de Dieu.”

Chacun des Chevaliers, oyant cette parole, Fit au bon Chevalier argument qui confole :

«° Dieu pouvait envoyer un prompt remède au mal!” —“ Sans doute, il le pourrait, mais ne le fera mie,” Reprit le Chevalier ; “et cela m’eft égal, Quand on eft par trop vieux la mort eft une amie. Mais par amour pour moi,” dit le bon Chevalier, ‘ Je vous conjure allez partager en entier Entre mes trois enfants mon terreftre héritage, Mais faites entr’eux trois, équitable partage ; Et furtout, Chevaliers, gardez-vous, mes amis, D'’oublier Gamelyn, le cadet de mes fils ; Aux intérêts de tous portez un œil févère, Rarement héritier vient en aide à fon frère !”

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