I. \ LÉGENDE DE I. \ -(«.II: l'.I.Ai
ladins el les concerts des ménestrels ; sa \ ie étoil une fête insensée, o i la roi
de la réflexion, étouffée par les clan 's de l'orgie, anroil vainement •■
faire entendre; el ccpendanl Marie n'étoil pas tout .:i fait sortie i renir. Plus
d'une fois,, dans les apprêts de sa toiletli mlaire s'étoil raacliinaletncnl <> i
sous ses doigts. Plus d'une fois elle avoil laissé tomber sur le bouquet flétri <!<• !.. Vierge un regard el une larme. La prière avoit monté plus d'une r.is jusqu'i lèvres, comme une flamme cachée que la cendre n'a pu contenir, mais ell éteinte sous les baisers de son ravisseur; el . dans son délire même . quelque chose lui disnii encore qu'une prière l'auroil sauvée !
Elle ne tarda pas d'éprouver qu'il n'j a d'amour durable que celui qui i par la religion ; que l'amour seul du S ppc aux \i> issitudes
de nos sentiments; que, seul entre toutes nos affections . il sembli fortilier par I" temps, pendant que 1rs autres brûlent si \ i \ ■
dans nos cœurs de cendre. Ccpendanl elle aimoil Raymond autant qu'elle pouvoil aimer, mais un jour arriva où elle comprit que Raymond ne l'aimoil plus. Ce jour lui fil prévoir le jour plus horrible encore où elle seroil tout à f.iii abandonné) celui pour qui elle .1 \ « >i t abandonné l'autel , et ce ji ui redouté arriva ; 11--1 : Béalrix se trouva sans appui sur la terre, hélas ! el sans appui dans le ciel, i 1a en
\aiu une consolation dans ses souvenirs, un refuge dans ses espéra I es flci :
scapulairc s'étoienl flétries comme celles du bonheur. I ;i source de- larmes el d prière éloil tarie. La destinée que s'étoil faite Béatrix venoil de s'accomplir. L'infortunée accepta sa damnation. Plus on tombe de haut ilans le chemin <lr la vertu, plus la chute a d'ignominie, plus elle esi irréparable, et c'esl de haut que I tombée. Elle s'effraya d'abord de son opprobre , el puis elle finit par en ( l'habitude , parce que le 1 cssoi 1 de son âme s'étoil brisé. Quinze anni ;iiiisi . el pendant quinze ans, l'ange tntélairc que le baptême .i\ <>ii dontié à ceau, l'Sngc au cœur de frère qui l'avoit tant aimée, se voila de -
Oh ! que ces années fugitives emportèrent de trésors 1 , la
pudeur, la jeunesse, la beauté, l'amour, ces rosi - de la \ ic qui ne flcui ss >ni qu'une fois, el jusqu'au sentiment de la conscience qui dédommage do lires
pertes! Les bijoux qui l'avouant auii fois pai > impies que la déban
•m crime, lui fournirent quelque u rop proni|
demeura seule, delà bjcl de ni pris |wur les autres coum
livrée aux dédains insolent • du vii e, el odieuse :* la \. nu. cxempl ci (ic misère que les mères montroienl J huis enfants pour, les détourner du p Elle se lassa d'être .\ chai ié, de ue 1 ie des aui
répugnance clquoil souvenl aux maius de la charil que
par des neiis qui avoieni .1.- p.un.
1 u jour, elle s'enveloppa il ■ ses haillons, qi i rheui uu:
3fô6 CONTES CIluISlS.
riche loilclte; elle résolu! d'aller demander les aliments de la journée ou l'asile de la nuit à ceux qui lie la voient pas connue ! Elle se flatta de cacher son infamie dans son m .il heur'; elle partit, la pauvre mendiante, sans autre bien que les fleurs qu'elle avoil autrefois ravies au bouquet delà Vierge, et qui tomboient, une à une, en poussière, sous ses lèvres desséchées !
liéatrix étoit jeune, encore, mais la honte et la faim avoient imprimé sur son front ces traces bilieuses qui révèlent une vieillesse hâtive. Quand sa figure pâle et muette imploroil timidement 1rs secours des passants, quand sa main blanche et délicate s'ouvroit en frémissant à leurs dons, il n 'étoit personne qui ne sentît qu'elle avoitdù avoir d'autres destinées sur la terre. Les plus indifférents s'arrétoient devant elle avec un regard amer qui sembloit dire : O ma fille! comment ètes-vous tombée?... — Et son regard , à elle , ne leur répondoit plus ; car il y avoit longtemps qu'elle ne pouvoit plus pleurer. Llle marcha longtemps, longtemps : son voyage sembloit ne devoir aboutir qu'à la mort. Un jour surtout, elle avoit parcouru , depuis le lever du soleil, sur le revers d'une montagne nue, un sentier âpre et raboteux, sans que l'aspect d'aucune maison vînt consoler sa lassitude; elle avoit eu pour seul aliment quelques racines sans saveur arrachées aux fentes des rochers: sa chaussure en lambeaux venoit d'abandonner ses pieds sanglants; elle se sentoit défaillir de fatigue et de besoin, lorsqu'à la nuit close, elle fut frappée tout à coup de l'aspect d'une longue ligne de lumières qui annonçoient une vaste habitation , et vers lesquelles elle se dirigea de, toutes les forces qui lui restaient; mais, au signal d'une cloche argentine dont le son réveilla dans son cœur un étrange et vague souvenir, tous les feux s'éteignirent à la fois, et il n'y eut plus autour d'elle que la nuit et le silence. Elle fit cependant quelques pas encore, les bras étendus, et ses mains tremblantes s'appuyèrent contre une porte fermée. Elle s'y soutint un moment, comme pour reprendre haleine; elle essaya de s'y attacher pour ne pas tomber ; ses doigts débiles la trahirent ; ils glissèrent sous le poids de son corps : O sainte Vierge! s'écria-t-elle, pourquoi vous ai-je quittée!... Et la malheureuse Béatrix s'évanouit sur le seuil.
Que la colère du ciel soit légère aux coupables! De pareilles nuits expient toute une vie de désordre ! La fraîcheur saisissante du matin commençoit à peine à ranimer en elle un sentiment confus et douloureux d'existence, quand elle s'aperçut qu'elle n'étoit pas seule. I ne femme agenouillée à ses côtés soulevoit sa tète avec précaution, et la regardoit fixement dans l'attitude d'une curiosité inquiète, en attendant qu'elle fût tout à fait revenue à elle-même.
« Dieu soit béni à jamais, dit la bonne lourière, de nous envoyer de si bonne heure un acte de piété à exercer et nu malheur à secourir! C'est un événement d'heureux augure pour la glorieuse fête de la sainte Vierge que nous célébrons aujourd'hui ! Mais comment £p fait-il, ma chère enfant, que vous n'ayez pas pensé à tirer la cloche ou à frapper du marteau ? Il n'\ a point d'heure où vos sieurs en Je-