LES DEMONS DE I. A NUIT
LE l'IiOLOGLK.
Somnia fallaci ludunl temerario nocle, Et pavidas mentes falsa timere jubcnt.
Catulle.
L'ilr i si n mpl e de bruits, de sons el de de n qui donnent du plaisir sans jamais nuire. Quelq des milliers d'instruments tintent confusément
quelquefois ce sont des voix telles que. si je llois après un l< n dormit on dormant il m a semblé
voir les nuéi - s'ouvi ir, el mi ntn : ti uti bii n q | m iii n qu'en me i
mme un entant île l'cnvil .
ssl'l MIE.
\h ! qu'il csi (loin. m. i lïsidis, quand le dernier lintemenl de la cloche, qui expire dans les tours d' irons . vienl de nommer minuil , — qu'il est <lnu\ de rcuir partager avec toi la couche longtemps solitaire où je te revois depuis un an !
Tu es ii moi, Lisidis, cl les mauvais génies qui sf-paroicnl de i"ii graeicux sommeil le sommeil de l orenzo ne m'épi uvanleronl plus de li ms | resliges !
On disoit avec raison, .sois-en sûre, que ces nocturnes terreurs qui assailloienl , qui brisoient mon âme pendant le cours des heures destinées au repos, n'éloient qu'un résultat naturel de mes études obstinées sur la merveilleuse poésie des anciens, cl de l'impression que m'avoient laissée quelques fables fantastiques d'Apulée , car le premier livre d'Apulée saisit l'imagination d'une étreinte si vive et si douloureuse, que je ne voudrais pas, au prix de mes yeux, qu'il tombât jamais sous les tiens.
Qu'on ne me parle plus aujourd'hui d'Apulée et de ses visions; qu'on ne me parle plus ni des Latins ni des Grecs , ni des éblouissants caprices de leurs génies ! N'es-tu pas pour moi, Lisidis , une poésie plus belle que la poésie, et plus riche en divins enchantements que la nature tout entière ?
Mais vous dormez, enfant, et vous ne m'entendez plus! Vous avez dansé trop tard ce soir au bal de l'île Belle !... Vous avez trop dansé , surtout quand vous ne dansiez pas avec moi, et vous voilà fatiguée comme une rose que les brises ont balancée tout le jour, et qui attend pour se relever, plus vermeille sur sa tige à demi penchée, le premier regard du matin !
Donnez donc ainsi près de moi, le front appuyé sur mon épaule, et réchauffant mon cœur de la tiédeur parfumée de votre haleine. Le sommeil me gagne aussi, mais il descend cette fois sur mes paupières, presque aussi gracieux qu'un de vos baisers. Dormez, Lisidis, dormez
Il y a un moment où l'esprit suspendu dans le vague de ses pensées Paix!
La nuit est tout à fait sur la terre. Vous n'entendez plus retentir sur le pavé sonore les pas du citadin qui regagne sa maison, ou la sole armée des mules qui arrivent au gîte du soir. Le bruit du vent qui pleure ou siffle entre les ais mal joints de la croisée, voilà tout ce qui vous reste des impressions ordinaires de vos sens, et au bout de quelques instants , vous imaginez que ce murmure lui-même existe en vous. Il devient une voix de votre âme , l'écho d'une idée indéfinissable, mais fixe , qui se confond avec les premières perceptions du sommeil. Vous commencez cette vie nocturne qui se passe (ô prodige !...) dans des inondes toujours nouveaux, parmi d'innombrables créatures dont le grand Esprit a conçu la forme sans daigner l'accomplir, et qu'il s'est contenté de semer, volages et mystérieux fantômes, dans l'univers illimité des songes. Les Sxlphcs, tout étourdis du bruit de la veillée, descendent autour de vous en bourdonnant. Ils frappent du battement monotone de leurs ailes de phalènes vos yeux appesantis, et vous voyez longtemps flotter dans l'obscurité profonde la poussière transparente et bigarrée qui s'en échappe, comme un petit nuage lumineux au milieu d'un ciel éteint. Ils se pressent , ils s'embrassent, ils se confondent , impatients de renouer la conversation magique des nuits précédentes, et de se raconter des événements inouïs qui se présentent cependant à votre esprit sous
l'aspect d'une réminiscence mcrveilli use. Peu a pou leur voix s'affaiblit, ou bien elle ne vous parvient que pur un organe inconnu qui transforme leurs récits en tableaux vivants, et qui vous rend acteur involontaire des scènes qu'ils ont préparées; car l'imagination de l'homme endormi, dans la puissante de sou 3me indépendante et solitaire, participe en quelque chose a la perfection des esprits. Elle s'élance avec eux, et, portée par miracle au milieu du cœur aérien des songes, elle vole de surprise en surprise jusqu'à l'instant où le chant d'un oiseau matinal avertit son esi aventureuse du retour de la lumière. Effrayés du cri précurseur, ils se rassembl ni comme un essaim d'abeilles au premier grondement du tonnerre, quand de lai gouttes de pluie font pencher la couronne (1rs fleurs que l'hirondelle caresse sans la toucher. Ils tombent, rebondissent, remontent, se croisent comme des atomes entraînés par des puissances contraires, et disparaissent en désordre dans un rayon du soleil.