LES DEUX JUMEAUX ET LES DEUX FÉES
inuit, ils se levèrent doucement, doucement, et isortirent de la maison.
I — Allons, vite. Nous avons juste le temps (l'arriver, avant la pointe de l'aube, à l'église qui est à l'entrée du grand bois.
Tout en cheminant, les deux jumeaux traversèrent un champ de blé presque bon à moissonner. Sans y prendre garde, le cadet cueillit un épi, en détacha un grain, et l'écrasa sous la dent, pour voir s'il était sec.
Avant la pointe de l'aube, ils étaient devant l'église, à l'entrée du grand bois. La porte était ^ouverte, l'autel préparé, et les cierges allumés.
Les deux Fées attendaient, vêtus en mariées, avec la robe et le voile blanc, la couronne sur la tête, et le bouquet à la ceinture.
— Mon ami, dit la cadette des Fées jumelles au cadet des jumeaux , tu as oublié ta promesse de ne rien manger ni boire. Ainsi, tu es cause d'un grand malheur. En t'épousant je devenais une jeune fille comme les autres — Maintenant, voilà que je suis Fée pour toujours.
La cadette des Fées jumelles partit, et son galant ne la revit jamais, jamais.
Alors, le prêtre et son clerc dirent la messe
du mariage, à l'intention des deux autres J fiancés. Cela fait, le cadet dit aux mariés : |l
— Adieu. Je m'en vais loin, bien loin, me rendre moine dans un couvent. — Dites à mon ; père et à ma mère qu'ils ne me reverront jamais, jamais.
Le cadet partit aussitôt, et Famé amena sa 1 femme chez ses parents. — Le soir, avant de | se mettre au lit, elle dit à son mari :
— Ecoute. Si tu tiens à moi, prends bien garde de ne m'appeller ni fée, ni folle. Sinon, il arriverait un grand malheur.
— Femme, sois tranquille. Jamais je ne t'appellerai ni fée, ni folle.
Pendant sept ans, l'homme et la femme vécurent en contentement. Ils étaient riches comme la mer, avec sept garçons au château.
Un jour que le mari était parti pour la foire, la femme commandait à la place du maître.
C'était vers la mi-juillet. Il faisait un temps superbe, et les blés étaient presque mûrs.
La maîtresse du château regardait le ciel.
— Allons, valets. Allons, métayers. Vite, vite. Coupez le blé. Serrez les gerbes. Vite,* vite. La grêle et la tempête sont proches.