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Au rifque de fe compromettre La bourfe de foie et la lettre, Avec un gros foupir, et marmottant tout bas : Dame! ne me trahiflez pas, Car je fuis un homme mort certe, Si cette affaire eft découverte.” Maïa cache la bourfe, et la place foudain, Sous le fatin de fon corfage.
Pour le moment n’en faurez davantage.
Elle fe lève alors, et reprend fon chemin Vers ce Janvier, qui le bras fur la couche, L’attendait. Il la prend, lui donne fur la bouche Plus d’un baifer, et puis pour en finir Nonchalamment il s’étend pour dormir.
Elle, Maïa tout doucement fe lève Pour aller, foi-difant, en certain cabinet Secret, Où la nature veut que chacun fe dégrève.
Elle a dévoré le poulet, Puis en petits morceaux le déchire, et le met Dans ce puits très profond qu’on appelle une fofe, Je n’en dis pas plus long, vous comprenez la chofe.
Maïa revient, fe couche auprès du vieux Janvier, Mais en penfant certe au jeune Ecuyer.
Cependant ce Janvier fon catarrhe l’éveille, Et fe fentant ne fais quelle puce à l'oreille, À fa femme il a dit: “ Je veux me divertir À te conter un peu fleurette, Ote, croïis-moï ta gente colerette.”?
La femme foudain d’obéir, Si ce fut de bon gré, fi ce fut avec peine Pour moi la chofe eft incertaine.
Aïima-t-elle Maïa le conte et le conteur
De cette queftion n’ai la clé, j'en ai peur.
A caufer je les laifle enfemble, Puifque ce plaifir les raffemble :
Toutefois lorfque vint le foir Ils durent quitter le dortoir.
Fut-ce effet du hazard, ou de la deftinée, Influence du jour, du mois, ou de l’année, Etat du ciel, ou d’aftres inconnus Qui rendirent propice au culte de Vénus Le moment où Damien fut à Maïa remettre Sa lettre, Je ne faurais le dire, et n’en foufflerai mot. I] n’y a pas d’effet fans caufe, Donc je laiffe à juger la chofe, Comme difent les Clercs au grand bon Dieu là haut! Mais la vérité c’eft que Maïa, cette belle, A pris pour ce Damien tant de compafñion Qu'elle en eft toute émue. A part foi, penfait-elle ‘6 Pour lui j’ai plus d’affeétion Que pour aucun; me le dis fans feintife N’eut-il pas d'autre bien que fa feule chemife !” Admirez la pitié d’un cœur vraiment courtois, Et que la femme eft bonne en écoutant fa voix ! Il eft vrai qu’il en eft dont le cœur eft de pierre Qui laïfleraient un homme aller au cimetière Plutôt que concéder don d’amoureux merci, Et qui de l’enterré ne prendraient nul fouci, Dans leur humeur trifte et rigide Se moquant bien d’un homicide :
Mais de ces femmes là point ne faut parler . ..fi!
Cette douce Maïa, pleine de bienveillance, De fa main propre écrit une lettre à Damien, Lui difant à peu près : “ Je ne refufe rien,
Le lieu, le jour ils font à votre convenance.” Puis elle fait vifite à ce Damien, Et fous fon oreiller s’emprefle de remettre Sa lettre ; Il la Lira, s’il le veut bien.
Puis elle prend fa main, tout doucement la ferre - Avec myftère, Lui difant gentiment : “ Damien, il faut guérir !” Et puis s’en va :—Janvier jà l’envoyait querir.
Le lendemain matin notre Damien fe lève, Maladie et chagrin font paflés comme un rêve; Et puis
Il fe rafe, il fe peigne, il fe plume, il s’épluche, Car de fa dame il veut être la coqueluche, Et va vers ce Janvier, comme un bon chien foumis ; Il fe fait bien venir et fait capter fon monde,
Avec tant d'art, qu’on le vante à la ronde; Si qu’auprès de Maïa fon fuccès marche bien :
Auf le laïifle ce Damien
Prendre pofition pour gagner la viétoire,
Et je reprends le fil de mon hiftoire.
Quelques Clercs nous ont dit que la félicité Confifte en des déduits remplis de volupté ; Si ces “on dit,” font vrais, du plus fort de fes forces, Ce très noble Janvieren happa les amorces, En façon fort honnête, en tout bien, tout honneur, Comme il convient à noble et grand Seigneur.
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Ainf de fa maïfon toute la mife en fcène Etait celle d’un Roi, je dis mieux d’une Reine. Il avait en outre un jardin De pierres tout müûré, non pas beau, mais divin. Car moi, tout de bon, je fuppole, Que le gentil auteur du Roman de la Rofe N’eut pu décrire en vérité, Son immenfe beauté ; Non plus Priape, encor qu’il fut Dieu des jardins, Tant étaient beaux fon milieu, fes confins ; C’eft que c’était une merveille, Une merveille unique, et n’ayant fa pareille ; Notez qu’il y avait un puits à front ouvert Qui fe tenait caché fous un grand laurier vert ; Et du puits fous le frais portique, Proferpine et Pluton, la féerie et fa clique, Venaient fouvent danfer et folâtrer, Et de doux plaifirs s’énivrer Aux fons joyeux de la mufique.
Or, ce vieux Chevalier prife tant ce jardin, | Il a tant de bonheur s’y promener fans fin, Qu’il en porte la clé fur lui, partout, n’importe, Afin que nul que lui n’en puifle ouvrir la porte. Auf dans la faifon d'été Avec fa femme il va boire la volupté, Prendre le frais, et fans doute autre chofe Sous ce puits enchanteur, et fous fon laurier rofe. C’eft ainfi que maint joyeux jour Vécut Janvier faifant l’amour, A fa jeune et gentille femme.
Mais la joie a fouvent le deftin de la flamme, Elle brille et s'éteint. Or, ce pauvre Janvier Son long bonheur il devait l’expier.
Semblable au fcorpion, & changeante Fortune ! Tu flattes de la tête, et quand tu veux piquer Ta queue en un inftant en fervant ta rancune, Nous apporte la mort que viens nous inculquer! O poifon traître et doux ! joie abfurde! infenfée! Sous couleur de plaifir hébétant la penfée !
Pourquoi ce pauvre Chevalier ‘L’es-tu conduit dans fi vilain guépier ?
De fes yeux maintenant tu lui reprends la vue, « Auf fi grande eft fa déconvenue, Qu’il fe lamente et veut mourir.
Aveugle ce Janvier que va-t-il devenir ?
Lui qui, libre, faifait tout à fa fantaifie, Sans un guide il ne peut déformais faire un pas, Certes vaudrait mieux le trépas.
Le cœur brûlé de jaloufie Il appelle la mort, maïs la mort ne vient pas. C’eft qu’il a fi grand’ peur que fa femme qu’il aime Ne donne fon amour à d’autre qu’à lui-même, Durant fa vie, et même après fa mort, Qu’il reclame en grâce du fort Qu’elle meure avec lui de fon amour pour preuve, Afin de ne pas refter veuve.
Pourtant il faut le dire après un mois ou deux Il fe trouva moins malheureux.
Quand il fut convaincu que fon malheur immenfe Etait fans aucune efpérance, Îl devint philofophe, et ce faute de mieux, Et prit fon mal en patience ; Excepté, toutefois, que reftant fort jaloux De fa femme, il fe fit fon ombre vertuchoux ! L’accompagnant partout et fans cefle et fans ceñe, Et comme un pauvre chien la retenant en Jaïfle.
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Ce qui fit que Maïa pleura fouventefois, Car elle aimait Damien de façon fi brülante, Que l’heure loin de lui pour elle était bien lente, Et que fon cœur était fouvent pantois.
De fon côté Damien n’était pas plus à l’aïfe, A Maïa ne pouvant dire, par parenthèlfe, Son amour, car Janvier aurait tout entendu, Et ce Damien aurait été perdu.
Toutefois ces amants (aucun d’eux n’était bête}, Surent s’écrire,—ainf s’aflurant leur conquête. L | © mon pauvre Janvier que t’eut fervi ton œil, Eut-il été celui d’un écureuil ?
Et ne vaut-il pas mieux quand morte eft la rétine Etre trompé, fans bruit, à la fourdine, Que lorfque Ja lumière en plein, nous frappe Dieu ! Et que nous n’y voyons bien fouvent que du feu. Voyez plutôt Argus, chez lui c'était merveille, ‘ Il poffédait cent yeux, mais n’avait pas d'oreille, Vous favez tous quel fut fon fort, Partant je dis, qu’en mon dire n’ai tort.
Cette fraiche Maïa, ce n’était une faïnte, De la clé du jardin a modelé l'empreinte, Ce Damien qui n’était non plus immaculé Secrètement a contrefait la clé.
De la contrefaçon fi vous voulez m'en croire, Dans peu vous apprendrez la véridique hiftoire.
Tu nous fais voir Ovide, gai conteur, Que l’amour fe rit des obftacles, Qu’il fait opérer des miracles, Et que d’ennuis nombreux il fort toujours vainqueur.
Pyrame et fa T'hifbé qui s’aimaient d’amour tendre
Malgré papa, maman furent fort bien s’entendre
En, caufotant entr’eux à travers un vieux mur, Moyen économique et für.
Mais laïflons là T'hifbé, mais laiflons là Pyrame, Et revenons à nos moutons.
. Cet aveugle Janvier amoureux à tâtons,
Auflitôt que juillet eut ravivé fa flamme,
Un jour dit à Maïa : “ Lève-toi, ma douce âme,
L’hiver n’exifte plus, viens à notre jardin,
Nous pourrons y caufer tous les deux à notre aife,
Sans craindre d’importuns, je me fens tout de braife
Ce matin.”
En oyant de ce vieux les paroles lafcives, Pour elle offrant hélas ! de triftes perfpectives, A Damien Maïa fit un figne de la main Qui lui difait d’aller en avant au jardin.
Avec fa clé Damien ouvre la porte, Et fi dextrement fe comporte, Que fans avoir fait entendre aucun fon, Le voilà gentiment aflis fous un buiflon.
Cependant ce Janvier dont la main eft peu füre, Cherche de fon côté le trou de la ferrure, Il ouvre, il eft admis Avec Maïa dans ce frais paradis.
‘€ Maintenant,” a-t-ildit, “que ce lieu nous raflemble, Et que tous deux, fommes tout feuls enfemble, Femme, je te dirai, ce que j'aime le mieux Dans l'univers, c’eft toi, —mon bijou précieux ; Et plutôt que de te déplaire, Et que de t’offenfer femme fidèle et chère, Préférerais mourir, fut-ce par un couteau.
De toi j’ai fait le choix, te le dis à nouveau, Non certes pas par avarice, Non pas non plus par un caprice, Mais par l’amour que te portais :
Et bien que je fois vieux, que mes yeux déformais Reftent fermés à la lumière, A toi dont en penfée encor je vois les traits, Je le redis, fois-moi fidèle Chère ; Tu gagneras trois chofes par ma foi, Si de n’aimer que moi tu te fais une loi: [même, D'abord l’amour du Chrift, puis l’honneur de toi- Et tout mon héritage, quoi!
Ville et tour, et point ne blafphème, Te le jure par Dieu, demain t’en fais ferment, Le contrat fera fait aufli certainement Que défire que Dieu me rende l’âme heureufe ! Pour fceller le marché viens ma belle amoureufe De fuite embrafler ton époux, Et ne me blâme pas fi fuis un peu jaloux:
Lorfque je fonge à ta verte jeunefle, A ton gentil petit minois, A mon âge avancé qui frife la vieilleffe, Je ne füuis pas très rafluré parfois.
C’eft que lorfque l’on aime on a par abondance La défiance ; Maintenant femme,” a-t-il dit d’un air doux, ‘< Embrafle-moi ; tous deux promenons-nous.””
Cette gente Maïa dont fi frais font les charmes, A ces mots commença par répandre des larmes, Et puis avec douceur répondit à Janvier :
‘6 J'ai moi,” dit-elle, “ aufi Mefire Chevalier, Ainfi que vous à préferver mon âme, Puis auf mon honneur de femme,
Et qui plus eft cette fidélité D’époufe, que promis un jour devant le prêtre ; Voilà pourquoi je prends la liberté De vous répondre ainfi mon très honoré maître : Dieu fañfe que je meure, et de laide façon, Et même fans que Chrift m’obtienne ma rançon, Si l’honneur de mon nom un feul jour je l’ébrèche ; Si le vilain péché dont parlez, je le pèche, Dépouillez-moi, mettez-moi dans un fac, Et faites-moi jeter promptement dans le lac ; Ne fuis une catin, mais une femme honnête, De reproches pourquoi me rompre ainfi la tête ? Sans rime ni raïfon pourquoi parler aïnfi ?
De me faire chagrin pourquoi n’avoir fouci ?
Les hommes qui toujours font aflez peu fidèles, Nous harcèlent toujours de jaloufes querelles ? Sur tous les tons pourquoi me chanter entre nous Que de moi vous êtes jaloux ?”
T'andis que ce Janvier reftait là comme un marbre, Avec fes doigts Maïa fit un figne à Damien Lui prefcrivant de monter fur un arbre Chargé de fruits, ce qu’il fit, et fit bien.
Vous faurez, Mesfeigneurs, que dans certaine épitre A ce Damien qui n’était pas une huitre, Maïa très récemment avait fait la leçon.
Dans le poirier donc je le laifle, .
Epiant ce gentil garçon, Le vieux fe promenant aux bras de fa princeñle.
Le jour était brillant, et bleus étaient les cieux, ” Sur la terre Phœbus avait verfé fes feux Pour rajeunir la fleur, en dorer le calice.
Phœæbus entrait alors, je crois dans les Gémeaux Qu'il parait de tous fes joyaux, Mais il était encor peu loin de l’Ecrévifle En fa déclinaifon, Qui comme on fait, dans ce folftice De Jupiter eft l’exaltation.
Voilà que par cette belle journée, Dans ce jardin s’en vient des bords du Phlegéton Pluton, Le Roi de la féerie, et de la plaine ignée.
A fa fuite venait avec un grand concours De fes dames d’honneur la Reine Proferpine, Qu'il enleva jadis quand dans les alentours Du mont Etna, flânant par un jour de bruine, Cette belle cherchait la rofe fans épine.
Claudien tout au long nous raconte le fait.
Dans ce jardin alors ce Roi de la féerie Sur un banc de gazon pour faire cauferie S’afit, et de la forte à fa femme en effet Soudain parla fa feigneurie :
‘6 Femme,” dit-il, ‘ c’eft un point reconnu
Que la femme trahit l’homme et le fait cornu,
Je pourrais citer mainte hiftoire
En preuve de ceci, maïs le fait eft notoire.
O fage Salomon, des Rois le plus grand Roi!
Tu parles d’or, et dois être cru, fur ma foi, Quand tu dis que parmi les hommes Bourgeois, manants et gentilfhommes, Tu n’en trouvas fur un miliier
Qu’un feul de bon; mais que parmi les femmes,
Quoiqu’en cherchant avec un foin particulier
Tu n’en trouvas pas une exempte de tous blâmes :
TE
Ainf dit Salomon qui connaïffait Mefdames
Votre méchanceté; je crois être correct
En difant que Jéfus dont fage eft la parole,
Et le plus fouvent bénévole,
Parle bien rarement de vous avec refpett.
Pour vous punir de cette humeur frivole, Qu’un feu volage, et tout ce qui s’en fuit
Tombe fur vos corps cette nuit!
Vous devez bien le voir, fi n’avez la berlue, Cet honorable et digne Chevalier Parce que vieux, il a perdu la vue,
Va fe trouver cocu de par fon Ecuyer ;
Cette chofe eft intolérable :
Voyez le libertin fur l’arbre il eft aflis,
Voyez le ce bel Adonis,
Penfant à fon projet damnable.
De par ma Majefté maintenant Moi je veux Rendre la vue à ce pauvre bon vieux, Afin qu’il puifle voir le laid tour qu’on lui joue,
Et que fa femme et l’autre il les bafoue !?”?
‘6 Vous! vous ferez cela? c’eft votre dernier mot!”
Repartit tout à coup aigrement Proferpine, ‘ Eh bien! je jure alors par ton âme divine, O ma mère Cérès, de payer cet écot.
Je donnerai réponfe à cette femme
Bien que prife # flagrante deli&to, Pour faire fon mari plus fot par Notre Dame!
Qu'il ne l’avait été tout d’abord . ... Memento! Ce fera pour le fexe un admirable exemple,
Et qui l’avertira pre/fo
Quand bien même la preuve exifterait très ample De ne jamais céder, et de crier haro
Sur vous, fur vos deux yeux, enfin de faire efclandre Plutôt que de fe rendre :
De tout ce brouhaha vous ferez hébétés ; Parlez alors de vos autorités !
Je ne difconviens pas que ce foi-difant fage Votre juif Salomon put trouver du coulage Parmi le fexe féminin, Cela rend-il parfait le fexe mafculin ?
D’autres hommes d’ailleurs ont trouvé dans le fexe . (Ne parle point ainfi pour que cela vous vexe), Du très bon, du très beau, d’admirables vertus, Témoin ces femmes qui furent avec Jéfus, Et qui jufqu'au martyre ont pouflé la conftance, Elles étaient fidèles, que je penfe!
Esofin je vous dirai pour mon s/#imatum Parcourez les ‘ Gefa Romanorum) Vous y trouverez le modèle De mainte époufe très fidèle.
Meflire interprétez de ce roi Salomon Un peu plus froidement le prétendu fermon, Et ne le prenez pas trop au pied de la lettre, Car ce ferait vous compromettre.
S’il a dit, je veux bien l’admettre, Qu'il ne trouvait en vérité Aucune femme bonne,—un point fort contefté . . . C’eft que fans doute à bout d’argument, de reflource, I] voulait exprimer que Dieu feul eft la fource De la fouveraine bonté, Et non l’homme plus que la femme ; Contre la pauvre humanité, Ceci foit dit fans épigramme.
Dungque par ce vrai Dieu qui n’eft qu’un feul en trois, Pourquoi ce Salomon le vanter tant de fois ?
Pour le Très Haut, certe il a fait un temple, Et c’était donner bon exemple; Mais il en a fait un aufi pour les faux Dieux Que pouvait-il faire de plus affreux ?
Pardi! vous aurez beau plâtrer fon front jaunâtre Comme fon nom, pour les blanchir, Vous n’en ferez jamais qu’un idolâtre, Qui fut fort débauché,—qui ne fut pas vieillir ; Laiïffant là le vrai Dieu lorfque vint la vieillefe ; Et fi ce Dieu n’eut fait à fon père promefle De l’épargner, refté feul fans appui, Il eut perdu d’emblée et fon royaume et lui.
Je n’eftime pas plus qu’un fêtu, qu’une paille Ce qu’il a dit de nous, et de lui je me raille ; Mais je fuis femme enfin, force m’eft de parler, Et ma foi de le fabouler ; A lécouter nous fommes des bavardes, Pour peigner fes vertus lui prépare des cardes Qui laifferont à jour fes vices plus nombreux Que ne le font mes beaux cheveux.”
‘6 Femme,” dit ce Pluton, “ ne fois plus en colère, Décidement j’abandonne l'affaire, Mais comme j’ai fait le ferment De lui rendre la vue, il laura fûrement, Un Roi ne peut mentir et n’a que fa parole, Et jamais il ne la viole.” —‘ Et moi,” dit-elle, “ n’en démors Elle aura fa réponfe alors ; ; Car fi vous êtes Roi, j’exifte Souveraine, Et la féerie en moi voit fon augufte Reine :
Eh! bien donc brifons la deflus !” ‘ Brifons!” a dit Pluton, ‘“ femme n’en parlons plus!”
Maintenant revenons à cette promenade Que fait Janvier avec fa belle camarade, Lui chantant comme un perroquet :
‘6 Je l'aime, je t’aime, je t’aime, Je taime bien plus que moi-même, Plus que mon or, et mon coffret.” Les voilà de retour jufte à la même place Où fe trouve le beau poirier Où ce Damien gaiement eft perché dans l’efpace Tout en haut, attendant ce gentil Ecuyer Avec ardeur nouvelle, Sa jeune tourterelle.
Cette fraiche Maïa commence à foupirer, Et crie: “ Oh! mon côté! ça ne fait qu’empirer ! Oh! maintenant,” pouriuit-elle, “ Meflire, Il me faut à tout prix il n’y a pas à dire Des poires que je vois là haut, Au plutôt il m'en faut; Si vous ne me laïflez contenter cette envie, C'en eft fait de ma vie!
Une femme dans mon état On doit toujours la fatisfaire, Ce ferait un affaflinat Lui refufer tout ce qui peut lui plaire.”
‘€ Que n’ai-je un ferviteur ici,” dit ce Janvier, ‘€ Il grimperait de fuite à ce poirier, Car moi je fuis aveugle.” — . . ‘° Oui, Mere,” ditelle, “ Mais fi vous voulez bien, oh! pour lamour de Dieu,
Vous mettre au pied de l'arbre, et puis m'aider un
u En me faifant quañi la courte échelle, Je grimperai très bien, fi puis fur votre dos Pofer mon pied qui n’eft ni lourd, ni gros.” —“ Certes,” dit ce Janvier, “je vais t’aider, mignonne, Et de mon dos te faire un banc, Je voudrais donner tout mon fang Pour être utile à ta gente perfonne.”
Il fe baifle, elle fur fon dos Monte auflitôt d’un pied lefte et difpos, Et puis atteint de fa main blanche La branche, Mefdames, ne vous fâchez pas, Excufez-moi, vétilleux eft le cas ; Vite vous dirai donc, que Damien la foulève, | (Le drôle était rempli de sève), Et puis dès qu’elle eft dans fes bras, Immédiatement il en a fait fon Eve ; Je tire le rideau fur leurs joyeux ébats.
Pluton témoin de cette grofle injure, Des yeux de ce Janvier a foudain fait la cure. Le Janvier voit, il eft heureux, Mais penfant à fa femme, il a levé les yeux Sur l'arbre . . , et que voit-il?.. hélas! on le devine Il voit Damien, fa femme, à la fourdine Jouant avec ardeur un jeu pas mal ardu, Le jeu du Paradis perdu.
Et le voilà qui pleure, et qui hurle et qui crie: 66 Que fais-tu LB, catin? . . Dis, par Sainte Marie ?”
au CONTE DU
Maïa foudain avec un grand fang-froid :
se Meñire, qu’avez-vous ? quelle mouche vous pique ? Qui vous offufque à mon endroit ?
Ayez quelque raifon, foyez moins frénétique : Je cherche à vous aider pour vous rendre les yeux, Et de vos cris déjà vous fatiguez les cieux ? Si je mens que ce foit au péril de mon âme :
Pour vous guérir on a prefcrit à votre femme De lutter au haut d’un poirier Avec un homme, Comme Un démon dans un bénitier, Et j'ai lutté, Dieu fait, ma confcience eft pure, De votre guérifon en efpérant la cure.” —“ Lutter dà,” reprit-il, “ vous appellez lutter Ce que j’appelle exécuter Tous les hauts faits du mariage, Merci, n’en veux pas davantage !
I] s’eft fait ton mari, je l’ai vu de mes yeux, - Et par le cou je veux Etre pendu, fi dans ma rage Je ne vous fais mourir tous deux.” «< Il faut,” dit-elle alors, ‘‘ que faux foit mon remède; Car bien fûr, Dieu me foit en aide !
Ne diriez pas cela, très cher, fi pouviez voir ; Mais las! vouloir n’eft pas pouvoir, Vous avez quelque peu de vue, Mais étant imparfait cela devient berlue.” —“< Aufl bien que j'ai jamais vu, Je vois,” dit-il; “ ne fuis de bon fens dépourvu ; De mes deux yeux j'ai vu l’aéte de cocuage, Comment refter paifible après un tel outrage ? ”
‘6 Vous rêvez, vous rêvez, bon Sire, vous rêvez, Et n’y voyez encore au bout de votre nez; Hélas !” dit-elle, oh! que j'étais bonafle, Pour vos yeux de chercher un remède efficace ?”? —6 Ores, Dame,” dit-il, “ me voilà convaincu Que vous ne m’avez fait cocu ; Que tout foit oublié, pardonnez-moi, ma vie!
Et defcendez, à ce je vous convie ; Mais je croyais avoir vu de mes nouveaux yeux Qu’avec toi ce Damien qui n’était du tout fage Etait couché fous cet épais feuillage, Et me faifait cocu devant l’aftre des cieux !” —‘ Oh!” dit-elle, “ oui dà, Mefire Penfez tout ce que vous voulez, Quand à moi je n’en pourrais dire Pour vous, probablement aflez :
Toutefois fachez bien qu’un homme qui s’éveille Croit voir un arc-en-ciel dans un cul de bouteille, Et ne voit qu’au même il s’eft fait Qu’alors qu’il eft éveillé tout-à-fait.
Faut-il donc s’étonner vraiment qu’un ex-aveugle En voulant regarder fi haut, Ait fon œil fi troublé, qu’il beugle En fe figurant être un fot ?
Jufqu’à ce que votre œil ait pris fa confiftance, Ne vous fiez à l’apparence.
Souventefois, de par le Roi du ciel Un homme croit voir une chofe Qui ne la voit du tout comme elle ef, . . et la caufe, C'eft que fon point de vue eft fuperficiel ; Avec ce principe on s’expofe En regardant ainfi tout de travers, A croire le monde à l'envers.”
Sur ce, Maïa d’un bond de l'arbre faute à terre. Ce Janvier la reçoit, il l'appelle fa chère, L’embrafle, la carefle, admire fes attraits,
Les loue, et la conduit joyeux dans fon palais. Maintenant bonnes gens j’ai fait ma parlerie, Dieu nous bénifle ainfi que la vierge Marie !