LE HAVRE-SAC, LE CHAPEAU ET LE CORNET
tôt les sept soldats en question furent à ses côtés, et le sergent prenant la parole :
— Que désire mon seigneur et maître?
— Marchez vers la cabane du charbonnier, et rapportez-moi ma nappe enchantée. Ils firent demi-tour à gauche, et ne tardèrent pas à revenir avec Tobjet précieux que leur mjutre avait désiré. Alors celui-ci les congédia, et poursuivit sa route dans Tespoir que sa bonne étoile ne tarderait pas à briller encore davantage.
Au coucher du soleil, il rencontra un autre charbonnier occupé à faire cuire son souper.
— Veux-tu partageç.mon repas avec moi, demanda le rude compagnon : des pommes de terre avec du sel, mais sans beurre? Tu peux prendre place.
— Merci, répondit le voyageur; pour cette fois, c'est toi qui seras mon hôte.
Cela dit, il étendit sa nappe qui se couvrit selon sa coutume des plats les plus recherchés. Ils burent et mangèrent ensemble, en se livrant à la gaité I Quand le repas fut terminé, le charbonnier dit au voyageur :
— J'ai là un petit chapeau hors de service, mais qui a un pouvoir magique : quiconque s'en coiffe et le tourne autour de sa tête, est soudain défendu par une douzaine de coulevrines invisibles qui font incessamment feu de tous les points de ce chapeau, si bien que nul ennemi ne pourrait résister. Je n'ai que faire de cette coiffure, et je l'échangerai de bon cœur contrôla nappe.
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— Tope là, dit le voyageur qui prit le chapeau en retour de sa nappe.
Il n*eut pas plutôt fait une centaine de pas, qu*il donna un nouveau coup sur son havre-sac ; et ses soldats durent aller une seconde fois reprendre le précieux tissu.
— Tout vient à point pour qui sait attendre, pensat-il avec joie, et quelque chose me dit que je ne suis pas encore au bout de mes prospérités.
Il ne se trompait pas. Lorsqu^il eut derechef marché pendant une journée, il fit la rencontre d* un troisième charbonnier. Celui-ci l'invita avec la même politesse que les précédens à partager ses pommes de terre. Comme les précédens aussi, notre voyageur lui fit "^prendre place autour de sa nappe merveilleuse, et ce repas plut tant à Fhomme noir, qu'il proposa à l'étranger de lui donner, pour sa nappe, un cornet doué de propriétés non moins extraordinaires. Il suffisait de soufQer dans ce cornet pour faire crouler aussitôt les murs et les places fortes, voire même des villages et des yUles entières. Le voyageur avait ses raisons pour ne pas hésiter à accepter un tel marché ; et grâce à ses soldats, il fut bientôt en possession du havre-sac, du chapeau et du cornet.
— Maintenant, dit-il , me voilà suffisamment ,^ pourvu ; il est temps que je retourne au logis pour voir
ce que sont devenus mes frères.
Ceux-ci avec For et l'argent trouvés dans la forêt,