I. Voir notre Bibliographie
et les Œuvres de Cazotte. xv
A ce foyer patriarcal, le bonheur avait su place; près de Caiotte on voyait sa femme aimante et dévouée, sa fille Elisabeth et deux fils dont le plus jeune servit à l'armée de Condé, et l'aîné Jacques Scévole restait auprès de son père en partageant ses travaux.
C'est vers cette époque que Caiotte se passionna pour la cabale et les illuminés martinistes dont Paschalis Martinei était Vinstituteur. Il obtint d'être initié à cette société, aux mystères thamgiques, aux théories sur la chute des anges, le péché originel et le verbe réparateur. Nerval met merveilleusement en scène la visite que reçut le parrain de Biondetta quelque temps après la publication de sa nouvelle Espagnole. Un mystérieux personnage, au maintien grave, aux traits amaigris par l'étude, aborda Calotte avec quelques signes biiarres, tels que les initiés en emploient pour se reconnaître entre eux. Laissons la parole à Gérard de Nerval : a Caiotte étonné lui demanda s'il était muet et le pria d'expliquer mieux ce qu'il avait à dire. Mais Vautre changea seulement la direction de ses signes et se livra à des démonstrations plus énigmatiques encore. Caiotte ne put cacher son impatience. « Pardon, monsieur, lui dit l'étranger, je vous croyais des nôtres, et dans les plus hauts grades...
XVI Notice sur la Vie
— Je ne sais ce que vous voulei dire, répondit Cajorte.
— Et sans cela, où donc auriei-vous puisé les pensées qui dominent dans votre Diable amoureux?'
— Dans mon esprit, s'il vous plaît .
— Quoi, ces évocations dans les ruines, ces mystères de la cabale, ce pouvoir occulte d'un homme sur les esprits de l'air, ces théories si frappantes sur le pouvoir des nombres, sur la volonté, sur les fatalités de l'existence, vous aurie^ imaginé toutes ces choses?
— J'ai lu beaucoup, mais sans doctrine, sans méthode particulière.
— Et vous n'êtes pas même franc-maçon ?
— Pas même cela.
— Eh bien, monsieur, soit par pénétration, soit par hasard, vous avej pénétré des secrets qui ne sont accessibles qu'aux initiés de premier ordre, et peutêtre serait-il prudent désormais de vous abstenir de pareilles révélations .
— Quoi ! f aurais fait cela, s'écria Calotte effrayé; moi qui ne songeais qu'à divertir le public et
à prouver seulement qu'il fallait prendre garde au diable !
— Et qui vous dit que notre science ait quelque rapport avec cet esprit des ténèbres ? Telle est pour-
et les (Ê'uvres de Cazotce. xvii
tani la conclusion de votre dangereux ouvrage. Je vous ai pris pour un frère infidèle qui trahissait nos secrets pour un motif que J'étais curieux de connaître... et puisque vous n'êtes, en effet, quun profane ignorant de notre but sublime, je vous instruirai. je vous ferai pénétrer plus avant dans les mystères de ce monde des esprits qui nous presse de toutes parts et qui, par l'intuition seule, s'est déjà révélé à
vous.
Pour fantaisiste que soit cette conversation, il nest pas moins douteux que Caiotte devint un fervent de la cabale et qu'il se laissa instruire de toute la science relative aux esprits élémentaires ou autres, au point même que sa raison en fut ébranlée. On connaît la célèbre prophétie rapportée par La Harpe, chef-d'œuvre d'imagination dont l'auteur du Lycée peut revendiquer toute la part. Mais, en outre, il faut lire dans ses Œuvres complètes des songes et révélations d'une conviction profonde qui mériteraient assurément une longue étude à part sur les curieuses hantises de ce cerveau surmené par les mystiques hallucinations de /'lUuminisme et du Martinisme.
Charles Nodier qui rencontra Caiotte vers les dernières années de sa vie nous en a laissé ce portrait authentique :
I A une extrême bienveillance qui se peignait
xviii Notice sur la Vie
dans sa belle et heureuse physionomie^ à une douceur tendre que ses yeux bleus encore fort am-més exprimaient de la manière la plus séduisante, AI. Caiotte Joignait le précieux talent de raconter mieux qu homtne du monde des histoires tout à la fois étranges et naïves qui tenaient de la réalité la plus commune par l'exactitude des circonstances et de la féerie par le merveilleux . Il avait reçu de la nature un don particulier pour voir les choses sous leur aspect fantastique. Aussi quand un pas grave se faisait entendre à intervalles égaux sur les dalles de l'autre chambre^ quand sa porte s' ouvrait avec une lenteur méthodique, et laissait percer la lumière d^un fallot porté par un vieux domestique moins ingambe que le maître et que M. Caiotte appelait gentiment son pays, quand M. Caiotte paraissait lui-même avec son chapeau triangulaire, sa longue redingote de camelot vert brodée d'un petit galon, ses souliers à bouts carrés fermés très avant sur le pied par une forte agrafe d'argent et sa haute canne à pomme d'or, je ne manquais Jamais de courir à lui, avec les témoignages d'une folle Joie qui était encore augmentée par ses caresses... y>
La bonté de Caiotte était proverbiale et cependant sa fermeté en toutes circonstances était immuable. Lorsque survint la Révolution, il ne craignit pas de la combattre ouvertement par sa parole et ses écrits.
et les Œuvres de Cazotte. xix
Dans sa correspondance avec son ami Pont eau. secrétaire de la Liste civile, correspondance trouvée dans les papiers de M. Laporre. on retrouve les marques de son désespoir et des efforts qu'il fit pour entraver la marche des événements. Ces lettres, écrites sincèrement, devaient au reste causer sa perte. Les auteurs de la journée du lo août ijgz furent avertis des sentiments qui j'y manifestaient ; ils prirent connaissance de ce dossier d'épurés amicales, et suffisamment édifiés, ils firent arrêter à Pierry Caiotte et sa fille qui lui avait servi de secrétaire^, et les enfermèrent à Paris dans les prisons de l' Abbaye.
Sauvé une première fois du massacre, grâce à l'héroïsme de sa fille Elisabeth dans les mémorables Journées des 2 et ^septembre .il fut arrêté une seconde fois, conduit de la mairie à la prison et traduit devant letribunal criminelle z^septembre 179^- ^on interrogatoire dura 27 heures, sans qu'on ait vu son énergie faiblir un seul instant.
« Faible jouet de la vieillesse ! Victime infortunée des préjugés dune vie passée dans l'esclavage, lia dit M. Lavau, président du tribunal qui le condamnait à mort, toi qui asprouvé par ta sécurité dans les débats que tu savais sacrifier jusqu'à ton existence pour le soutien de ton opinion, écoute les dernières paroles de tes juges ? puissent-elles verser dans ton
XX Notice sur la Vie
âme le baume précieux des consolations! puissentelles^ en te déterminant à plaindre le sort de ceux qui viennent de te condamner , t'inspirer cette stoicité qui doit présider à tes derniers instants^ et te pénétrer du respect que la loi nous impose à nousmêmes : Va j reprends ton courage, rassemble tes
forces^ envisage sans crainte le trépas, songe qu'il n'a pas le droit de t'étonner ; ce n'est pas un instant qui doit effrayer un homme tel que toi^. u
Calotte en mourant ne regrettait que sa famille -, Avant de livrer sa tète à l'exécuteur, il s'écria d'une voix forte : « Je meurs comme j ai vécu, fidèle à Dieu et à mon Roi. » Le 23 septembre i7i>2. à sept heures du soir j la tète de l ancien commissaire de la marine tombait sous le couperet révolutionnaire. Selon le cliché connu : La cause de la liberté était satisfaite.
Pauvre Calotte, était-il si redoutable?
1. Lire le Procès de J. Ca{orf^ imprimé à part, Paris, s. d. (1798) avec portrait.
2. Cazotte laissait une veuve, son héroïque rille Elisabeth qui épousa le chevalier Robert de Plas en i8oo et qui mourut en couches une année après, et de plus son tils Scevole qui servit dans l'armée des émigrés et mourut bibliothécaire a Versailles le 20 juin 185$, après avoir publie ses mémoires, sous le titre : « Témoignage d'un royaliste, Paris, 1839 in-8°.
et les Œuvres de Cazotte. xxi
Après les quelques lignes que nous venons de consacrer si lestement, peut-être dira-t-on si légèrement . à Calotte, nous n'élevons d'autre prétention que d'avoir donné un résumé sommaire^ une sorte de précis historique de sa vie. Il nous était difficile d'apporter icij nous en convenons^ comme dans quelques autres de nos notices, ces documents nouveaux, ces aperçus curieux qui méritent de fixer le caractère d'un biographe. Une étude sur Caiotte après celle de De Nerval valait au moins d'être traitée avec une profondeur toute spéciale^ il fallait du neuf, d^ l'inédit j de l'original^ et ces trois raretés font souvent la sourde oreille. Poussons la franchise avec le lecteur Jusqu'à l'indiscrétion et avouons que nous n'avons pis cherché à approfondir les coins ténébreux de l' existence de ce conteur fantaisiste, et ceci par boutade de tempérament. Nous aimons asse^ les thèmes qui conviennent à notre manière, et celui-ci iy prêtait peu. Le sujet par luimême avait le grand tort de n'être point vierge ; un grand poète y avait passé, un vrai poète qui y avaii laissé l'empreinte de cette mélancolie dont il mourut ; le souvenir empoisonne et poétise bien des choses. Nous n'avons touché à Calotte qu'avec les gants d'autrui. Ces singuliers gants de l'érudition qu'il est
XXII Notice sur la Vie
si agréable de faire craquer sur ses doigts^ dans leur fraîcheur^ pour la première fois j mais qui s'élargissent si vite en passant de mains en mains j sur les phalanges noueuses du pédant ou sur le poignet nerveux du chercheur. Il y avait donc quelque délicatesse de notre part à nous servir^ pour toucher à Calottej, de ces gants béants qui n'étaient plus à notre pointure. Nous les avons mis néanmoins faute de pouvoir en trouver d'autres. Nous en blâmera-t-on ?
Nous donnons ci-après et selon notre méthode habituelle la bibliographie complète des Œuvres de J. Caiotte; ce travail nous a été d'autant plus aisé que l'un de nos prédécesseurs ^ dans ce travail de catalographe, avait déjà dressé la Bibliographie Cazottienne, dans l'excellente et très complète édition du Diable amoureux, publiée chei Quantin, il y a deux ans. Nous avons seulement procédé d'autre manière que M. A.-J. Pons et ajouté quelques détails à la nomenclature qu'il nous a laissée :
1741, — La Patte du chat, conce zinzimois. Tilloobalaa, in-12.
Ce conte a été réimprimé dans les Œuvres hadines et morales de 1816 et 1817, tome III,
1742. — Mille et une fadaises, contes à dormir debout. Ouvrage dans un goût très moderne.
et les Œuvres de Cazotte, xxiii
A Baillons, chez l'Endormy, à l'Image du Ronfleur.
Cette curieuse facétie a été réimprimée à la fin du tome II des Œuvres complètes,
3753. — La Guerre de l'Opéra, lettre écrite à une dame en province, par quelqu'un qui n'est ni d'un coin ni de l'autre. In-8°.
Cette brochure de 24 pages fait partie d'un recueil eu 2 vol. intitulé : Dispute sur la musique; elle raille en effet cette fameuse querelle des Deux Coins.
«754. — Observation sur la lettre de J.-.T. Rousseau, au sujet de la musique française, in-8°.
1761. — Mémoire pour le sieur Cazotte, commissaire GÉNÉRAL de LA MARINE, CONTRE LE GÉNÉRAL ET LA SOCIÉTÉ DES JÉSUITES. In-4<',
de l'imprimerie Michel Lambert, Paris.
Ce mémoire est signé par MM. Rouhette et Target fils, avocats, mais il est constant que Cazotte en est l'auteur réel. Il est d'une grande rareté, la plupart des exemplaires ayant été détruits.
1763. — Ollivier, poème. 2 tomes en i vol. in-i2, S. 1. n. d.
xxiv Notice sur la Vie
Nouvelles éditions modifiées : i° Paris, Didot l'aîné, 2 vol. in-12, 1780; — 2° Paris, Bluet,imprimerie Didot), 1798, 2 vol. in-12, édition avec figures de Lefebvre, gravées par Godefroy; — 3° Paris, Dauthereau, in-32 (collection des Meilleurs romans français et étrangers) . Ollivier a été inséré dans les OEuvres badines et morales ; éditions de 1776, 1788, 1798, 1816, 1817, et dans les OEuvres complètes de 1788.
1766. — La Rameide, poème en cinq chants. A Pécersbourg, aux Rameaux couronnés, avec cette devise : Inter ramos lilia fulgent. i vol. in-8" de 28 p.
Les bibliographes ne sont pas d'accord sur la paternité de cet opuscule. Les uns l'attribuent ;i Jean-François Rameau, le neveu du fameux Rameau, d'autres à Cazotte, qui prétend en effet avoir fait une Rameide.
1767. — Le Lord impromptu, nouvelle romanesque, traduite de l'anglais. 2 tomes en i vol. in-12. Amsterdam, Arkstée etMerkus.
Il n'existe point de preuves que Cazotte ait traduit cet ouvrage de l'anglais en dépit de son affirmation; une nouvelle édition parut en 177 1; Paris,
I vol. in-8". Le Lord impromptu figure également dans les diverses éditions des œuvres de Cazotte.
II a de plus été traduit de l'anglais à nouveau
et les (Euvres de Cazocte. xxv
sous ce titre : Lismor ou le CliâteMi de Clostern, Paris, 1800.
1768. — Lés Sabots, opéra-comique en un acte, mêlé d'ariettes, par MM, C*** et de Sedaine, représenté pour la première fois, par les comédiens italiens ordinaires du roi, le 26 octobre 1768. Paris, Claude Hérissant, in-S".
Cet opéra-comique a été publié sous le nom de Sedaine et la paternité de Cazotte eii est fort contestable.
1772. — Le Diable amoureux, nouvelle espagnole. Naples (Paris), in-S" de 144 pages.
Cette édition originale est accompagnée de gravures naïvement grotesques attribuées à Moreau et qui sont reproduites dans les éditions successives. Nouvelles éditions séparées, en i827,in-32, à Paris, chez Dauthereau; — en 1844, Paris, Renaut, in-i8, conforme à l'original; — en 1845, Paris, Léon Ganivet, en i vol. in-S", préface par Gérard de Nerval, illustrations d'Edouard de Beaumont, trèsjolie édition estimée; — en 1846, in-i8,àAvignon, chez OfTray ; — en 1 848, chez Bry aîné, dans les Veillées litte'raires illustrées ; — en 1853, dans la Bihliothèque choisie publiée rue des Bons-Enfants, in-i6; — en 1861, 1 vol. in-i8, Paris, Delahaye; — en 1867, dans la Nouvelle collection Jannet, Paris, Picart, in-i8 ; — en 1 868, dans la petite Bi-
XXVI Notice sur la Vie
hliothèqite nationale a 0,25 cent ; — en 1871, librairie Pion et C'*', reproduction exacte de l'éditioii de 1845, avec les vignettes de De Beaumoiit; — en 1877, à la Librairie des bibliophiles, Paris, Jouaust ; de la Collection des petits chefs-d'œuvre. Enfin en 1878, Paris, Quantin, in-8° écu, texte encadré de rouge, préface de A.-J. Pons, eauxfortes dans le texte par Buhot, de la collection dite : Petite bibliothèque de luxe.
ijy6. — Œuvres badikes tT morales de M. ***. A Amsterdam et à Paris, chez Esprit, 2 vol, in-8°.
Ces deux volumes contiennent les poèmes^ d'Ollivier. le Pèlerin et le Plaisir^ contes, le Lord impromptu et le Diable amoureux. Figures de Cochiu fils, gravées par L. Prévost et ChofFard.
1788. — Œuvres badines et morales. A Lausanne et à Paris, 3 vol. in-S",
Édition semblable à la précédente, sauf le troisième volume qui contient des contes et nouvelles et quelques fables.
1788, — Œuvres complètes de Cazotte. Londres, 7 vol. in-i6.
Chaque volume de cette édition petit in-i6, format Cazin, est illustré d'un frontispice de Dunker. Dans ces œuvres sont insérés la Guerre
et les Œuvres de Cazotte. xxvii
de Genève, Ij. Voltériade. la Nouvelle Raméide et difFérents petit contes.
1798. (ffiuVRES BADIN'ES ET MORALES. LondrCS
(Paris), 5 vol. in- 18 avec figures.
La même année, nouvelles éditions, Paris, Bertrand, 6 vol. in-i8, — et Paris, André, 6 tomes en 3 vol. in-i8. Cette dernière édition est assez recherchée pour les figures d'après Cochin et Marillier que Chaillou dessina et que gravèrent Bovinet et Lecourbe.
1802. — ■ Les Posthumfs. Lettres écrites après la mort du mari par sa femme qui le croit à Florence, par feu Cazotte. Paris, 4 vol. in-12.
Supercherie littéraire attribuée à Restif de la Bretonne.
18 16- 18 17. — Œuvres badin'Es et morales,
HISTORIQUES ET PHILOSOPHIQUES DE JaCQUES
Cazotte, première édition complète, ornée de figures. Imprimerie de Panckouke, Paris, Jean- François Bastien, 4 vol. in-8°.
Seule édition complète et définitive de Cazotte. Elle réunit jusqu'à ses moindres œuvres sauf deux brochures sur la musique, édition très correcte.
Nous pourrions encore ranger dans la bibliographie de Çaiotte les Voyages imaginaires, songes.
XXVIII Notice sur la Vie
visions et romans cabalistiques, pM^/^eV à Amsterdam en 17SS et dont le tome XXXIV contient le Sylphe amoureux, sorte de version nouvelle qui est contraire du Diable amoureux et qu'on attribue au même auteur. Les Mille et un Jours, contes orientaux dont il parut une édition en 1826'. méritent détre également signalés par la part qu'y prit Caiotte. Alais arrêtonsnous ici de peur de découvrir encore dans quelque Cabinet des fées ou certaine Bibliothèque des Génies plusieurs contes de Caiotte égarés sous la poussière du désert qui recouvre à bon escient ces Panthéons des merveilles orientales.
Il n'était point aisé pour nous de déterminer un choix parmi les innombrables petits contes de Caiotte. Ainsi qu'il est dit au début de cette introduction, nous avons lu très minutieusement en dehors d'OUivier, du Diable amoureux et du Lord impromptu les quatre lourds volumes qui forment l'œuvre de cet écrivain.
Dans le tome l"j le Plaisir et l'Aventure du Pèlerin nous ont paru mériter quelque attention comme de gracieux spécimens de l'art succinct des apologues en prose. Dans le tome II. nous
et les (Kuvres de Cazotce. xxix
avons négligé la nouvelle héroïque trop connue et souvent réimprimée : l'"Honneur perdu et recouvré, ainsi que ces menues histoires orientales qui pouvaient être signées aussi bien par AI. Galand que par M""' de Mortemar^ tant le moule en est banal et la tournure ordinaire. Nous avons réservé tous nos suffrages pour la Belle par accident et les Mille et une fadaises, qui^ à défaut d'un style ruisselant d'originalité ^ possèdent tout au moins la grâce maniérée et le coloris particulier des petits contes de fées du dernier siècle, dont ils font la satire. C'est par un Jugement analogue que notre choix s'est porté sur la Patte du Chat, conte linpmois et le Fou de Bagdad, pertfujdans les fables, parodies et allégories du tome III. Enfin nous avons entièrement abandonné les vingtcinq Turqueries qui composent le dernier volume, laissant Sultans^ Viiirs^ Califes et Esclaves nouer et dénouer ces insipides intrigues de ces fantaisies mlisibles à tous points de vue.
Ainsi lesté, émondé pour ainsi dire, apprêté, Cajotte prend fort bien sa place dans notre académie de Petits Conteurs. Peut-être est-il moins gaillard, moins farfadet d'alcôve, moins gentiment coquin que ses prédécesseurs ,• mais encore est-il homme de son siècle et, s'il lance plus vertueusement le propos que ses confrères, il ne rougit pas des folies amoureuses de
XXX Notice sur la Vie de Cazotte.
ses contemporains et sait crânement leur tenir compagnie. Dans la coquetterie du xviii'^ siècle^ la mouche était l'accent le plus mutin des physionomies féminines , les galants écrivains semblent avoir pointé des mouches jusqu'au milieu de leurs plus jolies phrases friponnes ; savoir les placer en assassines était auprès d'une belle le triomphe d'un petit abbé^ et la plus grande gloire d^ un petit auteur dans l'expression et le sourire de son style. Calotte dans cet art fut un peu gauche^ voilà tout.
Il plaça ses mouches comme les dévotes^ trop loin de la bouche et des yeux^ pas asseï près du sourire et du regard.
Octave UZANNE.
Paris, le lo novembre 1879.
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