‹ Contes de Charles NodierChapitre 59 sur 59 · L.A l I M ' M. NI. I \ -mi H 1:1 VI HIX · texte numérisé non relu

L.A l I M ' M. NI. I \ -mi H 1:1 VI HIX

sus-Christ n'eussent été prêtes .1 vous recevoir. Bien . bien !.. ne me p-j-

maintenant , pauvre brebis égarée ! Fortifiez-vous de ce bouillon «pu- j';ii < haufli

bâte aussitôt que je vous ;ii api 1 1 uc ; goûti / ce vin génén ux qui rendra I

à votre estomac et la souplesse à mis membres endoloris. Faites-i

êtes mieux. Buvez, buvez tout , el maintenant, avant de vous lever, si vous n'eu

avez pas encore la lune, enveloppez-vous de celte mante que j'ai

épaules; donnez-moi entre mes mains vos petites mains • pour qu<

pelle le sang ei Ni vie. Sentez vous déjà vos doigt • mon bail

0I1 ! miiis serez bien l ut .1 l'heure ! «

Béatrix, pénétrée d'attendrissement , se saisit des mains de la di les pressa .1 plusieurs reprises sur ses lèvres.

— Je suis bien déjà . lui dit-elle , et je me sens 1 n étal d'aller 1 Dieu de

la grâce qu'il m'a faite c e dirigeant ver cette sainte maison. Seulement, pour

que je puisse la comprendre dans nés prières, ayez la boni pprendre

mi je suis .'

— 1.1 mi seriez-votis , répliqua Ni tourière . si ce n'est à Notre-dame-des-l pii Fleuries, puisqu'il n'\ a point d'autre monastère dans ces solitudes .1 plus de lieues à la ronde ?

— Notre-Dame-des-Épines Fleui ies ! s'écria Béatrix avi c nu cri de joie que suivirent aussitôt les marques de la plus profonde consternation

Épines- Fleuries ' repi il elle en ! lissant tomber sa tête sur son si in? I is pitié de moi !

— El quoi ! ma fille, dit la charitable hospitalière, ne le saviez vous pas î II vrai que vous paraissez venir de bien loin, cai je u'ai jamais vu d'habillements femme qui ressemblassent aux vôtres. u... - Nom Damc-des I

borpe pas sa protection aux habitants du paj -. Vous n'ignoi ouï parler, qu'elle esl bonne pour tout le monde.

— Je la connois . el je l'ai sen ic , répondit Beau ix ; mais de bien loin .

(mu vous dites, ma mère, el il n'est pas étonnant que nies veux loiul

reconnu d'abord ci séjour de paix el de bénédiction. Voilà cependant

couvent . cl les buissons d'épines où j'ai • m illi tant de ilcui

toujours! J'étois -1 jei cep ndanl quand je les ai qui

1 11i111n11.il elle en relevant son lïiuii vers le ciel avci donne aux remords d'un chrétien l'ahuégaiioii de lui-mêiu sœur Béatrix étoil custode de la sainte chapelle. Ma mi

— Comment l'aurais je oublié, mon eut. nu. puisq

d'elle CUStodc de la -.Mille I b.ipelle !

parmi nous, cl qu'elle restera longtemps, j'espère, un

la communauté : — puisque, après la protection de la sainte Vierge, nous ne conuoissons point d'appui plus assuré devant le ciel ?

— Je ne parle point de celle-là, interrompit Béatrix en soupirant amèrement; je parle d'une autre Béatrix qui a fini sa \ie dans le peelié, et qui occupoit la même place il y a seize ans.

— I.e bon Dieu ne vous punira pas de ces paroles insensées, dit la tourière en la rapprochant de son sein. La détresse et la maladie qui altèrent vos esprits ont troublé votre mémoire de ces trisles visions. Il y a plus de seize ans que j'habite ce couvent, et je n'y ai jamais connu d'autre custode de la sainte chapelle que sœur Béatrix. Au reste, puisque vous êtes décidée à présenter à Notre-Dame un acte d'adoration, pendant que je vous préparerai un lit, allez, ma sœur, allez au pied du tabernacle; vous y trouverez déjà Béatrix, et vous la réconnoîlrez aisément, car la bonté divine a permis qu'elle ne perdît pas en vieillissant une des grâces de sa jeunesse. Je vous retrouverai tout à l'heure pour ne plus vous quitter jusqu'à voire entier l'établissement.

En achevant ces paroles , la tourière rentra dans le cloître. Béatrix gagna en chancelant l'escalier de l'église, s'agenouilla sur le parvis, et le frappa de sa tète; puis s'enhardit ou peu, se leva, et, de colonne en colonne, s'avança jusqu'à la grille, où elle retomba sur ses genoux. A travers le nuage dont sa vue étoit obscurcie, elle avoit distingué la sœur custode qui émit debout devant le tabernacle.

Peu à peu, la sœur se rapproçhoil d'elle en taisant sa revue ordinaire du saint lieu, rendant la n'anime aux lampes éteintes, ou remplaçant les guirlandes de la veille par de nouvelles guirlandes. Béatrix ne pouvoit en croire ses yeux. Cette sœur, c'étoit elle-même, non telle que l'âge, le vice et le désespoir l'avoient laite, mais telle qu'elle a\oit dû être aux jours innocents de sa jeunesse. Étoit-ce une illusion produite par le remords? Étoit-ce un châtiment miraculeux, anticipé sur ceux que lui réservoit la malédiction céleste? Dans le doute, elle cacha sa tète clans ses mains, et la reposa immobile contre les barreaux de la grille en balbutiant du bout des lèvres les plus tendres de ses prières d'autrefois.

lit cependant la sieur custode mareboit toujours. Déjà les plis de ses vêtements avoient effleuré les barreaux. Béatrix accablée n'osoit respirer.

— <.'est lui chère Béatrix, dit la sœur d'une voix dont aucune parole humaine ne peut exprimer la douceur. Je n'ai pas besoin de te voir pour te reconnoitre, car tes prières viennent à moi telles que je les ai jadis entendues. Il y a longtemps que je t-attendois; niais, comme j'ètois sûre de ton retour, je pris ta place le jour où tu m'as quittée, pour qu'il n'y eût personne qui s'aperçût de ton absence. Tu sais maintenant ce que valent les plaisirs et le bonheur dont l'image t'avoit séduite, et tu ne t'en iras plus. C'est , entre nous, pour le siècle et pour l'éternité. Rentre donc avec confiance dans le rang que lu occupois parmi mes filles. Tu trouveras dans ta

LA LÉGENDE DE I. \ SCEI I'. BÉAI KIX.

cellule, dont in n'as pas oublié le chemin, l'habil que m j avois laissé, et m revêtiras avec lui ta première innocence, dont il est l'emblème : c'i s uni commune que je dctois à ton amour, <-i que j'ai obtenue pour Ion repeul sœur custode de Marie ! Aimez Marie comme elle vous a an

C'étoil Marie en e el : <-\ quand Béalrig éperdue releva *■ ■ yeux inondés

de larmes, quand elle étendit vers elle ses bras palpiunts en lui jetant une ai lion de grâces brisée par ses sanglots, elle \it la sainte Vierge monter I de l'autel,

rouvrir la porte du tabernacle, et b'j rasseoir dans sa gloin d'or el sous ses festons d'épines Deurics.

Béatrix ne redesccirdil pas an . !i i notion. Elle alloil revoii

doul elle avoil train la loi, et qui avoicnt vieilli, exemples de reproche, dans la pratique d'un devoii >sa parmi ses sœurs, le front baissé, ■! prête

ii s'humilier an pre nier cri qui annoncerait s.i réprobation. Le > œur vivemenl

elle prêta u >reille attentive à leurs voix , ci elle n'entendil rien. < omrae an. une

d'elles n'avoil remarqué son dépari , aucune d'elles m- lit attention a son retour. III'' se précipita aux pieds de la .s linte \ iergc . qui ne lui au>it jamais paru i qui

s imbloil lui sourire. Dans tes rêves de sa vie d'illusions, elle n'avoil rien compris qui approchai d'un tel bonheur.

La <li\ ine fête de Marie car je crois avoir >lii que ceci se passoit le jour de l'Assomption s'accomplil dans un mélange de recueillemenl et d'extasi plus

belles des solennités passées avoient à peine do '■ l'idée à cette comniunauli

vierges, sans tache comme leur reine. Les mus avoient va tomber du labcrnai I

lumières miraculeuses . les autres avoienl entendu !«• chanl «1rs anges se lei a leurs

chants pieux, cl s'étoienl ai i - tées de resp sel pour n'en pas troubler I : a I sic harmonie. On se racontoil avec mvsi re qu'il \ avoil ce jour-là une fêle dans le paradis .

corn lans le monastère des Épines-Fleuries; et, par un phénomène i

cette saison , toutes les épines de la contrée avoienl refleuri . de sorte que ce n'étoii . au dehors comme au dedans, que printemps el parfums. C'est qu'une àuicétoil rcnln e dans le sein du Seigneur, dépouille» de toutes les infirmités el de toutes les miniesde notre cond tion, el qu'il n'y a poini de fête qui soil plus agn ableaox s.iinis.

I u.' seule inquiétude obscurci! un moment l'innocente jni>- d.s . Vierge, i ne pauvre femme, toute souffreteuse el toute niala - le malin

sur leseuitd onastère. La lourière l'avoil vue . elle l'avoil iinparfaitemcnl s

elle avoil disposé pour elle uu lu doux el liède où reposer ses membres débiles , alTnil. lis par la privation . el di puis elle l'avoil iuutilemenl cherchée. Celte malheu

créature avoil disparu sans qu'où en «trouvai aan s traces, maison pensoil que

s eur Béalrix pouvoil l'avoir aperçue a l'église où e le - éloil ;

— Rassurez-vous, mes sœurs, dil Béalrix émue jusqu'aux larmes de ces leo oucis; rassurez vous coniinun l-elle en pressant la lourièr

cetle pauvre femme, el je sais ce qu'elle esl devenue. Elle est bien, nies sœurs, elle est heureuse, plus heureuse qu'elle ne le mérite el que vous n'auriez pu l'espérer pour elle.

Cette réponse apaisa toutes les craintes; mais elle fut remarquée, parce que c'étoit la première parole sévère qui fût sortie de la bouche de Béatrix.

Après cela toute l'existence de Béatrix s'écoula comme un seul jour, comme ce jour de l'avenir qui est promis aux élus du Seigneur, sans ennui , sans regrets, sans crainte , sans autre émotion , car les cœurs sensibles ne peuvent s'en passer tout à fait, que celles de la piété envers Dieu et de la charité envers les hommes. Elle vécut un siècle sans avoir paru vieillir, parce qu'il n'y a que les mauvaises passions de l'âme qui vieillissent le corps. La vie des bons esl une jeunesse perpétuelle.

Béatrix mourut cependant, ou plutôt elle s'endormit avec calme dans ce sommeil passager du tombeau qui sépare le temps de l'éternité. L'Église honora sa mémoire d'un souvenir glorieux. Elle la plaça au rang des saints.

Bzovius, qui a examiné cette histoire avec le grave esprit de critique dont les auteurs canoniques offrent tant d'exemples, est bien convaincu qu'elle a mérité cet honneur par sa tendre fidélité à la sainte Vierge, car c'est, dit il, le pur amour qui fait les saints ; et je le déclare avec peu d'autorité , j'en conviens , mais dans la sincérité de mon esprit et de mon cœur : Tant que l'école de Luther et de Voltaire ne m'aura pas offert un récit plus touchant que le sien, je m'en tiendrai à l'opinion de Bzovius.

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