I. Mémoires secrets, à. la date du 20 mai
et les Œuvres de Fromaget, vu
supposer seulement que Fromaget « avait le caractère enjoué, de la gaieté^ un esprit naturel et agréable. »
Les peuples qui n ont pas d'histoire, dit-on^ sont des peuples heureux. Peut-être en est-il de même des hommes j et rien ne s'oppose à ce que la postérité dise de Fromaget qu'il fut le vir bonus des anciens, l'honnête et paisible écrivain qui cacha son bonheur en dissimulant sa vie. ISœuvre reste, quoi qu'il en soit , et la bibliographie sait toujours trouver son compte dans l'historique des ouvrages imprimés. L'auteur du Cousin de Mahomet semble avoir débuté dans les lettres par le Théâtre; pas une de ses comédies n'a été imprimée, mais les manuscrits existent à la Bibliothèque Nationale, provenant de la bibliothèque de Soleinne, qui les tenait de Pont de Vesle, lequel les avait achetés avec les archives du Théâtre de la Foire. En voici la nomenclature :
1° Le Magasin des choses perdues, opéra-comique en un acte composé de scènes épisodiques, représenté le 21 septembre 1738. En collaboration avec Boilard de Pontau;
VIII Notice sur la Vie
2" Les Vieillards rajeunis^ opéra-comique^ représenté le 28 Juin i7j8. En collaboration avec Le Sage;
3° Le Neveu supposé, opéra-comique en un acte, représenté le iC septembre 1733. En collaboration avec Le Sage ;
4° Les Noms en blanc, 'opéra-comique, représenté le s> mars 1739,
5° L'Epreuve dangereuse ou le Pot au noir, opéracomique^ représenté le 3 mars 1740.
Ces différents opéras-comiques se trouvent en manuscrits : dans le Théâtre inédit de la Foire, n° 3400 du catalogue Soleinne ; dans le Théâtre inédit de Le Sage, n° 3404, même catalogue^ et dans le n° 3409, Théâtre inédit de Boizard de Pontau.
Fromaget avait fait, en outre, avec Le Sage, les Deux frères, opéra-comique, représenté le 21 septembre 1734, mais on ri en a pas le manuscrit.
Enfin il est certain qu'il travaillait avec Panard, mais on ne sait pas quelles sont les pièces de théâtre auxquelles il a collaboré.
On ne trouve V analyse de ces comédies et opérascomiques ni dans les Mémoires pour servir à l'histoire de la Foire ni dans /'Histoire de l'Opéra-co-
et les Œuvres de Fromager. ix
mique. — Quant aux romans de Fromaget^fen donnerai la liste chronologique en reproduisant quelques notes intéressantes et inédites prises sur le Catalogue manuscrit du marquis de Paulmy, conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal.
I® La Promenade de Saint-Cloud ou la Confidence réciproque. Paris ou La Haye, 1736-1737, 3 vol in-i2. Réimprimés en 1738 et en 1755. In-i2.
Roman de Fromaget, dit Paulmy, d'après les Mémoires de Le Sage ».
2° Histoire de Guillaume, s. n. et s. d., in-12 (probablement 1737).
« Ce livre est du pauvre Fromaget, écrit en note le marquis de Paulmy, et d'un autre auteur encore vivant (?). Cet ouvrage n'est pas également bon dans tout son contenu, mais il y a une ou deux histoires fort plaisantes » .
Ce recueil n'est connu que par le catalogue du marquis de Paulmy.
3° Le Cousin de Mahomet, histoire plus que galante (par Fromaget). Leide, 1742, 2 parties en I vol. in-i2. Autre édition, Constantinople (Paris), s. d. Éditions successives en
X Notice sur la Vie
1748, 1750, 1751, 1770, 1781, 1786, 1789 et 1801 ; 2. vol in-i8 avec jolies figures.
L'édition la plus recherchée est celle de Constantinople (Paris) s. d. (1750), 2 vol. in-12 avec 6 figures par Clavereau, gravées par Fessard^. I titre et i petite vignette en tête de chaque volume. Cette édition se vend jusqu'à 60 fr.
4" MiRiMA, impératrice du Japorij par l'auteur du Cousin de Mahomet. La Haye (Paris), 1745, I vol. in-i2.
« J'ai parlé plus haut de l'auteur, met en note le marquis de Paulmy. Cet exemplaire est avec des corrections manuscrites. Ce sujet est tiré de la Relation de l'ambassade des Hollandais au Japon, édit. in-folio de 1680 et de l'édition in-12, tome II, dans lequel cette histoire est beaucoup mieux détaillée, quoiqu'elle ne soit qu'un extrait de la grande, mais la partie romanesque est plus étendue ».
5" Kara-Mustapha et Bash-Lavi. Amsterdam (Paris), 1750.
« Ce roman est amusant », écrit placidement Paulmy. — C'est en quelque manière une suite au Cousin de Mahomet.
DoN'A Urraca, reine de Castilleet de Léon, par
et les (Euvres de Fromager. xi
M™« D. L. Z. E. B. Q. (M. Fromager) La Haye, 1750, in-12.
Cet ouvrage n'est cité que par Paulmy, qui écrit en note : « L'auteur est mort en 1759, c'est ici SDn dernier ouvrage ».
Bien que sommaire en apparence^ cette bibliographie de Fromaget, telle que je viens de la donner ^ est complète au possible. Je ne l'aurais pas achevée entièrement si je n'émettais une opinion très person~ nelle. j'allais écrire « une conviction » ; c'est que l'ouvrage intitulé : La Vie de don Alphonse Blas de Lirias, fils de Gil Blas de Santillane (Amsterdam^ ij'^'^jin-iz. Figures) pourrait fort bien, à mon sens, être de Fromaget. J'ai relu cet ingénieux roman et y ai trouvé ces qualités particulières à l'auteur du Cousin de Mahomet, qui sont toutes dans le style, bien davantage encore que dans l'invention, et qui font reconnaître dans Fromaget un des élevés de Le Sage qui se rapprochent le plus des belles allures narratives du maître.
Le Cousin de Mahomer est une Turquerie exquise; c'est en quelque sorte un Gil Blas oriental très original, un petit chef-d'œuvre du genre, plein de rail-
xn Notice sur la Vie
lerie et très humain par le fond. Tous les caractères y sont peints avec une sûreté de touche extrême, et le lecteur qui voudrait occuper ses loisirs à faire un parallèle entre le Gil Blas et le Cousin de Mahomet serait surpris du nombre et de la variété d'exemples et de rapprochements qu'il aurait à fournir à l'appui delà thèse que j indique.
Ce n'est plus ici cet Orient égrillard, cet éternel décor, où. la littérature rococo du siècle dernier montre ses féeries baroques et fait se mouvoir des génies sournois, des fées lumineuses, des princes ridicules comme Schah-Baham, de bénins sultans comme Misapouf des califes Mangogul et tout un monde de magots qu'on croirait sortir d'une vitrine de potiches et de statuettes de vieux Sèvres. Ce ne sont plus des sultanes vaporeuses , des petites maîtresses poudrées à frimas qui perchent un minuscule turban à aigrette sur le sommet de leur coiffure, qui accentuent leur beauté de mouches assassines, qui portent des robes de ga^e couleur feu, des paniers pentagones à angles rentrants et saillants et des mules de vair comme Cendrillon. Avec Fromaget et le Cousin de Mahomet, tout cet Orient de bric-àbrac ^ de bonies et de négrillons, toutes ces Jolies fantasmagories des Voisenon, des Alarmontel et des abbés Blanche t, tous ces « papillonnages, chiffonnages .
et les Œuvres de Fromager. xiii
franchahavardages » disparaissent pour faire place à un roman oriental très réel^ dans lequel la fiction se déroule au milieu de décors authentiques et où tous les rôles sont joués par des personnages d'une vérité absolue.
Fromaget fut peut-être le premier à abandonner le genre des Orientales rocaille; — avait-il vécu à Constantinople? Son roman tendrait à le prouver, car son érudition seule n'aurait pu lui apprendre ces divers usages de la Turquie qui lui semblent si familiers, et dont toutes ses œuvres portent l'empreinte. Il est possible néanmoins qu'il se soit livré à de nombreuses recherches et ait étudié avec ardeur les docteurs de la religion mahométane et tous les ouvrages spéciaux, asseï rares cependant au xviii^ siècle.
Tel quil se présente, je tiens son roman du Cousin de lAz\).omei pour l'une des petites œuvres les plus remarquables de l'époque — c'est du Casanova dans l'esclavage musulman, — et ce n^ est pas un mince éloge que f adresse là à ces mémoires d'un joueur de Jlageolet.
L'édition que voici a été imprimée sur celle de ij^o, avec des corrections nécessitées par une orthographe et une ponctuation des plus désordonnées. Le portrait qui décore cet ouvrage est la reproduction du médaillon ovale dont j'ai conté l'heureuse acquisition. —
XIV Notice sur Fromaget.
En tel état qu'il se présente, et sans insister davantage sur sa valeur, puisse ce livre charmant retrouver, auprès du public que n'étouffe pas un rigorisme trop austère, une sorte de regain du succès intime qui l'accueillit jadis dans les boudoirs de nos spirituelles et rieuses grand'meres, alors que la pruderie ne pontifiait pas derrière les Eventails et qu'on aimait en Art et en Littérature le joli qu^on se gardait bien de maladroitement confondre avec le beau.
Paris, i" avril 1882.
Octave UZANNE.