‹ Contes de la familleChapitre 15 sur 31 · LE TAILLEUR DANS LE CIEL · texte numérisé non relu

LE TAILLEUR DANS LE CIEL

Dieuestabsenty et m*a défendu d'ouvrir avant son retour.

— De grâce! soyez charitable» répond le tailleur, j'ai marché si longtemps que mes pieds sont toul meurtris ; il me serait impossible de m'en retourner maintenant. Si vous consentez à me laisser entrer^ jepromets de me charger de tous les ouvrages désagréables : je porterai les enfans, je laverai, leurs mouchoirs^ je nettoierai les bancs sur lesquels ils auront joué, et.pardessus le marché je raccommoderai leurs habits.

Saint Pierre se laissa toucher et ouvrit au tailleur ; mais il fiit entendu que ce dernier se tiendrait immobile derrière la porte, afin de n'être point aperçu par le Seigneur, lorsqu'il rentrerait de la promenade. Or, notre homme ne fut pas plutôt introduit, qu'il ne put contenir sa curiosité, et se mit à parcourir tous les coins du ciel.

n arrive ainsi devant un grand nombre de sièges magnifiques, au milieu desquels s'élevait un trône en

9&tÊiifm9êmmmmak pour voir tout ce qui se passait sur la terre.

Le tailleur s'arrête d'abord pétrifié d'admiration. Il mourait d'envie de se reposer un instant , et le siège d'or le tentait bien plus que tous les autres. A la fin, n'y pouvant plus tenir, il franchit les degrés et prend place au sommet.

Or, à l'instant même, il aperçoit tout ce qui se faisait ici-bas; et , entre autres choses, il remarque une

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vieille femme occupée à laver au bord d'un ruisseau, et qui, croyant n'être aperçue de personne, dérobait deux vêtemens précieux.

A cette vue, le tailleur entra dans une telle colère, qu'il saisit un tabouret tout garni d'or et le lança du haut du ciel sur la vieille scélérate I Mais aussitôt il se demande comment il pourra remettre le taboulet à sa place, et se laissant glisser tout penaud en bas du trône, il court se rasseoir derrière la porte, avec l'air le plus coûfit du monde.

Quand le Seigneur revint avec sqb escorte, il n'aperçut pas d'abord le tailleur; mais il ne fut pas plutôt sur son trône, qu'il remarqua l'absence du tabouret.

— Qu'est devenu ce tabouret? demanda-t-il à saint Pierre.

Saint Pierre étonné répond qu'il n'en sait rien.

— Vous avez laissé entrer quelqu'un, reprend le bon Dieu.

Et l'apôtre avoue qu'il a reçu un pauvre taOleur qui se tient caché derrière la porte. Le Seigneur fait avancer notre homme , et lui demande s'il a pris le tabouret?

— J'en conviens, mon Dieu, répond celui-ci.

Et il ajoute croyant bien se justifier : *

— Dans un accès d'honnête colère, je l'ai lancé contre une vieille femme qui dérobait deux vêtemens de prix au bord d'un ruisseau.

— Hommes faux et violens, dit le Seigneur, voilà

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donc votre justice, et vous osez vous plaindre de la justice divine ' Si je vous jugeais comme vous jugez les autres, combien de fois ne t*aurais-je pas frappé, mal* heureux tailleur, et combien de fois j^aurais lancé sur les pécheurs du monde tous les tabourets du Paradis ! Heureusement pour vous tous, la Clémence siège auprès de mon trône avec la Justice. Sors du ciel, mortel indigne d*y rester, et souviens-toi qu*à moi seul appartiennent le châtiment et le pardon.

Pierre dut mettre le tailleur à la porte du séjour des élus, et comme ce dernier, dont les chaussures étaient en lambeaux, avait les pieds tout gonflés d*ampouIes, il prit un bâton que lui donna l'apôtre , et se dirigea, non sans peine et sans regret, veçs le Purgatoire, où les âmes qui ont encore des fautes à expier, attendent le jour de leur délivrance.

us HATRB-fiAe, I^B CHAPBAU BT I«B CORIVBT.

IL y avait une fois trois frères si malheureux que chaque jour leur misère était plus grande, si bien qu'à la fin ils n'eurent plus même un morceau de pain. Se voyant réduits à cette extrémité, ils se dirent :

— Les choses ne peuvent pas durer ainsi ; nous ferons mieux de nous mettre à courir le monde en cherchant fortune.

Ils partirent donc, et ne tardèrent pas à avoir parcouru beaucoup de pays, mais sans avoir encore rencontré la fortune. Un jour, ils arrivèrent dans un grand bois au milieu duquel s'élevait une montagne, et lorsqu'ils en approchèrent, ils virent que cette montagne était entièrement d'argent. Alors l'aîné des frères prenant la parole :

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