Paris, Amyot, 4 vol. in-S
2. Le baron Georges de Plaiicy, arriére-petit-lils de Claude-Godard d'Aucourt, et actuellement secrétaire de l'Ambassade de France à Berlin.
3. Le nom de d'Aucourt prend le t rînal dans tous les imprimés du xviii* siècle. Dans les papiers de famille, le
IV Notice sur la Vie
2<r décembre lyiG. — Bien qu'il soit né en Champagne et qu'il y possédât d'importantes seigneuries, il y a tout lieu de penser que sa famille n'était pas d'origine champenoise. Les noms de Godard d'Aucourt ont un caractère^ un accent, plutôt normand que champenois et la plupart des pièces réunies dans le dossier de la famille — conservé à la section des parchemins de la Bibliothèque nationale de Paris — nous feraient, s'il faut le dire, plutôt opter pour une origine purement normande.
D'une de ces pièces, il appert que Godard d'Aucourt aurait eu parmi ses ancêtres une dame Godard^ laquelle — en exécution d'un arrêt de i6oi signé du roi Henri IV — prouva sa noblesse à l'occasion de la répartition des tailles, en justifiant de sa filiation jusqu'à Laurent Godard, escuyer qui vivait en l^-jo.
Quoi qu'il en soit de ces suppositions lointaines j il est assuré que d'Aucourt était vers 176^ possesseur en Champagne d'un domaine étendu, situé mi-partie dans chacun de nos départements actuels de V Aube et de la Marne. Il était seigneur marquis des baronnies de Plancy et de Saint-Just ; des terres et seigneuries de Lorigueville, d'Estrelles, de la vicomte
nom de d'Aucour ne prend pas le f, croyons-nous. Nous adopterons cependant ici l'orthographe du dernier siècle.
et les Œuvres de Godard d'Aucourc, v
de Semaine^ de Charny-le-Bachot et de nombreux autres fiefs.
Ses prédécesseurs dans la possession de ce domaine avaient été Guénégaud de Plancy^ qui fut ministre sous Louis XIV et pour gui la terre de Plancy avait été érigée en marquisat et, plus anciennement encore, la famille de Lacroix d'Haqueville.
Claude Godard d Aucourt épousa Claire Poisson, cousine germaine de la très illustre marquise de Pompadour. En t/^^, il fut pourvu d'un office de fermier général et devint par la suite, en 178^^ receveur des finances de la généralité d'Alençon. De son mariage avec Claire Poisson, il eut deux fils dont, par son crédit, il fit nommer l'un, Charles- François- Jean-Frédéric Godard d Aucourt, receveur des finances d Argentan.
Les comptes de finances et d'administration de Claude Godard d' Aucourt, conservés dans les archiies de la famille, donnent d'intéressants renseignements sur les divers fonctionnements d'une recette générale des finances à cette époque ; mais il ne nous convient guère d! entrer ici dans tous ces détails administratifs, qui sont de mince importance dans cet essai de notice où nous avons déjà tant de difiîculté à découvrir les éléments d'une étude purement biographique.
Lors des événements de 17<)2, Claude Godard
VI Notice sur la Vie
d'Aucourt n'émigra pas. Il eut d'abord à Justifier de ses comptes de finances devant les commissaires de la nation^ puis il fut dépouillé de sa charge et enfin emprisonné sous la Terreur.
La lettre suivante, adressée aux citoyens composant le comité révolutionnaire de la section de Guillaume Tell (rue Vivienne) ^ témoigne des vexations qu'il eut à subir à cette époque :
« Citoyens,
'( Vous demande^ à mon petit-fils , resté à tua <i garde et tutelle, de vous prouver en vertu de quelle « réquisition j'habite Paris et si j'y suis comme '( comptable.
'( Pour répondre à ces deux questions ^ il me suffira « de vous dire, sans parler des décrets généraux qui <i sont formels :
« 1° Que je suis à Paris ^ tant par mon âge de « soixante-dix-huit ans que par la réquisition du « comité de sûreté générale qui. par son arrêté du « C Jlorédl. dit expressément que tous les citoyens « comptables chargés de rendre leurs comptes des « régies et administrations sont en réquisition pour « rendre leurs comptes.
n 2° Pour vous prouver que je suis bien réellement
et les Œuvres de Godard d'Aucourt. vu
« comptable, il suffit du décret du xi pluviôse relatif « aux cy-devant receveurs généraux des finances ; « dans ce décret, je suis nomément (sic) désigné (( sous mon nom de d'Aucour avec tous mes confrères « comptables, retenu à Port-Libre en cette qualité, (( en vertu du décret du 4 frimaire , et renvoyé en <( arrestation chei moi à Veffet d'y rendre mes (( comptes. Tous faits dont vous ne pouvei douter, <( puisqu'en sortant de Port-Libre, le 25 pluviôse, je Il fus d'abord conduit à votre comité par le commisi saire de police Renard à l'effet de vous prier de « lever les scellés que vous avie^ fait apposer vous- « même pendant mon absence sur mes meubles et « papiers, et laissé par vous à la garde du citoyen « Apert ; de quoi vos commissaires ont dressé procesf( verbal, ainsi que de la levée de vos dits scellés et '( de la remise qu'ils m'ont fait (sic) des papiers re- <i latifs à ma comptabilité à l'effet de pouvoir rendre « mes comptes. Leur procès-verbal constate qu'ils « n'ont rien trouvé chei moi de suspect sous leurs (( dits scellés,, mais qu'inventaire fait par eux des « dits objets^ ils ont laissé un nouveau gardien pour (( leur sûreté} ce qui doit être consigné sur vos reit gis très.
Il Lequel exposé je déclare véritable, pourquoi •« j ose espérer que vous accorder ei au suppliant
VIII Notice sur la Vie
(I l'effet de sa demande contenue en son mémoire de « Vautre part.
« A Paris, ce i6 fructidor Van 11^ de la R. F. une et « indivisible. »
Claude Godard d'Aucourt étant mort à Paris le i*^ juillet 179^; sa veuve, Claire Poisson, protestait encore, par la lettre ci-jointe qu'elle adressa au citoyen ministre de la justice, contre les conséquences qu'avaient eues et pour elle et son mari les troubles révolutionn aires.
« Citoyen,
« La dame Claire Poisson, veuve d'Aucour, de- « meurant à Paris, rue Vivienne, n° 47, division du (I Mail, vous expose qu'à la faveur des loix révolu- « tionnaires des 28 août et lo juin 1793, ^^^ habi- « tants des communes de Plancy et Charny-le-Ba- « chot, après avoir dévasté ses propriétés en coupant (I les plus beaux bois, ont encore fait prononcer, « pendant la détention de son mari, un jugement (I arbitral qui lui enlevé , et à ses enfants, la meil- (I leure partie d'une terre dont elle était en possession 3 paisible et bien régulière. »
Des quatre petits-enfants de Claude Godard d'Au-
et les (Euvres de Godard d'Aucourt. ix
court j dont trois furent placés comme pupilles de la nation au collège de Roubaixj Vun^ le cadet^ est le comte de Plancy^ d'' abord ami de Barras ^ puis de l'empereur Napoléon h", qu'il avait connu che-^ le célèbre directeur. Le comte de Plancy devint préfet de Seine-et-Marne et épousa la fille de Lebrun^ troisième consul de la République ^ duc de Plaisance. Il a laissé sur les époques intéressantes de sa vie de très curieux mémoires qui restent encore inédits.
Les notes asse^ incohérentes que l'on vient de lire et qui nous ont été presque entièrement fournies^ avec tant de bonne grâce, par AI. le baron Georges de Plancy j secrétaire à l'ambassade de France en Allemagne^ et arrière-petit-fils de Claude Godard d'Aucourtj composent les seuls documents biographiques qu'il nous ait été possible de réunir sur celui-ci. On conviendra que c'est un maigre butin, mais il nous en faut contenter.
Un dictionnaire de biographie générale trouve heureusement à masquer cette pénurie de détails historiques par cette phrase sur notre fermier général : « La culture des lettres absorbait tous ses loisirs. » Cela est
X Notice sur la Vie
poncif au premier chef ; et cependant quelle habile et simple transition de la biographie à la bibliographie ! De V homme j il reste peu ou prou; de Fauteur ^ il reste une œuvre littéraire très curieuse et originale. Ici le livre va parler; le livre ^ c'est souvent la seule preuve de l'existence d'un être très pensant qui, comme les obscurs bénédictins, n'a d'autre histoire que celle de son puissant labeur.
La bibliographie manquant de grâce dans son langage et ses apparences, nous allons de suite dresser ici chronologiquement le catalogue aride des ouvrages de Claude Godard d'Aucourt :
1742. — Lettres du chevalier Danteuil et de Mademoiselle de Thélis. Sans nom de lieu, in-i2.
Réimprimé eiî 1744, sous ce titre : Histoire et Aventures de '*** par lettres. Sans indication de lieu, in-i2. Dans une dédicace à M™" T... de M..., Godard d'Aucourt signe l'envoi. Ce roman par lettres est très inférieur aux romans du même genre de Crébillon fils. L'auteur venait d'avoir vingt-cinq ans environ ; il y montre une certaine inexpérience et beaucoup de naïveté.
1743. — Mémoires turcs, avec l'histoire galante de leur séjour en France, par un Auteur Turc
et les Œuvres de Godard d'Aucourt. xi
de toutes les Académies mahométanes, licencié en droit turc^ et maître es arts de V Université de Constantinople. La Haye (Paris), 2 tomes in-12.
D'innombrables éditions suivirent, dont voici les principales : en 1758, réimpression sous ce titre : Mémoires turcs ^ ou Histoire galante de deux Turcs pendant leur séjour en France^ par un auteur turc. etc. Constantinople (Paris), 3 vol. in-iS. En 1767, autre réimpression, avec le titre exact de la première édition, sous la rubrique Amsterdam (Paris), par la Société^ 2 tomes in-i8. Il \ eut, croyons-nous, deux éditions diverses en 1767. Neuf ans plus tard, en 1776, nouvelle édition revue et corrigée, avec figures, augmentée de la fameuse Epître dédicatoire à M"" D. T. (Duthé). 2 vol. in-12, à Amsterdam (Paris), par la Société. Les cinq figures d'après Jollain sont finement gravées. En 1782, édition en 2 volumes in-i6, sous la rubrique de Londres ; format genre Cazin ; dans la Bibliothèque amusante^ le titre est : Alémoires turcs^ sans autre sous-titre et sans dédicace à M'^" Duthé. En 1796, bonne édition avec lettre à iM'^"^ Duthé, publiée à Paris par M"" Bleuet. 2 vol.in-i8. — Deux éditions semblables à signaler dans la première partie de ce siècle : en 1822 et 1823, avec ce titre nouvellement interprété : Mémoires turcs ^ ou Aventures d'un jeune Turc . avec l'histoire de son séjour en France^ et les lettres d\4chmet-Dély-Ai-et-Bach.i à trois queues à Atalide^ son esclave favorite, par M. G. d'Au-
XII Notice sur la Vie
court. Nouvelle édition, ornée de quatre vignettes d'après Chasselat. A la Librairie ancienne et nouvelle, boulevard Montmartre, 28. Imprimerie de J. Jacob, à Versailles. L'Épître dédicatoire figure dans ces éditions de 1822-1823 ; les illustrations sont conçues et exécutées dans l'horrible manière de Desenne.
1744. — Louis XV. Poème. Paris, David, iii-4° de 24 pages.
1744. — Bien- AIMÉ, Allégorie. Imprimé d'un coup de baguette par la Fée de la Librairie dans les Espaces imaginaires. In- 12 (Paris), avec cette épigraphe : Qui potest capere^ copiât.
Bien-Aimé est un conte allégorique, contenant une critique des articles qui parurent sur la convalescence de Louis XV. Cette satire, sous forme de conte de fée, est très mordante et spirituelle. C'est un livre à clef, par conséquent. M. de Paulmy a écrit sur son exemplaire conservé à l'Arsenal : « Cette petite brochure est de M. G. d'Aucourt, fermier général, auteur de quelques autres bagatelles et comédies. »
1744. — Naissa\xe de Clikquant et de sa fille MéROPE, conte allégorique et critique. (Paris), in-i2.
et les Œuvres de Godard d'Aucourt. xiii
1744. — Le Berceau de la France. La Haye (Paris), 3 parties en i volume in -12. Ou encore : Bruxelles, H. Dujardin, et Paris, Defer et Maisonneuve; 1788, in-12, 3 figures.
Sur son exemplaire conservé à la bibliothèque de l'Arsenal , le marquis M. de Paulmy a écrit : « L'auteur est M. Godart d'Aucourt, à qui l'hôtel des fermes a tenu lieu de fauteuil académique. — Cette note nous a servi d'épigraphe pour cette notice.
1744. — La Déroute des deux Paméla, comédie en i acte et en vers libres, par M. ***. Paris, \'« Pissot, in-8.
Il s'agit ici de Id Déroute des Paméla. , de La Chaussée et de Boissy. Cette pièce fut représentée en 1843 au Théâtre-Italien.
1745. — Le Quartier d'hyver, comédie en z acte, en vers libres, en collaboration avec Bret et Villaret Dorval, comédien de province. Paris, I vol. in- 12.
La musique de cette pièce était de Granval père; elle fut représentée pour la première fois à la Comédie-Française le 4 décembre 1744 et eut sept représentations. Cette pièce ne figure pas dans les OEuvres de Bret, mais elle est conservée manuscrite, vue et approuvée par Cré-
XIV Notice sur la Vie
billon, dans les archives du Théâtre-Français. Le manuscrit est fort curieux à consulter; il contient d'énormes suppressions, dont le rôle d'Apollon en entier, et des corrections de la main d'un des auteurs, ce qui pourrait permettre de pénétrer le secret de cette collaboration.
1745. — L'Amour second, comédie en z acte. Paris,
1 vol. in- 12. Représentée au Théâtre-Italien, au cours de 1745.
1745. — L'Académie militaire, ou les Héros subalternes. Sans nom. Amsterdam (Paris), 2 vol. in-i2.
Sur l'exemplaire du marquis de Paulmy se trouve écrit : « Ce roman est encore de M. Godard d'Aucourt, fermier général. Quand il le composa, il était encore dans les vivres de l'armée. — Nouvelles éditions en 177 1 et 1772, revues et augmentées avec figures. Amsterdam,
2 tomes in- 12, Quatrième édition en 1777, en 2 vol. in-i2, avec un avis au lecteur très curieux et VEpître au célèbre Vacarmini j tambour-major au régiment des..., etc.
17^5. — Thémidore, avec cette épigraphe :
.... Togatos
Cum venere in molli gramine bellae
Décent. . .
(Ovide, Élég. V.)
La Haye (Paris), i vol. in-12.
et les Œuvres de Godard d'Aucourt. xv
Neuf éditions successives sont là pour constater la vogue méritée de ce livre au siècle dernier, et une nouvelle édition vient d'être faite chez Kistemaeckers, à Bruxelles, en 1882, sous ce titre : Thémidore , ou mon Histoire et celle de ma maîtresse. (Pourquoi ce sous-titre?) i vol. in-8''. Les éditions du siècle dernier portent les dates suivantes, généralement sous la rubrique de la Haye (Paris), T745, 1747, 1760, 1775;, 1776, presque toutes dans le format in- 12 et à Londres (format Cazin), 1781, 1782, 1785 et 1797, Dentu, 2 vol. in-18, avec figures non signées. La plupart des libraires, dans la rédaction de leurs catalogues de livres d'occasion, font toujours suivre la désignation de cet ouvrage par cette note empruntée à Barbier [Dictionnaire des Anonymes^ col. 1788) : « Ce livre, dans lequel on trouve l'histoire du président Dubois, non conformiste, a fait mettre à la Bastille le libraire Mérigot. » Le Catalogue des ouvrages condamnés nous apprend, en outre, que Thémidore fut condamné à la destruction pour outrage aux bonnes moeurs et à la morale publique: i" par arrêt de la cour royale de Paris, en date du 19 mai 1815; 2" par arrêt de la même cour du 16 novembre 1822, inséré au Moniteur du 26 mars 1825.
Voilà bien des mésaventures pour un petit chef-d'œuvre exquis fait pour donner des sensations charmantes aux vrais délicats et non pour troubler la morale publique (chose vague!).
XVI Notice sur la Vie
1746. — La Gaudriole, conte. A la Haye (Paris, chez Isaac Beauregard, dans le Hoog-Strass,
1 vol. in- 12 de 196 pages. Jolie vignette sur le titre.
Charmant conte de fée, très badin, dans la manière de Voisenon. En 18 16, il parut un volume : la Gaudriole, ou Faites retirer les demoiselles. In-i8, avec figures ; Paris, Chaumerot. — Nous n'avons pu nous procurer cet ouvrage et voir son degré de parenté avec l'aimable conte de Godard d'Aucourt.
1773. — La Pariséide, ou Paris dans les Gaules.
2 parties en deux tomes. A Paris, chez Pissot, quai deConti, in-8°, avec frontispices de Pierre, gravé par Lempereur.
« L'auteur, dit Godard d'Aucourt à la fin de sa préface, n'a point la prétention de croire avoir fait un poème épique; on connaît son insuffisance à cet égard ; on ne donne cet ouvrage que comme un simple essai. »
Cet ouvrage est du genre soporifique le plus accentué. Il ne contient pas moins de 500 pages in-S" (2 tomes}.
On voit, par ce catalogue très complet et très /ninutieusement décrit, — bibliographiquement parlant^
et les Œuvres de Godard d'Aucourt. xvii
— que l'œuvre de Claude Godard d'Aucourt ne constitue point un trop mince bagage pour mériter l'attention de la postérité.
Cependant nous ferons volontiers bon marché de la majeure partie de ses ouvrages en faveur de Thémidore, des Mémoires turcs, que nous réimprimons ci-apresj et aussi de l'Académie militaire. Ces trois livres lui constituent^ sous trois manières absolument dissemblables ^ des titres à l'estime des amis des lettres. Thémidore, bien que postérieur comme composition à Manon Lescaut, pourrait être comparé au chef-d'œuvre de l'abbé Prévost^ et je ne sais point si, sous certains rapports j la Rosette de Godard d'Aucourt n'est point d'un xviii^ siècle plus mi gnon j plus naïf plus réel que la Manon tant prônée, issue des Mémoires d'un homme de qualité. Ceci mériterait d'être l'objet d'une dissertation très sérieuse' et quintessenciée, qui ne serait assurément guère à sa place ici.' Jules Janin, qui avait Jlairé cette œuvre mignonne, comme on flaire une bonne fortune, se l'est appropriée avec la brutalité d'un financier des lettres, et il nous Va rendue déjiorée, amoindrie, affadie,
XVIII Notice sur la Vie
fardée^ sans la moindre vergogne^ dans un numéro de la Revue de Paris, sous le titre de Rosette.
« Thémidore » , dit Charles Monselet. dans un de ces articles charmants qu'il intitulait Dessus de tabatière au Rabelais — un Journal où. Delvau jouait les rôles à tiroirs — et qu'il a réuni définitivement sous le titre : les Amours du temps passé, « Thémidore est écrit avec une plume de véritable gentilhommcj frétillante, parfumée^ à demi mythologique^ effleurant tout et dépassant le pastiche à force de bel air et d'impertinente individualité. »
L'Académie militaire du les Héros subalternes, dans une note opposée, mais vibrante de belle humeur et d'esprit enjoué ^ donne un aperçu très suffisant de l'esprit du soldat français en campagne ^ aux approches de 1744. C'est un des livres les plus originaux que nous connaissions sur ce sujet ^ et il mériterait d'être sorti de l'oubli avec les annotations d'usage.
C'est cependant sur les Mémoires turcs, que nous avons définitivement fixé notre choix ; car. à notre sentiment, c'est un roman satirique d'un esprit tout à fait à part dans notre littérature et qu'on pourrait placer non loin des Lettres persanes. — « L'ouvrage est trop libre j dit l'abbé Sabatier de Castres, mais plein d'intérêt, et la seconde partie renferme une excellente
et les Œuvres de Godard d'Aucourt. xix
critique de nos mœurs. » Le style est vif. élégant et facile, en dépit de Grimin. qui a écrit dans sa Correspondance de Juillet ijyG : « Four être un bon Il roman^ il ne manque à ces Mémoires que des ca- « racteres; de la vraisemblance et des mœurs. Pour « être un joli conte de fée ^ rien que du génie et de « l'invention. »
Grimm^ on en cnoviendra après lecture de ce livre, ne comprenait guère l'esprit si éminemment français de ce roman curieux.
Nous ne savons si Ion appréciera comme nous VEpître dédicatoire à /ïi"« Dut hé j qui est bien — dans sa nouveauté — un chef-d'œuvre de persijlage d'un ton charmant et d'une mesure parfaite.
Le succès des Mémoires turcs ne s'est point démenti un seul instant pendant la seconde moitié du "S-vm* siècle^ le nombre et la date des éditions sont là pour le constater. En 1787^ ce roman obtint même les applaudissements delà scène, en étant porté par deux faiseurs dramatiques^ sur le théâtre du Palais-Royal sous ce titre: la Loi de Jatab, ou le Turc à Paris.
Nous avons suivi dans cette édition nouvelle, qui mérite d'être accueillie comme ses lointaines devancières^ le texte de l'édition de 1776 que nous avons revu soigneusement tout en conservant le caractère général, c'est-à-dire l'ensemble de son orthographe.
XX Notice sur Godard d'Aucourt.
Ainsi se termine cette collection des Petits Conteurs du xyili*^ siècle, que nous avons entreprise avec tant d'ardeur^ et qui forme aujourd'hui dou^e volumes divers pour le choix et la direction générale desquels nous tenons à revendiquer aux yeux du public et de la critique, soit une partie de l'honneur, soit l'entière responsabilité.
Nous ignorons le sort que l'avenir réserve à tous ces galants conteurs que nous avons exhumés , et pour ainsi dire reconstitués^ après de patientes recherches. Des pédants delà critique ont pu y trouvera reprendre ; c'est qu'à ceux qui voient gros les finesses échappent et que les chercheurs de beau oublient de cueillir le joli là même où ils le piétinent. — Nous avons prouvé que nous ne sommes point de ceux qui pensent qu'après le Candide de Voltaire il ait fallu tirer l'échelle.
Paris, i" février 1883.
Octave UZANNE.
MÉMOIRES TURCS