LA FÉE W'\ M ICI I ES
» Tu pourrais me dire à cela , Michel, que tu as de la fortune, et tu ne me ledi- » ras pas, car tu es un enfant raisonnable et beaucoup plus réfléchi que ton âge ne le » comporte. Il me serait en effet trop facile de te répondre et de te désabuser; il n'y » a de fortune solide pour l'homme que celle qu'il doit à son travail ouàson industrie, « et qu'il ménage et conserve par sa bonne conduite : celle qu'il reçoit du hasard de ii sa naissance appartient toujours au hasard , et la plus hasardeuse de toutes est celle « de ton père et la mienne, la fortune du marin.
» La tienne est en effel assez grande aujourd'hui pour satisfaire à l'ambition d'un » homme simple qui ne veut que se reposer, el qui ne cherche de plaisirs que ceux i. dont la nature est prodigue pour les hommes simples ; niais à supposer qu'elle t'ar-
» rive bien plus tôt que tu ne le voudrais , et que noire mort devance le ten »m-
» mun , pour l'enrichir malgré toi , au moment où l'aisance et la liberté ont le plus » de prix , que ferais-tu , mon pauvre Michel , de ton opulente oisiveté ? les loisirs » des gens riches ne sont qu'un insupportable ennui pour ceux qui n'en savent pas » appliquer l'usage au bien-être des autres; et il n'y a point de Crésus, vois-tu, qui » n'ait senti quelquefois que le meilleur des jours de la vie est celui qui gagne son | ain. » J'arrive maintenant au poinl le plus important de mon sermon , car lu savoisaussi » bien que moi tout ce que je t'ai dit jusqu'ici. Mon intention, cher petit neveu , n'est n pas d'attrister ta fêle par l'inquiétude d'un malheur possible , mais contre lequel » toutes les circonstances nous rassurent. Ton père avoil placé son bi< n el une partie ii du mien dans une belle spéculation qui nous sourioit depuis \ingi ans: il \ en a «deux que je n'ai reçu de ses nouvelles, et les malheureuses guerres de l'Europe o expliquent trop ce retard, pour que je m'en sois mis en peine | lus qu'il ne convient » à un vieux loup de mer qui a été retenu trois ans aux Iles Bissayes, et qui regrelte- » toit de n'y être pas encore, soit dit en passant, si je ne t'aimois aussi tendrement
» que mon propre fils. Mais, comme dit le rin.au bout du câble faut la brasse; cl si
» dans deux antres années d'ici nous n'avions pas entendu parler de Robert, il scroit « forcé de risquer le tout pour le toul , el daller le chercher d'île en île, certain que n je suis de te le ramener, car je sais mieux son itinéraire, Michel . que tu ne sais la » longitude d' A vranches. Alors cependant, adieu le double 'patrimoine du pauvre Mi- « chell Plus d'oncle . plus de père, plus d'habil d'hiver , plus d'habit d'été , plus d'arn gent dans la poche le dimanche, plus de banquet à la maison le jour de sa fêle : il
■ faudrait , toul savanl qu'il fui . si on lui refusoil une place de répétiteur chez le ri- » che ou une place d'expéditionnaire chez le chef de lune, m. que M, Michel allai
■ ilélerrer acs coques dans le sable pour déjeuner et qu'il allât mendier pour du ■ 'Me de la \ ieille naine de (,i,on ille , sur le moi le l'églisi
Arrête/., arrêtez . mon onde ! lui dis je en baignant sa main de larn es, h- lendn • ie serais trop indigue de vous, si je ne vous avois pas encore rompus, l. Yt.it d< i pontier m'a toujours plu. • L'étal de charpentier] s'écria mon oncle avec une sorte
» d'cxp'osion de joie, tu n'es vraiment pas dégoûté! Je ne t'en aurais jamais indiqué » un autre. Le charpentier, mon enfant! c'est dans ses chantiers que notre divin » maître a daigné choisir son père adoptif !... et ne doute pas qu'il ait voulu nous en- » soigner par là que, de tous les moyens d'existence de l'homme en société, le tra- » vail manuel éloit le plus agréable à ses yeux; car il ne lui en coûtoit pas davantage » de naître prince , pontife ou publicain. Le charpentier, souverain sur mer et sur » terre par droit d'habileté , qui jette des vaisseaux à travers l'Océan , et qui édifie n des villes pour commander aux ports, des châteaux pour commander aux villes, » des temples pour commander aux châteaux ! Sais-tu que j'aimerois mieux que l'on « dît de moi que j'ai lancé dans l'espace les solives de cèdre et les lambris de cyprès » du palais de Salomon que d'avoir écrit la loi des Douze Tables?»
C'est ainsi, monsieur, qu'il fut convenu que j'apprendrais l'état de charpentier, jusqu'à l'âge de seize ans, qui étoil l'époque extrême où le défaut de renseignements sur le sort de mon père pouvoit en faire pour moi une importante ressource ; mais mon oncle exigea en même temps que je ne renonçasse point aux études que j'avois commencées, et qui furent seulement distribuées en sorte que mesdoubles travaux ne se nuisissent pas mutuellement. Comme cette disposition , qui ne me prenoit pas plus de temps , jetoit au contraire une distraction agréable et variée dans ma vie, mes foibles progrès parurent encore plus sensibles que par le passé. En moins de deux ans j'étois devenu maître ouvrier; et d'un autre côté, je connoissois assez les langues classiques pour pénétrer peu à peu, avec une facilité qui s'angmenloit tous les jours, clans l'intelligence des autres. Je vous prie de croire que ma modestie n'est presque intéressée en rien à cet aveu , puisque je devois ces nouvelles acquisitions de mon esprit à des enseignements particuliers dont tout autre que moi aurait certainement tiré un plus grand profit. C'est ce qu'il faut que je vous explique maintenant pour l'intelligence du reste de mon histoire , si toutefois elle n'a pas déjà lassé votre patience.
Je témoignai à Michel que je l'entendrais avec un plaisir que ma seule crainte est de ne pas faire partager au lecteur, — et il continua.
Où il commence à être question de la Fée aux Miellés.
Si vous êtes jamais allé à Grauville , monsieur, vous devez avoir entendu parler dd la naine qui couchoit sous le porche de l'église et qui mendioit à la porte?
— Ce que vient d'en dire votre oncle, Michel, est tout ce que j'en sais; et je ne pensois pas que cette malheureuse créature pût tenir une autre place dans votre histoire. C'est ce qui m'a empêché de m'en informer.
LA FÉE AUX Mil: Il ES. 77
La naine de Granville, repril Michel, étoil une pelite femme de deux pieds et demi au plus, dont la taille courte, et d'ailleurs assez svelle . étoit la moindre singularité. Personne ne lui avoil connu ni origine ni parents; et quant à son âge, il étoit tel qu'il n'existoit pas un vieillard à dix lieues à la ronde qui se souvint de l'avoir connue plus jeune en apparence, pins huppée ou pins grandelette. Les gens instruits pensoient même qu'on ne pouvoil expliquer naturellement les traditions populaires qui couroienl à son sujet, qu'en supposant qu'il y avoit eu successivement plusieurs femmes semblables à celle-ci, que la mémoire des habitants s'étoit accoutumée à confondre entre elles, à cause de l'analogie de leur physionomie et de leurs habitudes : et on citoit en effet un litre de 1369 , où le droit de coucher sous le porche dn grand portail et de présenter l'eau bénite aux fidèles pour en obtenir quelque légère aumône , lui étoit garanti en reconnoissance du don qu'elle avoit fait à l'église de plusieurs belles reliques de la Thébaïde.
Cette méprise paroissoit d'autant plus vraisemblable qu'on avoil vu maintes fois la naine de Granville s'absenter pendant des mois, pendant des saisons, pendant des années, et même pendant le cours d'une ou deux générations, sans qu'on sût ce qu'elle étoit devenue; et il falloit en effet qu'elle eût considérablement voyagé, car elle parloit toutes les langues avec la même facilité, la même propriété de termes, la D richesse d'élocution que le françois de Mois ou de Paris, qui n'étoil pas lui-même -a langue naturelle. Cette science de souvenirs dont elle ne faisoil aucun étalage, car elle ne se servoit d'ordinaire que de notre patois bas-normand, lui avoil donné, comme vous pouvez croire, un immense crédit dans les écoles où elle venoil journellement recueillir pour ses repas les débris de nos déjeuners , et celte dernière particularité, jointe aux idées superstitieuses et aux folles rêveries dont nos nourrices et nos domestiques nous berçoient depuis L'enfance, avoil valu à la pauvre naine, parmi I. s jeune gamins de mon âge, un surnom asse/. fantastique : on l'appeloil la Fée aux Miettes. C'est ainsi que je vous en parlerai à l'avenir.
Ce qu'il \ a de certain, monsieur, c'est qu'aucune difficulté de thème ou de version n'eût embarrassé la fée aux Miettes, et elle se gardoil bien de nous les expliquer sans nous les rendre aussi claires qu'elles l'etoient pour elle-même, de sorte que notre travail se trouvoit infiniment meilleur et notre instruction aussi, puisque nous entendions
parfaitement tout ce qu'elle nous faisoil faire, et que is pouvions appuyer par de
bonnes autorités et de bons raisonnements tout ce (pie nous avions fait. Nous n'étions
pas assez, ingrats pour radier les obligations que UOUS avions à la l'ee aux Miellés,
mais nos respectables maîtres . qui ne voyoienl en elle qu'une misérable mendiante .
et qui l'Iionoroienl cependant comme une digne femme . n'etoienl pas taches de sentir
notre émulation excitée par une illusion innocente. — oh! oh! s'écrioient-ils en riant , quand il arrivoil une excellente composition cicerouieniie qui enlcvoil d'embl e
la première place , ■ — voil i qui i essrui la louche et l'inspîralii D de la I . e aux Mu il' s.
— Et il n'y avoit rien de plus vrai. J'ai souvent désiré de savoir si ce dicton s'étoit conservé à Granville.
— La Fée aux Miettes n'est donc plus à Granville, mon ami?
— Non, monsieur! répondit Michel en soupirant et en élevant les yeux au ciel.
Où la Fée aux Miettes est représentée au naturel, avec de beaux détails sur la pèche aux coques et sur les ingrédients propies à les accommoder, pour servir de supplément à la Cuisinière bourgeoise.
Il n'y avoit pas un écolier à Granville qui n'aimât la Fée aux Miettes, continua Michel; mais elle tn'inspiroit dès ma douzième année un penchant de vénération tendre et de soumission presque religieuse qui tenoit à un autre ordre d'idées et de sentiments. Étoit-il l'effet d'une reconnoissance profondément sentie , ou le résultat de cette éducation privée qui m'avoit fait contracter de bonne heure, dans la conversation de mon oncle André, le goût de l'extraordinaire et du surnaturel, c'est ce que je ne saurais démêler. Il est vrai, cependant, qu'elle m'affectionnoit elle-même entre tous mes camarades , et que , si je l'avois voulu , j'aurois toujours été le premier de l'école. Je ne le désirais point, parce que cet avantage qu'on prend sur les autres est une des raisons qui nous en font haïr, et que je regardois l'amitié comme un avantage bien plus doux que ceux qui résultent de la supériorité de l'instruction et du talent. C'étoil donc pour mon propre bonheur, et il y a bien peu de mérite à cela, que dans les fréquentes conférences où nous admettoit la Fée aux Miettes , sous le porche de l'église, avant d'entrer à la messe ou aux vêpres , je lui disois le plus souvent, en la tirant un peu en particulier : — J'ai eu du temps cette semaine pour travailler à ma composition, et je la crois aussi bonne que je puisse la faire, en m'aidaut, a part moi, des conseils que j'ai reçus de vous jusqu'ici ; mais voilà Jacques Pellevcy que sps parents veulent mettre dans les ordres , et Didier Orry dont le père est bien malade et recevrait une grande consolation de voir Didier réussir dans ses éludes. Comme j'ai fait tout ce qu'il falloit pour contenter mon oncle et mes professeurs, je ne désire maintenant que de voir Jacques et Didier alterner à la première place jusqu'à la fin de l'année. Je vous prie aussi de soutenir un peu Nabot, le fils du receveur, quoique je sache bien qu'il ne m'aime pas, et qu'il me battrait s'il en avoit la force; mais parce qu'il me semble qu'il aurait moins d'aigreur dans le caractère s'il n'étoit pas si malheureux dans ses études et que le dépit d'être toujours lé dernier n'eût pas altéré son naturel.
— Je ferai ce que tu me demandes, me répondoit la Fée aux Miettes en prenant un petit air sérieux , et je ne suis pas étonnée que tu me l'aies demandé , parce que
je connois ton bon cœur; niais il seroil possible, si je réussissois, que tu n'eu--. pas le grand prix à la Saint-Michel. — Alors, lui répondis-je, cela me seroil égaL — Et à moi aussi, reprenoit la Fée aux Miettes, avec un sourire doux el significatif que je n'ai jamais connu qu'à elle.
J'eus pourtant le grand prix cette année-là, avec .laïques, qui entra au séminaire, et Didier, dont le prie guérit. Nabol mérita l'accessit au grand étonnemcnl de tout le monde; mais il m'en a longtemps voulu, parce qu'il regarda comme une injustice la préférence qu'on m'avoil donnée sur lui.
— Avez-vous eu d'autres ennemis au inonde, Michel !
— Je ne crois pas, monsieur.
Jusqu'ici je ne vous ai parlé que de l'âge et de la taille de la Fée aux Miettes. Vous ne la commisse/, pas encore. Je vous ai dit, si je ne me trompe . qu'elle étoit svelte dans sa tournure; mais cela ne peut s'entendre que d'une très-vieille femme qui a conservé, par bonheur ou par régime, quelque souplesse el quelque élé§ de formes. Elle prêtoit souvent cependant à l'idée quï nous nous faisions de sa décrépitude, en s'appuyant toute courbée sur nne petite béquille de bois du Liban, surmontée d'une forte poignée fie je ne sais quel métal inconnu : mais qui avoit l'éclat et l'apparence du vieil or. c'est cette baguette curii use, dont elle n'avoil jamais voulu se défaire en faveur des juifs dans sa plus grande indigence, qui lui fil décerner bien avant nous, par les petites écoles de Granville, ses titres de féerie, il est vrai qu'elle lui venoil de sa mère, ou même de sa grand'mère, si la chronologie du moud" permet cette supposition , el je vous demande si ces deux respectables personnes di voient avoir été de grandes princesses. Il faul bien passer quelque vanité aux pauvres gens, c'est le seul dédommagement de leurs misères.
Aussi n'étoit-ce pas ce petit travers qui tourmentoil ma \i\e el sincère amitié pour la l'ée aux Miettes. Elle en avoit un autre , l.i bonne femme, qui m'afDigeoit mille fois davantage , le souvenir d'une ancienne beauté qu'elle ne croyoil pas tout à fait effacée, et dont elle parloil en se rengorgeanl avec une complaisance qu'on ne pouvoit s'empêcher de trouver lisible. Je n'étois pas des derniers à m'en l ;ayer en sa présence; car autrement je ne me le semis jamais permis. Je lui avois trop d'obi lions pour cela. — Tu as beau plaisanter, médian! sournois, disoil-elle alors en me frappant gentiment de sa béquille.... Il arrivera un jour où mes charmes auront
d'empire sur le beau Michel pour le faire exlravaguer d'amour !... . — De l'amour pour vous, Fée aux Miettes ! m'écriois-je en riant ; ni plus ni moins , en vérité, que pour ma bisaïeule, si elle ressuscitoil aujourd'hui avec un siècle de plus sur la tète. — Et notre dialogue étoil bientôt couver! par les acclamations de toute la brigade
joyeuse, qui daiisoil en rond auteur d'elle en chantant : \b '. qu'elle est belle, la I aux Miettes!.... M, us nous finissions toujours par la cajoler un peu, el elle s'en alloit contente....
Ce n'est pas que la caducité de la Fée aux Miettes eût rien de repoussant. Ses grands yeux brillants qui rouloient avec un feu incomparable entre deux paupières fines et allongées comme celles des gazelles; son front d'ivoire, où les rides étoient creusées avec des flexions si douces et si pures qu'on les auroit prises pour des embellissements «ajustés par la main d'un artiste ; ses joues surtout , éclatantes comme une pomme de grenade coupée en deux, avoient un attrait d'éternelle jeunesse qu'il est plus facile de sentir que d'exprimer ; ses dents même auraient paru trop blanches et trop bien rangées pour son âge , si , aux deux coins de sa lèvre supérieure , sa bouche fraîche et rose encore n'en avoit laissé échapper deux, qui étoient h la vérité plus blanches et plus polies que des touches de clavecin; mais qui s'allongeoient assez disgracieusement d'un pouce et demi au-dessous du menton.
Et je me surprenois quelquefois à dire tout seul : Pourquoi la Fée aux Miettes ne s'est-elle pas fait arracher ces deux diables de dents?...
La Fée aux Miettes ne montrait jamais ses cheveux , probablement parce qu'ils auraient contrasté avec l'ébène de ses sourcils. Ils étoient ramassés sous un bandeau d'une blancheur éblouissante, surmonté d'un fichu également blanc, plié eu carré h plusieurs doubles et posé horizontalement sur la tête comme la plinthe ou le tailloir du chapiteau corinthien. Cette coiffure, qui est celle des femmes de Granville , de temps immémorial , et dont on ne fait usage en aucune autre partie de la France, quoiqu'elle soit merveilleuse dans sa simplicité , passe pour avoir été apportée chez nous par la Fée aux Miettes de ses voyages d'outre-mer; et nos antiquaires conviennent qu'ils seraient fort embarrassés de lui assigner une origine plus vraisemblable. Le reste de son costume se composoit d'une espèce de juste blanc serré au corps, mais dont les manches larges et pendantes soulenoient au-dessous de l'avantbras d'amples garnitures d'une étoffe un peu plus fine, découpée à grands festons, et d'une jupe courte et légère de la même couleur, bordée à la hauteur du genou de garnitures pareilles, qui tomboient assez bas pour laisser à peine entrevoir un pied fort mignon, chaussé de petites babouches aussi nettes que galantes. L'habit complet paroissoit, je vous jure, plus frais, à telle heure et en tel endroit qu'on la rencontrât, que s'il venoit de sortir des mains d'une lingère soigneuse : et ce n'est pas ce qu'il y avoit de moins extraordinaire dans la Fée aux Miettes, car elle étoit si pauvre, comme vous savez, qu'on ne lui connoissoit de ressources que dans la charité des bonnes gens, et d'autre logement que le porche du grand portail. Il est vrai que les coureurs nocturnes prétendoient qu'on ne l'y rencontrait jamais quand minuit avoit sonné; mais on n'ignoroit pas qu'elle passoit souvent ses nuits en prières à l'ermitage Saint- Paterne, ou à celui du fondateur de la belle basilique de Saint-Michel, dans le péril de la mer, sur le rocher où l'on voit encore empreint le pied d'un ange.
Comme mon histoire est pleine de tant d'événements incroyables que j'ai déjà quelque pudeur à les raconter, je me garderai bien d'ajouter h l'invraisemblance des
LA FÉE /LUX MIETTES bl
faits qui n'ont d'autre garant que ma sincérité, l'invraisemblance des vaincs conjectures populaires. La seule chose que je puisse attester sans crainte d'être contredit des personnes qui onl vu la Fée aux Miettes, el qui n'a pas vu la Fée aux Miettes à Granville !... c'est qu'il ne s'esl jamais trouvé sur terre une petite vieille plus blanchette, plus proprette et plus parfaite en tout point.
Les seules distractions que je prenois alors, car j'étois fort affectionné au travail , c'etoit la reclure lie des papillons, des mou< hes singulières, des jolies plantes de nos parages; mais plus souvent la pêche aux coques, dont il faut, si vous le pi nuque je vous dise quelque chose.
Les grèves du mont Saint-Michel, alternativement couvertes et délaissées par les eaux, ont cela de particulier qu'elles changent unis lus jours d'aspect, de forme et (retendue, ei que le sable menu dont elles sont composées conserve l'apparence des récifs et des bas-fonds de la nier, avec toutes les embûches de cet élément . de sorte qu'elles ont en son absence leurs vagues, buis écueils el leurs abîmes. Ce n'esl pas sans une certaine habitude qu'on peut j marcher hardiment sans s'exposer, jusqu'au rocher pyramidal sur lequel saint Michel a permis à l'audace des hommes de bâtir son église miraculeuse. Si un voyageur inexpérimenté s'égare de quelques pas, le sable trompeur le saisit, l'aspire, l'enveloppe, l'engloutit , avant que la vigie du château et la cloche du port aient eu le temps d'envoyer le peuple à son secours. Cet horrible phénomène-a quelquefois dévoré jusqu'à des vaisseaux abandonnés par le reflux.
La nature est si bonne pom sa création, qu'elle a semé dans cette arène mobile
nue ressource plus abondante que la ma du dési rt, I est cette petite coquille à
sillons profonds et rayonnants dont les valves rebondies, el comme lavées d'un incarnat pâle, ornent si souvent le camail grossier du pèlerin. On l'appelle la coque,
i ei heu lie es| devenue DOUX les habitants du rivage une de ces iiiimc, nies induStl i 9
<pii n'offensent au moins le regard de l'homme sensible, ni par l'effusion du sang ni
par la palpitation des chairs viv.inies. L'attirail du pécheur est tout simple. Il se réduit à une résille à mailles serrées qui pend sur son épaule, el dans laquelle il jette par douzaine son gibier retentissant, et puisa un bâton armé d'une pointe de fer un peu crochue qui sert à la lois a sonder le sable el à le retourner. Un petit ITOU
cylindrique, seul vestige de vie que les v.i^ues aient respecté en se retirant, lui indique le séjour de la coque , el d'un seul coup de pic il la découvre ou l'enlève. ( '. st de là qu'il montoit à la l'ace de l'Océan, le pauvre petit animal, sur une d écailles VOgUanl en chaloupe, el sous l'autre, dressée comme une voile. Il y a aussi l.i dedans une ai I un Dieu, comme dans toute la nature: mais l'habitude a si vit,-
appris aux enfants que rien n'esi délicieux comme la coque, fricassée avec du beurre
d' \vialiches et des tilles 11. lin s!
il y a loin de Granville aux grèves de Saint-Michel, et le chemin le plus court
n'est pas le plus sur a I» iiiroup près ; niais je m'j 9 volontiers quand J'jvois
trois jouis de vacances devant moi, ce qui se présente souvent à l'époque des grandes fêtes , et mon oncle étoit enchanté de me voir essayer sans danger réel les fortunes du voyageur de mer. J'ai dit qu'on rencontrait quelquefois la Fée aux Miettes sur cette route, parce qu'elle avoit une grande dévotion à saint Michel, et cette rencontre m'étoit toujours agréable, la Fée aux Miettes ayant des trésors de souvenirs qui rendoient sa conversation la plus intéressante et la plus profitable du monde. Je ne saurais dire comment cela se faisoit, mais j'apprenois plus de choses utiles dans une heure de son entretien que les livres ne m'en auraient appris en un mois, ses courses lointaines et son bon jugement naturel l'ayant familiarisée avec toutes les études comme avec toutes les langues. Elle joignoit à cela une manière si saisissante et si lumineuse de communiquer ses idées, que j'étois étonné de les voir apparaître subitement dans mon intelligence, aussi claires que si elles s'étoient réfléchies sur la glace d'un miroir. D'ailleurs, la marche de la Fée aux Miettes ne retardoit jamais la mienne; tout accablée qu'elle étoit du fardeau des ans, vous auriez dit qu'elle glissoit sur le sable, plutôt que d'y imprimer ses pieds; et, pendant que je mesurais de l'œil pour elle un rocher difficile à l'escalade, il ni'arrivoit quelquefois de l'apercevoir au sommet , et de l'entendre crier en riant aux éclats : « Eh bien , brave Michel , » faut-il que je te tende la main? »
Un jour que nous revenions ensemble ainsi en causant des petites conquêtes d'histoire naturelle que j'avois faites la veille, et qu'elle s'amusoit à me décrire, aussi exactement qu'une bonne iconographie aurait pu le faire, les arbres à grandes fleurs des forêts de l'Amérique et les papillons de lapis et d'or des deux presqu'îles de l'Inde : — Comment est-il donc advenu, Fée aux Miettes, lui dis-je, que vos voyages aient abouti à Granville où je me plais, parce que j'y suis né et que mes affections d'enfance y étaient, mais qui ne saurai! vous offrir cet attrait de la patrie dont toutes choses s'embellissent? Je vous avouerai que cela m'embarrasse un peu. — C'est précisément, répondit-elle, cet attrait de la patrie dont tu parles qui me fait rechercher avec empressement les ports d'où la route d'Orient m'est toujours ouverte; je comptais obtenir, tôt ou tard , de la charité des marins , mon passage sur quelque bâtiment, et les longues guerres qui viennent de finir m'ont, durant tout le temps de ton enfance , privée de cet avantage. Combien , si je ne t'avois connu , n'aurois-je pas regretté d'avoir quitté Greenock, où cette occasion se présente tous les jours, et où je n'étois du moins pas obligée de coucher sur la pierre froide, sous un porche battu du vent, car j'y avois et j'y ai encore, si Dieu l'a permis, une jolie maisonnette appuyée contre les murs de l'arsenal. Une autre raison, conlinua-t-elle en minaudant, et en me flattant du geste et du regard, c'est l'amour que j'ai conçu pour un petit cruel qui ne raconnoit pas ma tendresse. — El puis, comme par un fâcheux retour sur elle-même, elle baissa les yeux, soupira et parut repousser du dos de la main une larme prête à couler.
l..\ FÉE AUX MIETTES
— Laissons, laissons, repris-je , cette plaisanterie hors de saison qui ne \a pas à
votre âge ni au mien; une fe te aussi pieuse et aussi sensée que vous êtes peul
sYn faire un jeu innocent, mais elle viendrait mal dans une conversation sérii Maintenant que la paix esl faiie, il n'v a rien de plus aisé que di vous assurer, avec vingt louis d'or de mes épargnes, un bon passage pour Grcenock , qui n'csl pas au bout du momie , mais qui doit être , si j<' ne me trompe . à si\ ou sept lieues pleinouesl de Glasgow, dans le comté de Renfrew. Voyezi, ma bonne mère, si cela vous accommode, et, pour peu que vous pensiez y rire |>Iun heureuse qu'à Granville, je vous dispenserai avec plaisir de recourir à la générosité des mariniers.
— El île qui veux-tu que j'accepte ce bienfait, .Michel? De toi? doni la fortune esi peut-être perdue à jamais, au moment où tu \ penses le moins?
— .le ne sais, dis-je, Fée aux Miettes, mais l„ fortune réelle d'un maître ouvrier n'esi jamais perdue tant qu'il a des liras ei du courage; mon éducation esl unie, mon aptitude au travail éprouvée, ma constitution vigoureuse, et mon âme ferme. L'avenir ne peut m'enlever désormais que ce qu'il plairait à la Providence de me ravir, el je suis toul résigné d'avance à ses volontés, parce qu'elle sail mieux ce qui nous convient que nous ne le savons nous-mêmes.
— .le le sais gré de la générosité, repartit la Fée aux Miettes, mais tu comprends qu'elle n'inquiète pas médiocrement ma pudeur el ma délicatesse. Passe encore si tu me laissais l'espérance de partager un jour nia petite fortune avec la tienne el de devenir ion heureuse fei !
— Oh, oh! Fée aux Miettes, que ce ne soil pas cela qui vous arrête, dis-je à mon tour, en lui cachant le mieux que je pus le l'un rire dont sa proposition faillit nie faire éclater. .le suis, à la vérité, fort loin de penser aujourd'hui à un établissement aussi grave que le mariage, mais tout vient à son temps dans la vie; nous sommes gens de revue , s'il plaît à Dieu , el je ne réponds de rien , si nous nous retrouvons
quelque pan, quand je serai mûr pour prendre le parti que vous dites. Au moins puis-je vous répondre que je n'ai contracté jusqu'ici aucun engagement qui m'en empêche !
— Tu nie combles de joie , mou cher Michel . el il n'v a plus qu'une chose qui m'arrête. J'ai eu le bonheur de le servir quelquefois de mon expérience ci de mes
conseils, el lu n'es pas encore arrive au point .le l'en passer louj 'S. Si lu me procures
le moyen de retournera Greenock, ne te manquerai il rien quand je serai partie!
— De vous savoir heureuse, Fée au\ Miettes.
En prononçant ces paroles, je serrai cordialement sa petite main qui trembloit dans la mienne, el je rencontrai ses yeux animés, eu se Qxanl sur moi. d'un feu extraordinaire que je n'avois jamais vu briller dans ceux d'une femme.
Seroit-il possible, en effet, nie ileinan lai je en la quittant, que celle pauvre vieille m'aimât ?
Comment l'oncle Je Michel se mit en mer, et comment Michel fut charpentier,
J'avois réellement vingt louis d'or en réserve sur les gratifications de douze francs que mon oncle André ne mauquoit pas de me distribuer tous les dimanches , et dont il me restait toujours quelque chose, parce que je ne dépensois que ce que je trouvois l'occasion de donner. Cependant, je n'étois pas sans quelque scrupule sur le droit que je pouvois avoir de disposer à seize ans d'une somme aussi forte, et si je m'étois engagé très-avant dans ma promesse à la Fée aux Miettes, c'est que je savois que mon oncle André ne me rontrarioit jamais, et qu'il me contrarierait moins encore en cette occasion, sur l'honnête emploi d'un argent inutile.
Quand j'entrai le soir dans sa chambre , son maintien grave et rêveur m'interdit. J'imaginai d'abord que le moment n'étoit pas favorable pour lui faire ma confidence, et je me retirais doucement, lorsque j'entendis qu'il me rappeloit.
« Michel, » me dit-il, en me faisant asseoir en face de lui et en prenant une de mes mains entre les siennes, « mon cher Michel , le moment dont je t'avois parlé est » venu , sans que nous ayons reçu de nouvelles de Robert. Il faut donc , mon fils , » que je parte, et que j'accomplisse le devoir d'un bon associé, d'jn bon frère et » d'un honnête homme, pour retrouver la trace de ton père, qui ne peut m'échap- » per, et, s'il m'est impossible d'y parvenir, — Dieu veuille nous épargner cette dou- » leur, — pour recueillir du moins quelques débris de la fortune qu'il devoit te » laisser. Cette résolution étoil formée de loin , comme tu sais , et mes mesures si » bien prises que l'arrivée inopinée de Robert en pouvoit seule empêcher l'effet. » Voilà le sablier vide , et celui qui marque les années de ma vie s'épuise aussi. Je « n'ai pas dû perdre de temps, mais j'ai voulu m' épargner autant que possible la vue » des larmes qui mouillent tes joues , et qui tombent amèrement sur mon cœur » d'homme. Tu es assez fort aujourd'hui pour mettre de toi-même le courage d'un » vieillard à l'abri de cette épreuve. Essuie tes yeux, petit, et embrasse-moi avec la » fermeté d'un noble garçon. Je pars demain. »
A ces mots les sanglols m'éioufl'èrent, je n'eus pas la force de me lever pour me jeter dans les bras de mon oncle André , et je cachai ma tête entre ses genoux.
« Voilà qui est bien, dit-il d'une voix assurée. Cela se dissipera comme un nuage, n et gaiement, j'espère, car le soleil esta l'horizon. J'aurois plus de motifs que toi de » m'inquiéter, si je te laissois dans une position qui pût m'alarmer sur ton avenir, mais » tu as bien profité de tes études et de ton apprentissage, je ne crois pas qu'il y ail un » homme, dans les cinq parties du monde, qui puisse se passer plus allègrement de
l.\ i ÉE AUX Mlll I ES.
» celte fiction de la fortune, qu'on n'a inventée, crois-moi , que pour les inurines 1 1 .1 les paresseux. Tu es grand, bien fait , alerte, suffisamment informé îles connoissam es d utiles, et par-dessus tout cela, comme je l'ai désiré, un des bons ouvriers qui aient .> jamais fait crier une scie el retentir un maillet dans les chantiers de Granville. Tout s » les inclinations que je te connois sonf pour le travail el la médiocrité, et je n'ai plus » besoin de ii- rappeler qu'une médiocrité aisée, qui esl meilleure que la richesse, ne .> manque jamais au travail. C'est demain ipie tu entres à la journée chez ton char- » pentier, et c'est à compter de demain que chaque jour !>■ rapporte un salaire. ■> Comme j'ai pourvu à le conserver jusqu'à la Saint-Michel prochaine, dans la nui- » son où nous sommes, le domicile, la nourriture et toutes les nécessiti s de la vie, » sans compter mes \ieilles nippes el toul ><■ qui en dépend, dont tu useras à ton - plaisir, cette première année de profils, que tu peux convertir en économies, snf- ) lira pour t'assurer, à chaque année qui suivra, le modeste bien-être auquel tu i s ■• accoutumé, et dont tu n'as jamais désiré de sortir; car une année d'avance pour » un ouvrier est un trésor plus solide que ceux du grand Mogol. El m je te fais tant « d'éloges de i'éi momie ([ne je n'ai jamais beaucoup pratiquée par moi-même , ■> ce n'est pas (pie je la considère connue un moyen d'enrichissement , mais parce » que je ni' connois point d'autre moyen d'indépendance. A cela pies, c'est la moin- » dre des vertus réelles, et il n'j a pas de libéralité bien placée, pourvu qu'elle le » soit sans calcul et sans ostentation, qui ne vaille mieux qu'une économie.
Ces' paroles de mou oncle, dites en pareille circonstance, enlevoient un poids énorme do dessus mon cœur. J'étois maître de vingt louis que je v^mis de promettre a la Fée aux Miettes, dont elle avoii si grand besoin! Mon oncle continua :
« Il me reste peu de chose à te dire, et je t'en dispenserais si l.i vieille naine d"
l'église, que vous appelez, je crois, la Fée aux Miettes, n'étoil venue m'apprendre, ■i un instant avant que lu n'entrasses auprès de moi, qu'elle parloil demain pour -i i petite ville de Greenock , où je ne sais quels intérêts, peut-être imaginaires, récla- » ment la présence de cette pauvre femme, el pour me demander en même temps m » je t'autorisois à disposer en s,i faveur de tes petites épargnes . donl tu es tout à fait
li' maître, el que m ne peux mieux employer de ta vie qu'à soulager une h
misère. le suppose seulement, Michel, (pie tu as compté sur ion travail pour les
■ remplacer '.' i
Sur un signe d'affirmation et de plaisir que je lui Gs alors: — \ merveille,
reprit mou oncle, tu vois que je nus prévenir tes confidences, el pour revenir à
>< mon discours, je m'en semis volontiers rapporté à la Fée aux Miettes de ces iler-
>• niers enseignements, parce que c'est mie femme de bon conseil, dans tout ce qui
■ ne touche point à quelques rêveries ass,v bizarres donl elle s'est infatuée, mais « (pie nous devons passeï a si u grand Sge •. el qu'elle a toujours été portée d.- si bonne » intention pour notre maison , que mou père ti'hésitoil pas à bu attribuer le sut
» de ses meilleures entreprises et l'agrandissement de son bien, au point de la i) mettre à l'aise si elle l'avoit voulu et si elle n'eût préféré obstinément son vaga- » bondage mystérieux à une existence plus solide. Les bonnes dispositions que bien « l'a données , et dont il m'a permis de voir le germe éclore et se développer sous » mes yeux , me permettent d'ailleurs d'abréger beaucoup ces instructions, et de les » rapporter seulement au nouvel état que tu vas embrasser pendant mon absence.
« Quoique tu ne sois pas né pour lui, ne le méprise jamais, et surtout ne le » quitte jamais par orgueil. Le parvenu qui dédaigne le métier qui l'a nourri n'est » guère moins méprisable que l'enfant dénaturé qui renie sa mère.
« Sois charpentier avec les charpentiers. Ne te distingue d'eux par ton éducation » qu'autant qu'il le faut pour leur en communiquer lentement le bienfait sans les » humilier. Crois que ceux qui t'écoutent avec une envie sincère de s'instruire .i valent presque toujours mieux que loi , puisqu'ils doivent à un instinct naïf de ce .. qui est bien ce que tu ne dois peut-être qu'au hasard de la naissance et au ca- » price de la fortune.
» Ne fuis pas les plaisirs de tes camarades. Le plaisir est de ton âge. Ne t'y livre .i pas aveuglément. Le plaisir auquel on s'est livré sans défense et sans retour devient » le plus inexorable des ennemis.
» Si ton cœur s'ouvre à l'amour des femmes avant de me revoir, n'oublie pas, de « quelque charme qu'elle soit revêtue, que toute femme qui détourne un homme : du soin de son devoir et de son honneur est moins digne d'amour que la naine de » l'église. L'amour est le plus grand des biens, mais il n'est jamais vraiment heureux » tant qu'il ne satisfait pas la conscience.
» Souviens-toi, de plus, qu'un homme de ton âge qui a par devers lui une année » d'existence assurée, le goût du travail et de la simplicité, un tempérament robuste, » une santé à l'épreuve et un bon métier, est cent fois plus riche que le roi , quand « il joint à tout cela douze francs vaillant dans sa poche ; six francs pour satisfaire » aux besoins de son imagination , six francs pour adoucir le sort d'un pauvre ou » pour soulager les angoisses d'un malade.
« Enfin, si les principes de religion que je t'ai inculqués soigweusement depuis le " berceau s'eflaçoient de ton esprit, ce qui n'est que trop à craindre par le temps « qui court, retiens-en au inoins deux pour l'amour de moi, parce qu'ils peuvent n tenir lieu de tous les autres ; le premier, c'est qu'il faut aimer Dieu , même quand » il est sévère; le second, c'est qu'il faut se rendre utile aux hommes autant qu'on » le peut, même quand ils sont méchants. »
Après cela, il me quitta en me serrant la main.
Quand je fus de retour dans ma chambre, j'envoyai mes vingt louis à la Fée aux Miellés.
Le lendemain, sans m'en prévenir, mon oncle partit de bonne heure en me lais-