‹ Contes de CantorberyChapitre 34 sur 38 · PP · texte numérisé non relu

PP

SE CSS

Ne pas quitter la chambre, aïinfi le veut l'ufage, Et vraiment dà, c’eft pour le mieux, Un labeur rude, et même une foule de jeux, Veulent un temps d’arrêt ; on mourrait à la peine, Hommes, poiflons, taureaux, Et même jufqu’aux tourtereaux, S’il fallait fans répit courir la pretentaine!

Mais je veux vous parler maintenant de Damien Qui n’étant platonicien, Se meurt d’amour le pauvre diable, Donc je lui dis ainfi que le trouve blämable.

Je dis: “* Damien ! ftupide mal appris, Comment pourras-tu donc quoique dans le logis A la fraîche Maïa la raconter ta peine ?

Ta prière elle fera vaine,

Elle dira toujours nenni ;

Si tu parles feras honni :

Mon cher que Dieu te foit en aide, A ton mal ne vois point remède !°”

De ce pauvre Damien que dirai-je de plus ?

Que dévoré des feux de l’ardente Vénus, ’ Haletant de défirs, ne pouvant plus attendre, Pour écrire il emprunte un étui mordicus,

Puis dans un lai bien tendre A la dame Maïa raconte fon amour. Efpérant bientôt lui remettre La lettre, I] la porte avec lui la nuit comme le jour, Car c'eft fon efpoir et fa joie ; Puis il enferme ce bonheur

Dans certaine bourfe de foie Qu’il fufpend en cachette aux portes de fon cœur.

La lune qui le jour des époufailles A midi fe tenait au milieu des brouflailles De nuages nombreux, au dixième dégré De Taurus, avait fu d’un pas ferme, afluré Pañler pour faire fon fervice Dans le figne de l’Ecrévifle ; Et pendant tout ce temps Dans fa chambre Maïa, felon l’antique ufage Chez les nobles admis, était reftée en cage Pour y cuver fes fentiments.

Qu'il foit dit en paffant, qu’une nouvelle époufe, D'infpirer le refpeét qui veut être jaloufe, Ne doit s’afleoir dans la falle à manger, Que quatre jours après que l’heure du berger Sonna pour fon époux ; on peut, par parenthèle, Ne refter que trois jours; mais c’eft ne vous déplaife D'un bon ton fort douteux ; dans l’efpèce ce jour Etait le quatrième où Janvier du labour Pour la première fois commença fans vergogne Avec Maïa Pagréable befogne.

Le prêtre a dit fon “ te mifla eff!” Ce qui fait que dans la falle eft La charmante Maïe qui s’affeoit à la table Près de Janvier qui fait l’aimable.

Voilà qu’il arriva que ce brave Janvier, Se rappelant Damien fon écuyer, Dit: “Comment fe fait-il de par Sainte Marie! Qu'il ne me ferve pas, eft-il quelqu’ avarie Dans fa fanté ?””—‘° Certe, oui, Monfeigneur,” Dit lécuyer tranchant, “ Damien eft très malade,

Sans cela ce cher camarade

De vous fervir aurait l'honneur.” —“ Oh!” reprit ce Janvier, ‘cela vraiment me vexe, Par ma foi! s’il mourrait il me rendrait perplexe ; C’eft un bon écuyer, difcret, fage, courtois, Econome; en un mot c’eft un homme de choix.

Mais auflitôt que fortirons de table,

Je veux avec Maïa, mon époufe adorable, Aller le confoler autant que je le puis.”

Et puis Chacun de le bénir pour cette courtoifie ; D’un noble cœur c'était en effet l’ambroifie.

‘6 Femme,” dit ce Janvier, ‘‘ faites attention Après notre diner, vous chère, et votre fuite, D'’aller chez ce Damien ; ferez bonne action,

C’eft un homme courtois, et probe en fa conduite, Dites-lui que j'irai le voir Quand j'aurai pris un peu de repos . . .. à revoir! Et furtout faites vite, . . . a-t-il dit d’un air tendre, Dans la chambre à coucher car je vais vous attendre.” Et fur ce, d’appeler à lui fon maréchal, Pour lui donner certain ordre verbal.

Cette fraiche Maïa, fes femmes avec elle, Vers Damien eft allée ; et fur une efcabelle S’afleoit auprès du lit de ce jeune Ecuyer Si bien dans les papiers de notre Chevalier,

Et d’une façon bénévole Lui dit une bonne parole.

Ce Damien auflitôt qu’il en voit le moment Dans la main de Maïa remet adroitement,

Page 1