‹ Contes de Charles NodierChapitre 8 sur 59 · CHAPITRE VIL l'esprit de dieu · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL l'esprit de dieu

Le lendemain survint dans l'air un de ces esprits de Dieu que vous n'avez jamais mis que dans vos songes, qui planoit, remontait, sembloil se perdre parfois dans l'azur éternel, redescendoit encore, et se balançoit à des hauteurs que la pensée ne peut mesurer , sur de larges ailes bleues, comme un papillon géant.

A mesure qu'il se rapprochoit , on le voyoit déployer les anneaux d'une chevelure blonde comme l'or dans la fournaise, et il se laissoit aller au courant des airs qui le berçoient , en jetant ses bras d'ivoire et sa tète abandonnée à tous les petits nuages du ciel.

Puis il se posa , en bondissant du pied , sur les frêles rameaux , sans peser sur une feuille , sans faire fléchir une fleur; et puis il vola, en la caressant du battement de ses ailes , autour de la fosse récente de Xaïloun.

«Eli! quoi, s'écria-t-il , Xaïloun est donc mort, Xaïloun que le ciel attend, à » cause de son innocence et de sa simplicité! »

Et de ses larges ailes bleues qui caressoient la fosse de Xaïloun, il laissa tomber au milieu de la terre qui le couvroit une petite plume qui soudainement y prit racine , y germa et s'y développa comme le plus beau panache qu'on ait jamais vu couronner le cercueil des rois; ce qu'il fit pour mieux le retrouver.

Alors il aperçut le poète qui s'étoit endormi dans la mort comme dans un rêve joyeux* et dont tous les traits rioient de paix et de félicité.

i- Mon Lockman aussi, dit l'esprit, a voulu rajeunir pour se rapprocher de nous, « quoiqu'il n'ait passé qu'un petit nombre de saisons parmi les hommes, qui n'ont » pas eu le temps, hélas! de profiler de ses leçons. Viens cependant, mon frère, viens

LE SONGE D'OR

» avec moi , réveille-toi de la mon pour me suivre; allons an jour éternel , allons a

I Dicll !... »

Au même instant il appliqua un baiser de résurrection soi le fronl de 1 ockmau, le souleva légèrement de son lit «le mousse, el le précipita dans un ciel si profond que l'œil des aigles se fatigua de les chercher, avant de s'être tout à lait ouvert a leut départ.

Ceci est l'histoire de l'ange.

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