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Contes de Fromaget; le cousin de Mahomet, avec une notice bio-bibliographique

L se rencontre de singuliers hasards pour le chercheur et le lettré^ dans cette vie de Paru SI douce à la flânerie; certaines affinités bi~ larrcs entre la pensée rêveuse et errante et la réalité froide et tangible feraient parfois croire volontiers à ces fantastiques fictions du romantisme qui allumèrent notre imagination aux approches de la vingtième année.

II Notice sur la Vie

Nicolas Fromager vient de me fournir un bien étrange exemple à l'appui de cette thèse.

Comme, il y a quelques mois, je m'obstinais à découvrir une piste historique , si vague fût-elle^ sur l'auteur original du Cousin de Mahomet, et alors que^ malgré l'ardeur extrême que j'apportais à mes recherches^ et en dépit de mes rébellions de curieux inventoriant avec fièvre tous les mémorialistes ^ biographes et anecdotiers du temps, je ne trouvais que néant sur cette personnalité littéraire entièrement effacée du temple de Alémoire. je sortis de ma bibliothèque^ rebuté par mon labeur stérile^ et fus promener ma noire mélancolie et la légère migraine qui me cerclait le crâne dans cette fourmilière de l'Hôtel des ventes, où la vie moderne^ avec tous ses contrasBB-Sj ses hauts ^ ses bas^ ses misères et ses richesses, se trouve si logiquement représentée.

Fromaget me hantait, m'obsédait encore au milieu du bruit ^ des rencontres fortuites et des poignées de main échangées à la hâte : — « Diable d homme ! me disais-je, troublant mystificateur ! qui semble s'être condamné à l'anonyme à perpétuité^ en ne signant aucun ouvrage et en ne laissant rien de sa créature vivante^ ni portrait, ni lettres, ni demi-confessions y ni même quelques-unes de ces pages où l homme apparaît à travers l'œuvre comme à travers le papier

et les Œuvres de Fromaget. m

le filigrane du fabricant... —Rien, rien, en dehors de son talent de romancier, ne subsiste de son passage au siècle dernier: X ou Fromaget, c'est tout un! Cependant, ajoutais-je mentalement, n'était-il pas, d'après des notes manuscrites du marquis de Paulmy, Vami, le disciple et le collaborateur de Le Sage? Ne fut-il pas lié avec Panard, avec Boiiard de Pontau, avec les principaux faiseurs du Théâtre de la Foire? La date de sa mort seule subsiste : — 1759. — Q'^'-^^d, et où était-il venu au monde, et, par conséquent, quel âse avait-il? — Mystlre! »

Tandis que je monologuais ainsi intérieurement, je me trouvais conduit dans une des salles du premier étage, où se vendaient des toiles de toute provenance, et un bric-à-brac de faïences anciennes et d'étoffes brochées; l'aboyeur clamait la mise aux enchères de quatre portraits médaillons sans cadres dans le plus pitoyable état; la peinture s'écaillait sur les toiles détendues, et les visages étaient enfouis sous une couche dépoussière respectée. Il y avait là deux portraits d'hommes et deux portraits de dames qui semblaient avoir décoré quelques trumeaux d'un salon du xviii^ siècle. Le public se gaussait devant ce quadrille d'ancêtres au rabais qu'on faisait défiler devant lui, et la mise à prix tombait rapidement à des sommes dérisoires. Je ne sais, dans la situation d'es-

IV NoticesurlaVie

prît où je me trouvais, à quel sentiment ou à quelle divination j'obéis en faisant le geste de l'amateur qui demande à voir. Les tableaux posés devant moi. j'en pris un que j'essayai de placer dans le jour favorable ; au bas de l'ovale, une inscription en petites capitales jaune chrome me tira l'œil, et la curiosité me poussant à frotter avec le doigt mouillé la partie entière des lettres peintes^ je lus : Fromaget.

A ce moment, je compris l ivresse intense des égyptologues qui violent les sépultures Pharaonesques pour pousser cet Eurêka joyeux du savant qui tient une solution. Je ne fus pas long à acquérir les quatre portraits ovales, que j'emportai vite et \ite pour leur faire toilette et honneur dans mon logis de curieux. Il me tardait de voir^ avivé et reverni, le visage de l'auteur du Cousin de Mahomet, de cet écrivain énigmatique qui m'intrigue encore si vivement; et puis, je l'avouerai^ cette singulière coïncidence d'un portrait de Fromaget trouvé par occasion dans l'instant même où. mon esprit quêtait des documents à son sujet; affectait à mes yeux l'allure d'une histoire extraordinaire à la Edgar Poe. et je n'eusse guère été étonné davantage si tout à coup le portrait se fût animé j et si^ de cette bouche décolorée, mon « petit conteur inconnu ». en me saluant d'un sourire^ m'eût fait lui-même sa propre biographie.

et les Œuvres de Fromaget.

Fromaget, proprement épousseté et débarbouillé, m'apparut enfin sous les dehors d'un homme de quarante-cinq ans, le visage un peu envahi d'embonpoint sous la perruque. Vœil noir, doux et ironique à la fois, le nei proéminent, — un compromis entre le nei de Collé et celui de Piron, — les lèvres minces et malicieuses, et, dans Vensemble des traits, ce grand air de bonté et de quiétude qui laisse deviner un écrivain heureux, lequel dînerait plus souvent à la table d'un fermier général que dans des cabarets de poètes faméliques. Je passerai sous silence Vélégance d'un jabot de fine dentelle et les ramages d'un gilet somptueux; mais si je me laissais aller aux arabesques d'imagination de cette école d'érudits qui ont précédé ma génération, je ne manquerais pas de conclure que Nicolas Fromaget était gentilhomme de cour, et qu'il dut gaillardement occuper sa jeunesse et jouer au naturel le principal râle de son héros du Cousin de Mahomet.

Par malheur, l'imagination ne sert aucunement dans l'étude de l'histoire littéraire consciencieusement écrite avec des notes précises et des documents auto-

VI Notice sur la Vie

risésy et la science des Lavater^ dont on pourrait user même vis-à-vis d'une figure rétrospective, ne serait qu'une paradoxale théorie dans le cas qui nous occupe.

Ah ! si la a Folle du logis t eût pu se faufiler dans cette Notice, Je n'aurais pas manqué de parler de ces deux demoiselles Fromagetj aussi aimables que vertueuses^ dont parle Bachaumont * à propos d'une Société d'encouragement au bien^ connue sous le nom de Société de l'Humanité, et qui tenait ses assises à Saint-Quentin; et. prenant prétexte des deux nobles dames acquises à l'Hôtel des Ventes en compagnie du portrait de notre auteur, j'aurais fait ressortir bien des probabilités, au travers desquelles il eût été possible d'imaginer que Fromaget était natif de Saint-Quentin^ qu'il s'y maria et fut père de deux filles charmantes^ qui étaient encore trop Jeunes pour lui fermer les yeux lors de sa mort^ en 1759.

Tout ceci serait bien puéril ^ et Je crois avoir accoutumé mes lecteurs à une érudition moins fantaisiste : là où il n'y a rien^ le biographe perd ses droits. Je n'insisterai donc pas^ et conclurai modestement avec Mayer {dans les Notices^, qui forment le tome xxxvii" du Cabinet des fées) que, par ses œuvres^ on peut

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